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Erreurs médicales: «On m’a enlevé ce que j’avais de plus cher»

Des erreurs médicales auraient joué un rôle dans le décès d’un homme bipolaire souffrant de Parkinson

Danielle Lafontaine conjoint décédé erreur médicale
Photo collaboration spéciale, Stéphanie Gendron Cette photo d’elle et de son conjoint est tout ce à quoi Danielle Lafontaine peut se raccrocher pour se rappeler les années passées auprès de lui.

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Une dame dont le conjoint s’est enlevé la vie dans un hôpital de Montmagny, en mai 2019, estime qu’il serait toujours en vie si une succession d’erreurs du milieu médical n’avaient pas été commises.

«Ils étaient concentrés à essayer de traiter la maladie, mais ils en ont oublié le malade. Et [mon conjoint] l’a payé de sa vie. On m’a enlevé ce que j’avais de plus cher...», confie Danielle Lafontaine dans une entrevue émotive avec Le Journal, près d’un an et demi après le funeste événement.

Le conjoint de Mme Lafontaine, Bernard Blais, souffrait de Parkinson et d’un trouble bipolaire, mais son état était stable depuis des années, d’après elle.

Tout a basculé quelque temps après que le neurologue qui suivait M. Blais soit parti à la retraite et qu’un nouveau ait repris son dossier.

Des manquements

Le coroner qui a enquêté sur le décès de l’homme de 61 ans s’est d’ailleurs questionné dans son rapport sur un changement de médication demandé par cet autre médecin spécialiste.

«Le nouveau neurologue [...] remettait en question le diagnostic de maladie de Parkinson [...] et suggérait des modifications à la médication», écrit le coroner Jean Brochu.

Peu de temps après ces modifications, au début du mois de mai 2019, M. Blais a été amené d’urgence au département de psychiatrie de l’Hôtel-Dieu de Montmagny. Il était aux prises avec des idées suicidaires récurrentes qu’il associait à son changement de médication.

Malheureusement, après une première tentative ratée à l’aide de sa ceinture quelques jours plus tôt, M. Blais est décédé des suites d’un étranglement avec le fil de son appareil respiratoire, le 20 mai 2019, au sein même de l’établissement.

Dans son rapport, le Dr Brochu soulève des questionnements quant au changement de médication de M. Blais et recommande une révision de son dossier, ainsi qu’un examen sur les soins qui lui ont été prodigués dans les derniers mois de sa vie.

Un cri à l’aide

Mais pour Mme Lafontaine, évidemment, le mal est déjà fait.

«S’il n’y avait pas eu autant de manquements, il serait encore près de moi...», laisse tomber la femme de 63 ans au sujet de son conjoint des 18 dernières années.

«Pourquoi a-t-on changé sa médication? Pourquoi on lui a laissé sa ceinture, malgré son état? Pourquoi on n’a pas mieux encadré l’utilisation de son appareil alors que les patients n’ont même pas droit d’avoir de téléphone pour qu’ils ne s’étouffent pas avec le fil?», se questionne-t-elle.

Par son témoignage, Danielle Lafontaine espère sensibiliser le milieu médical à être plus à l’écoute de ses patients. Son conjoint criait à l’aide, et on ne l’a pas entendu, affirme-t-elle.

Questionné au sujet du traitement de M. Blais, le CISSS de Chaudière-Appalaches a indiqué que l’établissement de santé a lui-même reconnu des problématiques dans ce dossier.

Un plan d’action a été mis sur pied pour éviter qu’une situation du genre se reproduise.  

Des erreurs fatales  

Problèmes identifiés par les proches de M. Blais : 

  • Changement inadéquat de médication, alors qu’il avait «la formule gagnante». 
  • Mauvais encadrement de son appareil respiratoire au département de psychiatrie. 
  • Sa ceinture lui a été laissée alors qu’on savait qu’il était suicidaire. 
  • Délai lors de la réanimation en raison d’équipements mal identifiés ou difficiles d’accès.  

Recommandation du coroner :  

  • Le CISSS de Chaudière-Appalaches devrait réviser le dossier de Bernard Blais.  
  • Le Collège des médecins du Québec devrait examiner la qualité de l’acte médical et des soins prodigués à M. Blais dans les derniers mois de sa vie.  

Plan d’action de l’Hôtel-Dieu de Montmagny :  

  • Encadrer l’utilisation des appareils respiratoires sur l’unité de psychiatrie. 
  • S’assurer que le matériel de réanimation soit disponible et fonctionnel. 
  • Indiquer rapidement au dossier s’il y a consentement à la réanimation.  

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