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Donald Trump vs Joe Biden: un premier débat risible et très cacophonique

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Le candidat démocrate, Joe Biden, a discrètement remporté hier son premier face-à-face l’opposant au président américain sortant, Donald Trump, après 90 minutes d’échanges cacophoniques.

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« Biden est gagnant ne serait-ce que parce qu’il sort du débat largement indemne », fait valoir le spécialiste de la politique américaine Rafael Jacob. 

  • Écoutez le chroniqueur de politique internationale Loïc Tassé avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

« Trump est arrivé en mauvaise position. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas agi pour améliorer sa position », poursuit le chercheur associé à la chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. 

Des dizaines de millions d’Américains avaient les yeux rivés sur les deux septuagénaires pour ce premier débat à Cleveland, dans l’État-clé de l’Ohio.    

  • ÉCOUTEZ l'analyste du spécialiste de la politiqur américaine Luc Laliberté sur QUB radio:    

Rappel à l’ordre

Le modérateur Chris Wallace, chef d’antenne de Fox News, a dû régulièrement rappeler à l’ordre le président Trump, qui semblait se faire un malin plaisir à interrompre « Joe l’endormi », dont il se moque des capacités physiques et mentales depuis des semaines.

Mais est-ce que l’ancien vice-président démocrate a réellement manqué d’éveil ?

« Si tel est le cas, tant mieux pour lui, lance M. Jacob. Ça projette une image de répit. Après ce soir [hier], ça risque d’être attrayant pour bien du monde. »

Les impôts de Trump

La joute était divisée en segments de 15 minutes abordant six thèmes : la Cour suprême, la COVID-19, la violence et les tensions raciales dans les villes américaines, l’économie, le bilan des deux candidats et l’intégrité de l’élection.

Les manigances de Trump pour éviter de payer de l’impôt, « une munition en or dans les mains de Biden », ont laissé place à des échanges acrimonieux. 

  • ÉCOUTEZ La Rencontre Dutrizac-Dumont sur QUB radio:    

À moins de 35 jours du scrutin, très peu d’électeurs restent à convaincre. Deux sondages publiés en septembre ont révélé qu’un maigre 3 % se disait toujours indécis.  

Et ils accordent toujours sept points d’avance à Joe Biden.

« Le premier débat est le plus important des trois, le plus écouté, et c’est là qu’on sort les gros canons [...]. Mais les débats sont plus du spectacle que de l’information », nuance la professeure de politique appliquée à l’Université de Sherbrooke Karine Prémont.

Triste Spectacle

Pour M. Jacob, ce « spectacle » a été « d’une tristesse infinie pour les électeurs américains et la démocratie américaine ».

La défaite de Donald Trump risque d’amplifier son angoisse : il pourrait devenir le premier président à ne pas être réélu depuis la défaite de George H. W. Bush face à Bill Clinton, en 1992. 

« Les intentions de vote ne bougent pas beaucoup depuis avril, depuis que la crise sanitaire s’est aggravée aux États-Unis », précise la professeure. 

Échanges corsés et infantiles  

« Peux-tu la fermer mon gars ? Ça fait non présidentiel. » –Joe Biden

« Il n’y a rien d’intelligent chez vous, Joe. » –Donald Trump

« Il est difficile de placer un mot avec ce clown... Excusez-moi, cette personne. » –Joe Biden

« Ça ne va pas bien se terminer. » –Donald Trump, après avoir refusé de dénoncer la suprématie blanche et d’apaiser les inquiétudes concernant la violence autour de l’élection

« Cette présidence nous a rendus plus faibles, plus pauvres, plus violents et plus divisés. » –Joe Biden

« En 47 mois, j’ai fait plus que toi en 47 ans. » –Donald Trump

« Vous êtes le pire président que l’Amérique ait jamais eu. Allez. » –Joe Biden

« Je suppose que je suis en train de débattre de vous. » –Donald Trump au modérateur Chris Wallace

Vérification des faits  

Le président américain Donald Trump et son rival démocrate Joe Biden se sont fait face pour la première fois mardi lors d’un débat pour l’élection présidentielle de novembre. L’équipe de vérifications des faits de l’AFP a fait le point sur deux sujets majeurs de l’affrontement.

Trump a-t-il créé la « meilleure économie » ?

« Nous avons créé la meilleure économie de l’histoire », a affirmé Donald Trump lors du débat, comme il l’a régulièrement fait depuis son arrivée à la Maison-Blanche. Cette affirmation est trompeuse.

AFP

L’emploi et le produit intérieur brut sont les deux indicateurs principaux permettant d’évaluer la santé de l’économie d’un pays. En faveur de Donald Trump, en décembre, le chômage a atteint un plus bas depuis 50 ans, à 3,5 %.

Toutefois, en janvier de cette année, le ministère du Travail a publié des données montrant que les créations d’emplois ont ralenti durant son mandat. Quelque 6,5 millions d’emplois ont été créés entre 2017 et 2019, ses trois meilleures années, contre 8 millions durant les trois années précédentes, sous Barack Obama.

Et la pandémie a sinistré le marché de l’emploi. Le taux de chômage a culminé à 14,7 % en avril, et était encore de 8,4 % en août.

Concernant le PIB, la meilleure année de Donald Trump a vu une augmentation de 3 % en 2018, à comparer à 3,1 % pour la meilleure année de Barack Obama. Sous le président George W. Bush, la croissance avait été de 3,8 % et 3,5 % en 2004 et 2005 respectivement.

Dernier indicateur : la Bourse. Des records ont été atteints depuis le début du mandat de l’ex-magnat de l’immobilier. L’indice vedette, le Dow Jones Industrial Average, a culminé à 29.551,42 points le 12 février 2020. Il a toutefois plongé avec l’aggravation de la pandémie, avant de se redresser par la suite pour retrouver des niveaux similaires à avant la crise sanitaire.

Le vote par correspondance met-il en péril l’intégrité de l’élection présidentielle ?

Lors du débat mardi, Donald Trump a (ré)affirmé que l’envoi postal de bulletins de vote causerait « des fraudes d’une ampleur inédite ».

Joe Biden a lui rappelé une vérité établie : « Personne n’a jamais prouvé un lien entre les votes par correspondance et la fraude (électorale) ». 

AFP

En mai, Ellen Weintraub, de la Commission électorale fédérale, a tweeté la chose suivante : « Il n’existe tout simplement aucun fondement à la théorie conspirationniste selon laquelle le vote par correspondance favoriserait les fraudes ». Elle a veillé à étayer son affirmation par une masse d’éléments de preuves irréfutables.

En septembre, le directeur de la police fédérale américaine (FBI), Christopher Wray, a enfoncé le clou, déposant devant une commission sénatoriale spécialisée : « Nous prenons vraiment à cœur toutes les menaces contre les élections.... Nous n’avons jamais été témoins, au cours de l’histoire, d’une action coordonnée de fraude électorale lors d’une élection majeure, que ce soit par courrier ou autrement ».

Quant à Max Feldman, un expert des processus électoraux au Brennan Center for Justice, il a déclaré à l’AFP : « Le vote par correspondance a fait la preuve de sa sûreté dans notre système électoral depuis de nombreuses années ».

Trump refuse de condamner les suprémacistes blancs  

Donald Trump a refusé mardi de condamner clairement les suprémacistes blancs lors du premier débat télévisé contre son adversaire Joe Biden pour l’élection présidentielle de novembre, s’attirant de vives critiques dans le camp démocrate.

Évitant de répondre directement au modérateur du débat Chris Wallace, qui l’invitait à condamner sans détour les suprémacistes blancs, le président américain a offert une réponse sibylline : il a évoqué les Proud Boys, un groupuscule nationaliste prônant la supériorité de la race blanche, les appelant à « reculer et à se tenir prêts ».

AFP

« Mais je vais vous dire, on doit faire quelque chose au sujet des antifas », a-t-il dit dans la foulée au sujet des groupuscules d’extrême gauche, en assurant qu’aux États-Unis les violences émanaient bien davantage de l’extrême gauche que de l’extrême droite.

Des membres des Proud Boys, une organisation extrémiste fondée à New York en 2016, n’ont pas tardé à reprendre à leur compte les propos de Trump pour les accoler à leur logo jaune et noir, diffusant ensuite l’image sur leurs réseaux internes.

- Avec les informations de l'AFP