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Cachez ce théâtre que je ne saurais voir

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Hier soir, 1er octobre, je devais être au Rideau Vert pour la première de la pièce Adieu Monsieur Haffmann.

À la place, je suis restée chez moi, comme me le demande mon bon gouvernement, à manger de la bouffe pour emporter de mon resto préféré.

Mais j’étais curieuse de voir comment se serait déroulée ma soirée si jamais j’avais posé ce geste dangereux et subversif d’aller au théâtre en zone rouge en pleine deuxième vague.

Voici un copier-coller des mesures du Rideau Vert :

« La sécurité de notre public, de nos artistes et de nos employés est au cœur de nos préoccupations. Voici donc les mesures qui seront appliquées à la réouverture de nos portes, conformément aux directives émises par la santé publique :

– Le TRV privilégie l’achat du billet électronique afin d’éviter, autant que possible, des manipulations de billets entre employés et spectateurs ;

– La désinfection des mains à l’entrée du Théâtre est obligatoire ;

– Le port du masque/couvre--visage est obligatoire dans l’enceinte du Théâtre, jusqu’à ce que tous les spectateurs soient assis ;

– Les représentations se feront sans entracte ;

– Le Théâtre ouvrira ses portes 45 minutes avant le début de la représentation ; les spectateurs, une fois à l’intérieur, devront obligatoirement aller s’asseoir à leurs sièges ; aucune attente dans le foyer ne sera permise ;

– Les salles de toilette sont accessibles avant et après la représentation et seront désinfectées par un employé après chaque utilisation ;

– Les services de bar et de vestiaire ne seront pas offerts ;

– Aucun retardataire ne sera admis dans la salle ;

– Les appareils auditifs ne seront pas disponibles pour emprunt ;

– Les employés du Théâtre porteront tous un masque et/ou une visière. »

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

TOUT UN PROGRAMME !

Misère ! En quoi est-ce que ça décrit une expérience de « socialisation » ?

Cette description des mesures me fait plutôt penser aux règles d’un rassemblement de mormons hypocondriaques ou d’épidémiologistes mysophobes. (Mysophobie, du grec ancien músos – crime, souillure, impureté – et phóbos – peur, phobie –, est une peur maladive et irrationnelle d’être en contact avec la saleté ou d’être contaminé par des microbes et des parasites). 

Habituellement, les artistes du spectacle vivant sont ceux qui brisent les règles, qui défient les conventions, qui cassent la baraque, des cancres de la discipline.

On associe le théâtre à des gens bohèmes, extravertis, sur le party, saltimbanques ! Alors que depuis le début, ils ont été des élèves exemplaires, des premiers de classe !

LA MALADIE D’ARGAN

Alors, Monsieur Legault, Dr Arruda, Monsieur Dubé, Madame Roy... pouvez-vous m’expliquer exactement en quoi j’aurais mis ma santé ou celle de mes proches à risque en allant me pointer dans un lieu aussi aseptisé qu’un théâtre 2.0 ?

Il paraît même que dans certaines salles, on demande au public de manifester sa joie en applaudissant ou en tapant du pied (au lieu de crier).

Un peu plus et on demandait au public d’agiter les mains en l’air, comme dans un congrès de Québec solidaire !

Quand les théâtres vont rouvrir, j’espère qu’une salle aura le culot de présenter Le malade imaginaire de Molière.

Pour qu’on y entende cette réplique superbe : « Presque tous les hommes meurent de leurs remèdes, et non pas de leurs maladies ».