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Pourquoi ça coûte cher, un forfait cellulaire au Canada?

Pourquoi ça coûte cher, un forfait cellulaire au Canada?
Unsplash | Arnel Hasanovic

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Chaque mois, notre facture nous le rappelle: avoir un cellulaire, ça coûte cher. Encore récemment, une étude mondiale démontrait que le Canada se trouve parmi les pays où les données mobiles sont les plus coûteuses, en 209e position sur 228. Mais pourquoi ça coûte cher, un forfait cellulaire au pays?

Nombreux sont les nouveaux arrivants qui avalent de travers l’idée de se prévaloir d’un forfait cellulaire alors qu’il leur en coûtera jusqu’à 10 fois plus cher que dans leur pays d’origine. En France par exemple, on trouve des forfaits raisonnables aux alentours de 15 euros par mois, taxes incluses, poussant de nouveaux arrivants à conserver leur forfait français même s’ils habitent ici.

Plusieurs facteurs expliquent le prix élevé de notre facture de téléphonie mobile: des coûts d’exploitation élevés pour les fournisseurs, un manque de concurrence et de réglementation, en plus de pratiques commerciales parfois discutables.

Ô Canada, le grand pays  

Le Canada, c’est grand. Et avec une faible densité de population (aux alentours de quatre habitants par kilomètre carré), les grands joueurs du cellulaire affirment que l’étalement de la population et l’entretien du réseau nécessaire avec le climat nordique influencent largement leurs coûts d’opération et donc, de nos tarifs.

Pourquoi ça coûte cher, un forfait cellulaire au Canada?
Unsplash | Ali Tawfiq

Or, tous les pays avec une faible densité de population ou un climat aride ne se retrouvent pas avec des prix de téléphonie mobile élevés. Pierre Larouche, professeur en droit et innovation à l’Université de Montréal, compare le Canada à d’autres pays nordiques comme la Suède ou la Finlande. 

«Ce sont des pays où la population est concentrée dans une petite zone et où pour le reste, c’est très dispersé [...] et les prix sont définitivement moins élevés qu’au Canada. Ils sont reconnus en Europe comme étant parmi les pays les moins chers», explique-t-il.

Ruse et stratégies  

M. Larouche, qui se spécialise dans la concurrence et la communication électronique, estime que certaines pratiques commerciales des grandes compagnies de téléphonie mobiles sont rusées et parfois quelque peu douteuses. 

Pourquoi ça coûte cher, un forfait cellulaire au Canada?
Unsplash | Erik Mclean

«Je n’ai jamais vu ça, même en ayant habité dans plusieurs pays, une pratique qui veut qu’on soit sur un forfait pendant un nombre X de mois, et qu’ensuite le prix remonte automatiquement à moins qu’on fasse quelque chose pour demander à nouveau une réduction».

Au plus fin négociateur, le meilleur forfait, diront certains. Plusieurs consommateurs ont l’impression de devoir continuellement s’obstiner avec leur fournisseur pour amincir leur facture de quelques dollars, sans quoi celle-ci augmentera sans qu’ils puissent y changer quelque chose. Et sans grande concurrence entre les opérateurs (tel que détaillé dans le point suivant), ces derniers gardent facilement leurs abonnés captifs. 

Concurrence et réglementation  

Le faible nombre de fournisseurs présents au Canada (Bell (Virgin), Rogers (Fido), Telus (Koodo)) se veut donc un enjeu majeur et des études ont prouvé que de passer de trois à quatre grands joueurs serait la méthode à prioriser pour influencer à la baisse le prix des services sans fils.

À cet effet, le Bureau de la concurrence a fait valoir, dans un mémoire présenté au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), que les endroits où l’on comptait des fournisseurs supplémentaires, par exemple Vidéotron au Québec ou SaskTel en Saskatchewan, pouvaient réussir à abaisser leurs prix de 35% à 40% lorsque ces compagnies locales réussissent à gagner quelques parts de marché. 

«On voit déjà une différence de prix entre le Québec et le reste du Canada», commente M. Larouche.

Mais pour comprendre pourquoi il y a si peu de concurrence au Canada, il faut revenir en arrière. Au début des années 2000, le Canada a choisi d’alléger la réglementation des grands opérateurs afin qu’ils investissent, en contrepartie, dans le développement d’infrastructures 4G. En misant sur un tel déploiement, le Canada a laissé aller les grands joueurs, qui n’étaient plus obligés de partager leurs réseaux avec des concurrents. Bref, ils le faisaient s’ils le voulaient et au prix qu’ils souhaitaient.

Pourquoi ça coûte cher, un forfait cellulaire au Canada?
Unsplash | Jackson David

«Le problème, c’est que ce n’est pas facile de mesurer si on a eu ce qu’on voulait, relate le professeur. En Europe, où la vente en gros était réglementée [...] eh bien, il n’y a pas de manifestations dans les rues pour se plaindre de la qualité du réseau.»

Si l’Association canadienne des télécommunications sans fil (ACTS) indique que les Canadiens sont les abonnés sans fil qui bénéficient de la vitesse moyenne de téléchargement sur mobile la plus rapide à travers le monde, les consommateurs peuvent tout de même s’interroger sur le montant que leur aura coûté cette qualité, difficilement mesurable.

Des changements à venir?  

Le gouvernement fédéral s’est engagé, durant sa dernière campagne, à réduire le coût des forfaits de téléphonie cellulaire d’au moins 25%, mais les résultats resteraient jusqu’à présent plutôt modestes. 

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.
Photo AFP
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

M. Larouche croit que la solution évidente serait de «créer une offre réglementée "en gros" pour créer des concurrents qui ne sont pas des concurrents avec leur propre réseau, mais qui vont revendre sur des opérateurs virtuels ou des revendeurs», dit-il. Bref, de nouvelles compagnies qui n’ont pas d’infrastructures pourraient utiliser le réseau des grands opérateurs, pour ensuite créer leurs forfaits, et les revendre à prix compétitifs.

Selon le professeur, une autre option serait de s’attaquer à certaines pratiques commerciales questionnables des grandes compagnies. Fini les factures qui montent toutes seules!

Un bon pas vers des forfaits moins chers?

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