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[PHOTOS] Voici 10 théâtres oubliés de Québec

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La ville de Québec est une capitale politique, mais elle a également été une capitale militaire et coloniale. Toutefois, elle a toujours été une capitale culturelle. Il n'est donc pas étonnant qu'on ait retrouvé chez nous de nombreux lieux de diffusion théâtrale.

Il s'agissait parfois de bâtiments spécifiquement conçus à cette fin, d'autres fois de bâtiments à usages multiples, dont le théâtre. On y présentait du théâtre, mais également des spectacles de marionnettes, de variétés et de chansons. Au début du XXe siècle, certains de ces théâtres se sont recyclés avec l'arrivée du cinéma. De nos jours, plusieurs de ces lieux ont disparu de la ville et même de nos mémoires. 

Voici donc 10 de ces théâtres oubliés.

1. Le château Saint-Louis  

Le château Saint-Louis, 1834
Robert Auchmuty Sproule, Hawkins' Picture of Quebec, Wikimedia Commons
Le château Saint-Louis, 1834

En Nouvelle-France, le théâtre n'avait pas la cote de l'Église, et ce, même si les représentations avaient lieu chez le gouverneur. L'épisode suivant illustre cette situation.

Le 10 janvier 1694, monseigneur de Saint-Vallier demande aux curés de condamner le théâtre et le lieutenant Jacques de Mareuil qui s'apprête à jouer le Tartuffe de Molière, chez le gouverneur, au château Saint-Louis. 

Le 16, l'évêque publie deux mandements, l'un sur les «discours impies» dirigés contre Mareuil, et l'autre au sujet des comédies. Durant le carnaval, des pièces de Racine et de Corneille sont présentées au château Saint-Louis. 

Le 14 octobre, Mareuil est emprisonné par le Conseil souverain pour avoir tenu «des discours pleins d'impiété et d'une impureté scandaleuse». 

Le 29 novembre, devant le Conseil souverain, le gouverneur de Frontenac soutient que la cause de Mareuil a été mal entendue et qu'il doit être libéré. Ce qui est fait le jour même. Néanmoins, Mareuil est embarqué sur le dernier bateau de la saison en partance pour la France. Autre temps, autres mœurs. (Jean-Marie Lebel)

2. Le père Marseille  

Le castelet du père Marseille au marché de la haute-ville
Collection Gérard Morisset
Le castelet du père Marseille au marché de la haute-ville

Dans ses mémoires, Philippe Aubert de Gaspé raconte qu'il allait assister aux représentations du père Marseille, c'est-à-dire Jean-Sébastien Natte, dit Marseille. Cet ancien soldat français tenait à Québec un théâtre de marionnettes. Il était situé sur la rue d'Aiguillon, près de la rue des Glacis. Il aurait été en activité dès 1792, puisque le duc de Kent, père de la reine Victoria, avait assisté à l'une de ses représentations alors qu'il se trouvait à Québec cette année-là.

Les représentations avaient généralement lieu à 18h, de Noël jusqu'au mercredi des Cendres. Les droits d'entrée n'étaient pas très élevés, 6 sols, soit environ moins 15¢ d'aujourd'hui. Ce spectacle était populaire puisqu'on devait donner deux représentations par soir.

Pour 8$, Marseille déplaçait son théâtre pour donner des représentations privées à domicile. Bien qu'il décède en juillet 1803, son théâtre aurait été en activité jusqu'à la fin des années 1830, sous la direction de parents.

3. Le théâtre du Marché de foin  

La rue des Jardins en 1829. Le théâtre du Marché de foin se trouve en arrière-plan, au sommet de cette rue.
Aquarelle James Patterson Cockburn, Bibliothèque et Archives Canada, C-149945
La rue des Jardins en 1829. Le théâtre du Marché de foin se trouve en arrière-plan, au sommet de cette rue.

Au début du XIXe siècle, il y avait un théâtre situé au coin des rues Sainte-Anne et des Jardins. Il s'agissait du Haymarket Theatre. Cet établissement avait ouvert ses portes en 1806 et il sera en opération jusqu’en 1839. 

Comme il était situé face au marché de foin, on a tôt fait de le surnommer le théâtre du Marché à foin. Ce marché occupait l'ancienne chapelle des Jésuites construite en 1666. À partir de 1800, l'ancien temple avait été utilisé par les militaires comme dépôt de munitions, puis comme marché de foin.

Au Haymarket Theatre, les spectacles étaient présentés à compter de 18h. Les portes ouvraient une heure avant les représentations et les places n'étaient pas réservées. Par conséquent, on permettait aux personnes qui étaient en mesure de le faire d'envoyer leurs domestiques à l'ouverture du théâtre pour leur réserver des sièges et les garder jusqu'à ce qu'ils arrivent. 

C'était avant le réseau Billetech. C’est l’Hôtel Clarendon qui occupe maintenant l'emplacement de ce théâtre.

4. Le Théâtre Royal  

Publicité du Théâtre Royal tirée du journal Quebec Mercury du 8 septembre 1831.
Publicité du Théâtre Royal tirée du journal Quebec Mercury du 8 septembre 1831.

Sur la rue Saint-Jean, à partir de 1812, on retrouvait le luxueux Hôtel Mailhot. Il se trouvait à l'endroit où se trouve aujourd'hui la Librairie Pantoute. 

Dans la partie arrière de l'établissement se trouvait le Royal Circus où on présentait, comme son nom le laisse deviner, des numéros de cirque. Face au succès mitigé de l'attraction, l'hôtel est forcé de fermer ses portes en 1832. 

C'est alors qu'il est acheté par le juge en chef du Bas-Canada Jonathan Sewell. Le Théâtre Royal connaît un second souffle. La nouvelle salle est décorée par le peintre-décorateur italien Schinotti, de même que par le Québécois Joseph Légaré. La salle est inaugurée le 15 février 1832. 

Pour y accéder, les voitures devaient passer sur la rue Saint-Stanislas et emprunter une allée qui longeait la Trinity Church, également la propriété de Sewell. La sortie des voitures se faisait par une autre allée qui longeait l'église St. Patrick et débouchait sur la rue Sainte-Hélène, aujourd'hui la rue McMahon. La salle et la scène étaient éclairées par des chandelles. On pouvait y accueillir plus de mille spectateurs qui devaient certainement être assez entassés. 

Cette salle est finalement fermée en 1843 pour céder la place à l'agrandissement de l'église St. Patrick. Il est amusant de constater que, de nos jours, le théâtre du Conservatoire d'art dramatique de Québec est situé à proximité, soit dans l'ancienne Trinity Church. L'endroit était prédestiné.

5. Le théâtre Saint-Louis  

Incendie du théâtre Saint-Louis
Illustrated London News, 18 juillet 1846
Incendie du théâtre Saint-Louis

Le théâtre Saint-Louis était situé en bordure de l’actuel monument de l’Unesco, entre le Château Frontenac et l’édifice Louis-S.-St-Laurent (ancien Hôtel des postes de la Haute-Ville). Cet édifice de pierre avait été construit en 1808 pour loger le «Riding House», un manège pour chevaux. Il faisait partie du complexe fortifié du Château Saint-Louis.

En bordure de la rue du Fort se trouvaient également une sellerie, une écurie et un hangar à voitures. En 1839, le manège était transformé en théâtre. On y présentait régulièrement des dioramas. Il s'agissait de présentations de personnages ou d'animaux en trois dimensions dans leur environnement familier représenté par un décor peint en deux dimensions. Des jeux de lumière donnaient vie à ces scènes.

Le 12 juin 1846, une catastrophe met fin à l'histoire du théâtre Saint-Louis. Il offrait alors un de ces dioramas. Dans ce spectacle, on présentait de grandes villes et monuments européens ainsi que des événements historiques et bibliques. 

Le soir de la dernière représentation, durant l’hymne national interprété à la fin du spectacle, une lampe se décroche du plafond et met le feu au rideau. Dans la panique, les spectateurs se piétinent dans le seul escalier menant à la sortie dont la porte était fermée à clé. Des 300 spectateurs, 45 y laissent leur vie. Parmi les victimes se trouvaient plusieurs enfants et adolescents. Les issues n’étaient pas conçues pour évacuer une foule, d’où la catastrophe. Il est même étonnant qu’il n’y ait pas eu davantage de victimes.

6. Le Music Hall  

L'Académie de musique de la rue Saint-Louis
Photo Bibliothèque et Archives Canada
L'Académie de musique de la rue Saint-Louis

En 1853, on inaugurait à Québec le Music Hall, ou la Salle de Musique ou encore l'Académie de Musique. Il s'agissait d'une salle de spectacle située sur le côté sud de la rue Saint-Louis, face à la rue du Parloir. C'est Charles Baillairgé qui en avait dessiné les plans. 

C'était la première grande salle de concert à Québec. Elle pouvait accueillir 1500 spectateurs. Cette salle a longtemps été la résidence de la compagnie de théâtre l'Union théâtrale. 

C'est également à cet endroit que s'est produite la grande madame Albani, de renommée internationale, en février 1889. 

Le 17 mars 1900, à la suite du spectacle de la St. Pat's, la salle est détruite par un incendie. Les vestiges demeureront en place jusqu'à la fin de 1906, alors qu'on y reconstruit une toiture et qu'on la restaure. On en fait une salle de patinage à roulettes, l'Academy Rollaway. Cette importante salle de spectacle a malheureusement été oubliée.

7. La salle Jacques-Cartier  

Halle Jacques-Cartier, 1898
Photo BAnQ, fonds Philippe-Gingras, P585,D15P1
Halle Jacques-Cartier, 1898

En 1847, on ouvre, dans le quartier Saint-Roch, le marché Jacques-Cartier. Dix ans plus tard, l'architecte Charles Baillairgé y érige une première halle, entre les rues Saint-Joseph et Saint-François. À l'étage, entre 1871 et 1911, on y retrouvait la Salle Jacques-Cartier. 

Une troupe d'artistes français ayant fui la guerre franco-prussienne va y présenter des spectacles de théâtre, d'opérettes et de variétés. Ils s'étaient d'abord produits aux Antilles puis à Montréal, mais ils avaient décidé de s'établir à Québec en raison de son caractère français très homogène. C'est ainsi qu'ils avaient fondé le Théâtre Jacques-Cartier. 

Incendiée le 26 novembre 1911, la halle est remplacée par un carré de pelouse avec, en son centre, une statue de Jacques Cartier offerte par la ville de Saint-Malo en 1924. C'est la fin du théâtre à cet endroit. Il y aura survécu tout de même une quarantaine d'années.

Depuis 1983, la bibliothèque Gabrielle-Roy occupe cet emplacement. De nos jours, juste en face, de l'autre côté de la rue Saint-Joseph, le Théâtre La Bordée poursuit cette tradition théâtrale.

8. Le Skating Rink  

Le Quebec Skating Rink de la Grande Allée vers 1900
Photo BAnQ, fonds J.E. Livernois Ltée, P560,S1,P449-1
Le Quebec Skating Rink de la Grande Allée vers 1900

À l'été 1901, Québec accueille un théâtre d'été, probablement le premier dans l'histoire de la ville. Il s'agit des Jardins Tivoli ou Tivoli Gardens. Il est installé à l'intérieur du Skating Ring de la Grande Allée, à l'entrée des plaines, où on retrouve de nos jours la Croix du sacrifice. 

Belle façon de rentabiliser une installation qui était occupée en hiver seulement. On y joue en après-midi et en soirée. 

La première année, une troupe américaine y offre onze représentations de vaudeville, une différente chaque semaine. On y aurait également présenté divers numéros de variétés. 

Le succès est immédiat puisqu'on y accueille des milliers de spectateurs chaque semaine. Ce théâtre sera actif jusqu'à l'été 1903. 

9. Le Château Frontenac  

La salle de bal du Château Frontenac dans les années 1940
Photo Société Radio Canada
La salle de bal du Château Frontenac dans les années 1940

Bien qu'il s'agisse d'un hôtel, le Château Frontenac a été associé, durant une cinquantaine d'années, au Club musical de Québec.

Fondé en 1891, le Club a reçu les plus grands artistes de la planète. Dans les premiers temps, les dames organisaient des concerts amateurs entre elles, mais bien vite, elles commencent à inviter quelques artistes professionnels locaux, tels le pianiste Wilfrid Pelletier, le violoniste Arthur LeBlanc et le ténor Raoul Jobin, puis internationaux, tel le pianiste Arthur Rubinstein.

De 1922 à 1971, la salle de bal du Château Frontenac accueille les invités du Club. Elle voit défiler des monuments de la musique. 

À la fin des années 1930, le Club ne compte pas moins de 1000 fidèles abonnés. En 1971, le Club musical déménage ses pénates au Grand Théâtre de Québec. Aujourd’hui encore, il poursuit sa mission première, qui est de «faire mieux aimer la musique en la faisant mieux connaître». (collaboration de Bertrand Guay)

10. Le théâtre de l'Estoc  

Plaque du Théâtre de l'Estoc
Plaque du Théâtre de l'Estoc

Le Théâtre de l'Estoc était situé sur la rue Saint-Louis, à l'endroit où on retrouve aujourd'hui la crêperie voisine de la Maison Maillou et du Château Frontenac. Fondé en 1957 par Pierre Fontaine, André Ricard et Jean-Louis Tremblay, ce petit théâtre représente un jalon important dans l’histoire culturelle de Québec puisqu’il a permis à de nombreux artistes, comédiens et scénographes d’ici de se produire et de parfaire leur art sans devoir s’expatrier.

Les trois passionnés s'installent en 1959 dans une ancienne écurie militaire. Leur théâtre, qui accueillera d'abord 80 spectateurs, passera à 120 fauteuils en 1963. La compagnie théâtrale qui s'y produisait portait le nom de Les Comédiens de l'Estoc. Avant de quitter les lieux en 1968, l'Estoc donnera naissance au Théâtre pour enfants de Québec. Il contribuera également à la création du Théâtre du Trident en 1971. Le 1er novembre 2012, la Ville de Québec a dévoilé une plaque commémorative à cet endroit pour rappeler l'importance de ce théâtre de poche.

Un texte de Jean-François Caron, historien  

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