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La COVID-19 tue son entreprise

Le rêve de Jean d’avoir un restaurant à partir de ses économies s’écroule en raison des pertes

A man stands near the restaurant
Illustration Adobe Stock

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Pendant des années, Jean avait un objectif en tête : se lancer en affaires. Il a finalement réalisé son rêve en 2017, et y a investi toutes ses économies. Mais le succès n’est pas au rendez-vous et la COVID a fini par sonner l’arrêt de mort de son entreprise.

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Avant d’ouvrir son restaurant, Jean travaillait comme représentant aux ventes et gagnait un bon salaire. Il avait réussi à accumuler des sommes importantes dans son REER et son CELI, des montants qu’il a entièrement injectés dans son commerce. Ses économies lui ont permis de payer le coût des travaux d’amélioration et de compenser les pertes d’opérations qui se sont accumulées au fil du temps.

« Jean croyait beaucoup en ses chances de réussite et voulait tout faire pour sauver son restaurant et assurer le maintien des emplois qu’il avait créés. C’est pour cela qu’il n’a pas hésité à investir son épargne personnelle », explique Étienne Fiset, syndic autorisé en insolvabilité chez Raymond Chabot.

Malheureusement, les affaires ne marchent pas aussi bien que prévu, et au mois de mars dernier, l’entreprise est déjà dans une position financière critique. Avec la pandémie, désormais, tout ne tient qu’à un fil...

Des économies englouties

Pour tenter d’éviter la catastrophe, Jean a recours à l’aide financière offerte aux entreprises par le gouvernement. Les reports de paiements autorisés par les créanciers lui donnent aussi une petite bouffée d’oxygène. Mais c’est reculer pour mieux sauter, car avec l’interruption des activités durant le confinement, les affaires de Jean coulent à pic.

Lorsque l’entrepreneur va rencontrer le syndic, il est à la fois épuisé financièrement et psychologiquement. En effet, Jean a investi tous ses REER et CELI dans son entreprise pour la maintenir à flot, mais en vain. Il est aussi harcelé par les créanciers et est incapable de se verser un salaire décent. Enfin, il n’a pas osé discuter de ses difficultés avec sa femme qui ignore tout de sa situation. Il s’isole de plus en plus, il est constamment préoccupé et son esprit est d’ailleurs...

Constatant que Jean est au bout du rouleau et que les possibilités de remettre l’entreprise sur les rails sont quasiment nulles, le syndic va explorer les solutions qui s’offrent à lui.

Une faillite inévitable

Concernant l’avenir de la compagnie, la faillite est inévitable. Celle-ci permettra d’effacer 542 000 $ de dettes accumulées, tant en prêt, soldes de cartes de crédit, taxes à la consommation et loyers et salaires encore dus. Mais Jean ayant cautionné personnellement certaines d’entre elles, il se retrouve lui aussi en fâcheuse position. « Après analyse du dossier, nous avons toutefois été en mesure de faire une proposition de consommateur, ce qui évite à Jean la faillite personnelle.

Il payera 250 $ pendant 60 mois, et sera libéré des dettes de 375 000 $ pour lesquelles il s’était porté caution, ainsi que celles de cartes de crédit et de loyer », indique Étienne Fiset.

Précisons qu’en tant qu’administrateur, Jean se retrouvait aussi responsable personnellement de plusieurs autres dettes de la compagnie, notamment les taxes impayées, ce que la proposition vient régler du même coup.

Le syndic souligne que lorsqu’on doit injecter des sommes personnelles, année après année, dans sa compagnie, on devrait y voir un indice que quelque chose ne tourne pas rond. 

Par exemple, il aurait pu utiliser ses économies pour faire une proposition concordataire à ses créanciers, afin que l’entreprise rembourse une partie de ce qu’elle leur devait. En utilisant son épargne de cette façon, il aurait pu sauver son commerce et les emplois. Il a malheureusement attendu trop longtemps », constate Étienne Fiset, qui encourage les entrepreneurs à aller chercher conseil auprès de professionnels avant d’avoir tout perdu.

SA SITUATION FINANCIÈRE

Actifs 

  • Améliorations locatives 350 000 $ 
  • Équipements de restauration 50 000 $ 
  • Inventaire en biens périssables 5000 $ 
  • Véhicule de livraison  

TOTAL DES ACTIFS 405 000 $ 

Dettes 

  • Prêt garanti par les améliorations locatives et les équipements de restauration et par une caution personnelle 375 000 $ 
  • Avance de l’actionnaire 125 000 $ 
  • Taxes à la consommation 15 000 $ 
  • Salaires et vacances à payer aux employés 10 000 $ 
  • Loyer pour le local commercial 10 000 $ 
  • Cartes de crédit 7000 $  

TOTAL DES dettes 542 000 $


Jean a refusé d’être photographié pour conserver son anonymat touchant ses problèmes financiers.