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Des conspirationnistes inquiètent leurs proches

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Des proches d’adeptes des théories du complot sur la COVID-19 se tournent vers des organismes dédiés à la radicalisation et aux sectes pour obtenir de l’aide.

Au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRVM), on note ce phénomène nouveau, sans toutefois révéler le nombre de demandes reçues. «Étant donné que les gens font appel à nos services sur une base volontaire, ces chiffres ne sont pas représentatifs de la population et c’est pour cette raison qu’on ne les divulgue pas aux médias», explique Margaux Bennardi, coordonnatrice de l’accompagnement et de l'engagement communautaire au CPRMV. 

Bien sûr, des Québécois croyaient aux conspirations avant la pandémie. «Par exemple, à l’extrême droite, on pouvait avoir des théories du complot telles que: ce sont les Juifs qui contrôlent les médias», illustre Mme Bennardi.  

«Mais c’est sûr qu’avec la pandémie, les facteurs de vulnérabilité tels que l’isolement, la perte d’emploi, l’anxiété, l’omniprésence du sujet dans les médias, font en sorte que des personnes qui, à l’époque, n’adhéraient pas à ce type de complots là ont commencé à y adhérer», remarque-t-elle.  

Perdre le contact

Typiquement, leurs proches s’inquiètent surtout des conflits familiaux créés par leur adhésion à ces théories, parfois farfelues, colportées sur les réseaux sociaux. D’autres peinent à communiquer avec l’être cher parce que celui-ci insiste pour parler de ses idées conspirationnistes.  

Michael Kropveld, fondateur et directeur général d’Info-Secte, donne l’exemple d’un couple où un des conjoints «passait beaucoup de temps devant l’ordinateur». «Ça a vraiment causé des difficultés dans leur relation», illustre-t-il. 

«Avant la pandémie, je recevais ce type d’appel de temps en temps. Mais depuis la pandémie, c’est rendu assez régulier», dit-il. Le fondateur d’Info-Secte affirme recevoir «une couple» d’appels de ce type chaque semaine.  

Autant M. Kropveld que Mme Bennardi affirment qu’il est inutile de tenter de confronter un proche convaincu d’une conspiration. «C’est comme une croyance religieuse extrême», dit le directeur général d’Info-Secte.  

Les deux intervenants insistent plutôt sur le fait qu’il faut éviter de dénigrer la personne et tenter de comprendre à quels besoins cet environnement répond chez cet individu. «Souvent, ça va venir combler un besoin de sentiment d’appartenance», illustre Margaux Bennardi.  

Au CPRVM, on offre d’ailleurs des outils et des stratégies pour tenter d’amener les conspirationnistes à délaisser eux-mêmes ces réseaux.  

Littératie scientifique

De son côté, le directeur du Centre d’expertise sur les intégrismes religieux, les idéologies et la radicalisation (CEFIR), au Cégep Édouard-Montpetit, estime que la solution à long terme passe par l’éducation.

Le système scolaire devra mieux enseigner, au secondaire et au cégep, comment reconnaître une source fiable d’une autre plus douteuse, dit Martin Geoffroy. «On ne va pas régler ce problème-là demain matin», reconnaît-il.

Son centre souhaite d’ailleurs maintenant se pencher sur la mouvance conspirationniste. Le CEFIR pourrait d’ailleurs recevoir du financement de Québec en ce sens, confie M. Geoffroy.