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Faire revivre les souvenirs pour oublier l’Alzheimer

Un créateur québécois a préparé un film pour sa mère et veut maintenant partager sa méthode

Pierre Côté et de sa mère Denise Bouchard.
Photo Agence QMI, Andréanne Lemire Pierre Côté a vu les bienfaits de sa création sur sa mère, Denise Bouchard, atteinte d’Alzheimer. Il souhaiterait offrir à des familles la possibilité de présenter « une expérience à ces gens malades qui sont stigmatisés et qui se retrouvent à vivre à l’écart ».

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Un créateur québécois souhaite faire revivre des souvenirs enfouis sous la lourdeur de la maladie à des familles qui doivent composer avec l’Alzheimer. À l’aide d’images d’événements historiques, d’archives familiales et de musiques significatives, Pierre Côté croit être en mesure de ramener, le temps d’un instant, l’étincelle perdue.

C’est en voyant le regard de sa propre mère, Denise Bouchard, changer lors de la projection d’un film qu’il a conçu pour son 84e anniversaire que Pierre Côté a compris qu’il tenait quelque chose.

« Je savais qu’il y avait eu des choses faites, de la recherche sur l’impact de la musique ou d’images sur les gens atteints d’Alzheimer. Comme un romantique, je me suis dit que j’allais le faire pour ma mère », raconte-t-il à propos du film de 30 minutes qu’il a créé pour celle qui a reçu son diagnostic il y a un peu moins de trois ans.

Le résultat démontre le potentiel illimité du cerveau humain, même altéré par une maladie qui le gruge. 

Retrouver sa vie d’avant

« Elle a dit des choses qui venaient réellement de son inconscient, des souvenirs, c’était impressionnant », raconte avec émotion celui qui a notamment travaillé en télévision au cours de sa carrière.

Depuis le début du processus, toujours en évolution, il a organisé ce qu’il appelle des « sessions de travail » avec sa mère. Écoute de musique, diffusion de diapositives familiales, images historiques, etc. Chaque fois, il la sent revivre. 

Jamais bien longtemps, mais ces instants lui donnent l’impression que sa mère retrouve un peu de qualité de vie, de dignité ; bref, un peu de sa place dans le monde.

Une photo d’époque de Mme Bouchard.
Photo courtoisie
Une photo d’époque de Mme Bouchard.

« Le parallèle peut être drôle, mais c’est comme si je disais “viens Denise, on va se faire une ligne de coke”. Ça dure 5-10-15-20 minutes, une heure et ça retombe après. Mais pendant ce temps, son visage change, je la vois heureuse, on chante ensemble », confie Pierre Côté, ému lorsqu’il parle de ces moments.

« Je vois ma mère qui danse, qui chante avec ses sœurs, je vois mon oncle et ma tante qui braillent, moi je suis rempli de joie, à marcher dans la salle, à prendre ma mère dans mes bras », ajoute-t-il, en décrivant le tout comme une performance. 

Partager ces moments

« J’en viens à animer, à interagir avec le film. Quand Charles Trenet finit de chanter, je le remercie, j’applaudis et là, tout le monde embarque, ma mère aussi. On se retrouve transporté en 1962 dans un spectacle de Trenet à Paris. C’est ça, ce qui se passe ».

Et si ce qu’il a créé pour sa mère et qui lui a permis de se replonger dans sa propre histoire pouvait aider d’autres familles ? L’idée peut « transcender l’expérience intime » croit-il.

« L’évolution de la maladie est exponentielle, c’est dégénératif. On n’a rien découvert encore pour stopper ça. Et la population vieillit. Imagine qu’on se projette en 2060, on fait quoi avec tous ces gens atteints de la maladie », se questionne le créateur.

« Je crois que ça peut offrir une meilleure qualité de vie et une certaine façon de vaincre la maladie de façon temporaire chaque fois », explique M. Côté, qui poursuit le développement de sa méthode, accompagné de sa mère.