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Fahrenheit 2020?

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Aristote et Platon questionnaient le pouvoir. Pour eux, c’était naturel, voire essentiel. Au 20e siècle, le milieu culturel se chargeait de la tâche de manière impitoyable.

Mais les mentalités ont changé. Le boycottage de Radio X en est un triste exemple. Son crime ? Avoir prêté son micro à des « conspirationnistes aux propos délirants ». Manifestement, questionner est devenu un acte suspect, et quiconque s’y adonne risque d’être affublé des épithètes les plus méprisantes. Ce genre de raccourci intellectuel est toutefois problématique.

Contre-pouvoir

D’une part, il repose sur une vision manichéenne de la réalité qui ne fait aucune nuance entre ceux qui nient la courbure terrestre et ceux qui posent des questions sur la gestion de la pandémie. Autrefois, questionner, challenger et douter suscitait le respect. Aujourd’hui, cela vous relègue au rang des infréquentables. On se croirait dans un mauvais remake de Fahrenheit 451

Certes, il y a des hurluberlus parmi eux qui questionnent le pouvoir, tout comme il y a des pauvres d’esprit dans toutes les sphères de la société. Le cas de Nathalie Lemieux prouve d’ailleurs que les instances politiques ne sont pas à l’abri des fantaisistes. Mais cela ne justifiera jamais de fermer le clapet à quiconque ne s’approprie pas sans réserve le prêt-à-penser officiel ! 

D’autre part, toute société a impérativement besoin d’un contre-pouvoir pour éviter les dérives autoritaires et l’inflation législative. Actuellement, les partis d’opposition ne s’opposent plus. Alors qui reste-t-il pour poser les questions embarrassantes, mais légitimes ? Qui fait office de garde-fou du pouvoir ?

Rempart

Une crise sanitaire exige évidemment la solidarité sociale. Mais être solidaire n’implique pas qu’il faille abdiquer toutes les facultés cognitives et sous-traiter aveuglément notre réflexion à l’élite politique. 

Certes, un virus rode. Mais ostraciser les téméraires qui osent encore poser des questions ne tuera pas la maladie. En revanche, cela éliminera les derniers remparts de notre démocratie. Et ensuite, que fera-t-on ?