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Guérir d’un racisme qui tue

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Il y a des drames capables de nous faire arriver à un point de bascule collectif. L’histoire tragique de Joyce Echaquan devrait en être un, car il ne s’agit malheureusement pas d’un cas isolé.  

Il y a un an, l’enquête menant au rapport Viens concluait que les Autochtones étaient victimes de discrimination systémique dans les services publics québécois. De nombreuses histoires ressemblant à celle de Joyce ont été rendues publiques. Il en aura fallu une qui soit filmée en direct pour qu’enfin on y croie. 

Agir maintenant

Le gouvernement doit passer à l’action et mettre en œuvre les recommandations de la commission Viens. S’excuser ne suffit pas. Le rapport contient 141 autres mesures concrètes à mettre en œuvre pour transformer les services de santé et les services sociaux, mais aussi protéger la jeunesse, réformer les services de police et de justice autant que les services correctionnels. Le rapport Viens propose aussi des mécanismes de suivi rigoureux pour que les droits des Autochtones soient enfin respectés. 

La COVID ne peut pas servir de prétexte pour justifier l’inaction, surtout lorsqu’on connaît les solutions. Nos gouvernements ont le devoir d’agir aussi aux paliers municipal et fédéral. Soutenir adéquatement les organismes communautaires autochtones qui œuvrent concrètement à l’amélioration de la qualité de vie et qui aident à faire tomber les préjugés est incontournable. Ils sont sur la première ligne. C’est le cas des onze centres d’amitié autochtones du Québec

Les Centres d’amitié autochtone

Lorsque je faisais mes études doctorales, il y a quelques années, j’ai passé une journée au Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or. J’y rencontrais des acteurs de la transition écologique et sociale de notre économie. Sans le formuler ainsi à cette époque, je m’intéressais à des initiatives qui contribuent à renforcer le système immunitaire de la Terre. Je rencontrais des gens qui changent le monde pour qu’on y vive mieux. Tous.

Je n’ai jamais autant pleuré qu’en réalisant une entrevue avec Édith Cloutier, qui était alors directrice du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or. Elle m’a partagé des histoires que j’aurais cru impensables au Québec. Des histoires qui ressemblent à celle de Joyce. Des histoires inacceptables. 

J’ai pu comprendre à quel point les défis des Autochtones étaient immenses en milieu urbain. Je ne savais pas que 55% des Premières Nations vivent dans les villes du Québec. Ils y viennent pour les études, le travail, le logement, les soins de santé, etc. 

C’est d’ailleurs pour faire face aux défis en ville que sont nés les premiers centres d’amitié autochtones, il y a une quarantaine d’années. Ils défendent les droits et les intérêts des citoyens autochtones et offrent une diversité de services selon les besoins, mais surtout les moyens de chaque centre. Car les besoins sont beaucoup plus grands que les moyens. Comme trop souvent quand on est sur le terrain. 

Par et pour les Autochtones

Une des grandes forces de ces organismes communautaires est d’exister par et pour les citoyens issus des Premières Nations. Ils vont chercher des alliés et des complices qu’ils choisissent dans les communautés allochtones, mais ce sont eux qui sont aux commandes. Après tant de discrimination, des ponts culturels sont à bâtir pour gagner la confiance. 

Ils le seront d’autant plus à la suite de ce qui vient d’arriver à l’hôpital de Joliette. Les efforts devront être redoublés. Conscient des problèmes qui s’y vivaient avant le drame, le Centre d’amitié autochtone de Lanaudière travaillait déjà à la réalisation d’un centre multiservices offrant des soins de santé de proximité. Il ne s’agit pas de créer un système parallèle, mais complémentaire à ce qui existe déjà. 

Selon mon ami Luc Parlavecchio, qui est travailleur de rue à Joliette et allié du Centre d’amitié autochtone de Lanaudière: «En ce moment, il y a des gens qui meurent parce qu’ils ont peur d’aller voir un médecin. Des maladies bénignes deviennent graves parce qu’elles sont prises trop tard. Il faut une sécurisation culturelle pour pallier à un manque de confiance.» Après l’histoire de Joyce qu’on a pu voir de nos yeux, le manque de confiance semble justifié. 

Il est donc temps de se relever les manches collectivement. Il ne s’agit pas de culpabiliser, mais de prendre nos responsabilités avec cœur et rigueur. On peut pousser nos gouvernements pour que soit mis en œuvre le rapport Viens. On peut soutenir des groupes communautaires comme les centres d’amitié autochtones en faisant des dons ou en participant à leurs activités. On peut évidemment changer notre regard en s’informant et en prenant la parole pour défendre les droits de nos concitoyens autochtones. 

Tout cela pour répondre à l’appel à l’aide lancé par Joyce. Même s’il est trop tard pour la sauver, sa mort ne doit pas être vaine. 

À lire  

Le rapport Mythes et réalités sur les peuples autochtones de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

À voir    

  • Le formidable documentaire Québékoisie de Mélanie Carrier et Olivier Higgins    

«C’est à 30 ans, après avoir parcouru la planète, qu’Olivier et Mélanie réalisent qu’ils entretiennent des liens avec le bout du monde, alors qu’ils n’ont jamais posé les pieds dans une réserve indienne, chez eux, au Canada. Le jeune couple décide alors de parcourir la Côte-Nord du Québec à vélo afin de mieux comprendre les relations entre Québécois et Premières Nations. D’où vient cette méconnaissance des Autochtones, alors que des études montrent que plus de la moitié des Canadiens français ont au moins un ancêtre amérindien? Pourquoi les préjugés sont-ils toujours aussi tenaces? Comment les choses peuvent-elles évoluer? De rencontres fortuites en rencontres programmées, la quête des cinéastes croisera celle, surprenante, d’un Innu parti à la recherche de ses ancêtres en Normandie et la démarche bouleversante de la sœur du caporal Lemay, tué lors de la crise d’Oka en 90.»  

Dont ces deux courts métrages (moins de 5 minutes chacun) présentant des perspectives autochtones sur le racisme.

Où sont tes plumes? et Corriger le tableau.