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Un conte touchant pour adultes

Grégoire Delacourt
Photo courtoisie, JF Paga Grégoire Delacourt

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D’un roman à l’autre, l’écrivain français Grégoire Delacourt parvient toujours à nous faire passer par toute une palette d’émotions. Ce qui vaut aussi pour son petit dernier, Un jour viendra couleur d’orange.

Pour nous, c’est presque devenu un rituel. Chaque fois que Grégoire Delacourt signe un nouveau roman, on s’empresse de l’interviewer. Parce qu’on aime sa plume, certes, mais surtout parce qu’on aime ses histoires qui, d’une fois à l’autre, parviennent toujours à nous émouvoir. Et Un jour viendra couleur d’orange, son petit dernier, n’échappe pas à la règle. Avec un titre extrait du poème Un jour un jour de Louis Aragon, il pouvait du reste difficilement en être autrement.

« Je voulais raconter une histoire d’amour entre deux adolescents, explique l’écrivain français, qui vit maintenant à New York. Je voulais retravailler sur cette période-là et je me demandais : mais qu’est-ce qu’il y a de si beau, dans ces amours de jeunesse ? » Une question à laquelle il répond sans tarder : « Ce qu’il y a de beau, c’est cette immense espérance d’une vie plus belle. L’amour, c’est avant tout une espérance. Or on est dans un monde où il y a une colère énorme. Mais la colère, c’est aussi une espérance. On est en colère parce qu’il y a quelque chose qu’on n’arrive pas à atteindre. Alors si on croise ces deux espérances, qu’est-ce que ça donne ? »

Pour le savoir, Grégoire Delacourt a eu l’idée de mettre en scène deux jeunes totalement différents l’un de l’autre : Geoffroy, un garçon de 13 ans atteint du syndrome d’Asperger qui ne supporte pas qu’on le touche depuis sa plus tendre enfance, et Djamila, une magnifique jeune fille de 15 ans aux yeux vert Véronèse, qui n’en peut déjà plus d’être salie par le regard des hommes. 

« Ces deux-là vont vraiment s’aimer et à leur contact, tous les adultes qui gravitent autour d’eux vont s’ouvrir petit à petit à un monde d’espoirs », ajoute Grégoire Delacourt.

Le respect des différences

Loin d’être le genre de Roméo auquel on est habitué, Geoffroy a aussi très longtemps déstabilisé ses propres parents, avoir un enfant différent posant son lot de défis. « Les enfants Asperger ont une manière de voir le monde plus mathématique, plus solitaire, et je trouvais intéressant que Geoffroy ait une vision plus pure, souligne Grégoire Delacourt. Ça me permettait de faire un portrait d’enfant qui allait voir le monde comme un enfant. »

Même si les premières années n’ont pas été faciles, Louise, qui est aujour-d’hui infirmière à l’étage des soins palliatifs d’un hôpital de région, a appris à apprécier ce fils à part, dont la mémoire est absolument prodigieuse. C’est avec Pierre, son père, que les choses se passent un peu moins bien. Ce dernier a en effet toujours beaucoup de mal à comprendre un gamin qui n’aime pas jouer au foot, qui déteste qu’on lui fasse des surprises, qui n’exprime jamais ses émotions, qui ne supporte pas le bruit ou qui ne peut pas manger si ses aliments ne sont pas présentés du plus clair au plus foncé. Tout ça l’embête, le dépasse et, oui, lui fait un peu honte. Alors Pierre est plein de colère. Et plus encore depuis qu’il doit se contenter d’un poste de vigile à temps partiel, l’usine de production de papiers et cartons qui l’employait l’ayant remercié. 

Un monde à revoir

Avant même de commencer à écrire Un jour viendra couleur d’orange, Grégoire Delacourt savait exactement comment l’intrigue allait se terminer. En fait, il sait toujours comment ses romans vont se terminer. « Un livre, c’est comme une flèche, précise-t-il. Il faut qu’elle aille quelque part. C’est parce que je connais la fin que je peux prendre des chemins de traverse. Je ne suis pas de ces voyageurs qui partent à l’aventure. Je sais ce que je veux trouver. » 

Sur sa route, il y aura ainsi les Gilets jaunes, Pierre ne pouvant s’empêcher de manifester avec une pancarte qui dit « On veut juste une vie juste ». « C’est qu’au départ, le mouvement des Gilets jaunes est très beau, poursuit Grégoire Delacourt. Des gens simples comme vous et moi qui demandent aux gens censés les protéger ce qu’ils ont fait de leurs vies, comment ils peuvent reprendre leur place au milieu des hommes et au milieu du monde. Mais le gouvernement, qui n’est plus outillé pour organiser la vie des gens, a répondu par la force. »

« Mon livre est donc un conte pour adultes, conclut l’écrivain. Une manière de dire qu’il faut repenser un monde car, j’en suis convaincu, le monde d’aujourd’hui ne convient plus aux êtres humains. Sinon, pourquoi la société souffrirait autant ? À croire qu’on n’a plus de rêves... »

<b><i>Un jour viendra couleur d’orange</i></b><br/>
Grégoire Delacourt<br/>
Éditions Grasset<br/>
272 pages
Photo courtoisie
Un jour viendra couleur d’orange
Grégoire Delacourt
Éditions Grasset
272 pages

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