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Les Québécois n’épargnent pas suffisamment et ils le savent

Un premier sondage sur l’épargne révèle leurs habitudes financières au moment où frappe la pandémie

Nathalie Bachand
Photo Pierre-Paul Poulin Nathalie Bachand, présidente d’ÉducÉpargne

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Un peu plus d’un Québécois sur deux considère encore qu’il ne met pas assez d’argent de côté en prévision de sa retraite.

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«Oui, c’est inquiétant», concède au Journal Nathalie Bachand, présidente d’Éduc- Épargne, anciennement Question Retraite. «Il y a toutefois des gens qui s’imaginent peut-être qu’ils n’ont pas suffisamment épargné, car ils n’ont pas encore planifié ou regardé leurs choses», tient-elle à nuancer.

La question de la préparation pour la retraite est l’un des éléments qui ressort du plus récent sondage publié par ÉducÉpargne, effectué en août. 

Pas facile d’épargner

Les principales raisons qui incitent, aujourd’hui, les Québécois à épargner sont pour la retraite, pour des imprévus, par exemple en cas de maladie ou la perte d’un emploi, pour voyager ou pour acheter une maison.

Même si la majorité des répondants jugent essentiel le fait de mettre de l’argent de côté pour répondre aux besoins de leurs vieux jours, 29,4 % ont souligné qu’ils préféraient encore plus dépenser qu’épargner. Et 8 % considèrent l’épargne comme étant « un mal nécessaire ». 

C’est principalement les personnes avec un revenu inférieur à 40 000 $ qui estiment ne pas être en mesure de mettre assez d’argent de côté.

«Si ces gens ne prennent pas trop tôt les régimes publics, comme la rente de retraite et la pension de la Sécurité de la vieillesse, cela peut suffire à maintenir leur niveau de vie à la retraite. Les gens qui gagnent moins de 40 000 $ ont aussi besoin de moins épargner, car le filet social est plus grand pour eux en termes de pourcentage», indique Mme Bachand.

Au total, 7 % des répondants ont affirmé être incapables de trouver assez d’argent pour épargner.

Parmi les différentes astuces pour mettre de l’argent de côté, une personne sur deux se demande lors d’un achat si elle a vraiment besoin de ce produit.

Certains consommateurs choisissent également de payer le plus rapidement possible leurs dettes afin de diminuer leurs intérêts. D’autres se font prélever des montants directement sur leur paye.

Report des rentes

À la retraite, 29 % des Québécois prévoient se payer un peu de luxe, 24 % souhaitent vivre avec leur épargne personnelle le plus longtemps possible afin de retarder leurs demandes de rentes gouvernementales et 23 % envisagent de ne pas toucher à leur épargne afin de la faire fructifier.

«Envisager le report des rentes gouvernementales peut être une très bonne stratégie afin de tirer profit au maximum de l’épargne accumulée une fois à la retraite», note Mme Bachand.

Selon le sondage réalisé par Léger pour ÉducÉpargne, 6 Québécois sur 10 n’aiment pas prendre de risques avec leurs investissements.

Fonds d’urgence

Du côté du Mouvement Desjardins, on réitère l’importance d’avoir un coussin de sécurité pour faire face aux imprévus. 

«L’épargne numéro un devrait commencer par avoir un fonds d’urgence avant d’avoir des projets à moyen ou à long terme», souligne au Journal Angela Iermieri, planificatrice financière. «Lorsque nous n’avons pas de coussin, on se dirige vers le crédit, donc un endettement supplémentaire», poursuit-elle.

Cette dernière invite, par ailleurs, les travailleurs ayant utilisé des programmes d’aides des gouvernements au cours des derniers mois, comme la Prestation canadienne d’urgence (PCU), à être plus attentifs lors de leur prochaine déclaration de revenus.

«Ils vont peut-être avoir de l’impôt à payer. Ils devront évaluer la possibilité de cotiser à leur REER. Cela pourrait réduire les montants à payer. Si votre situation financière le permet encore, il faut continuer d’épargner pour la retraite», conclut-elle. 

Des résultats qui parlent  

54 % des Québécois considèrent ne pas épargner suffisamment 

Connotation évoquée  

  • 88 % évoquent une connotation positive pour l’épargne  
  • 51 % un moyen d’atteindre leurs objectifs futurs  
  • 27 % la paix d’esprit  
  • 10 % la liberté de choix     

Pourquoi épargner?  

  • 52 % pour préparer la retraite  
  • 47 % pour prévoir une possible situation difficile comme une perte d’emploi, une maladie ou une dépense imprévue  
  • 35 % pour voyager  
  • 27 % pour acheter une maison ou faire des rénovations     

Comment les Québécois réussissent-ils à dégager des sommes pour épargner?   

  • 52 % en contrôlant leurs achats et en se demandant s’ils en ont vraiment besoin   
  • 43 % en payant leurs dettes le plus rapidement possible pour éviter de payer trop d’intérêt   
  • 29 % en économisant le plus possible sur leurs achats     

Importance de sensibiliser les jeunes à l’épargne dès l’adolescence 

À qui la responsabilité?  

  • 65 % aux parents  
  • 26 % au milieu scolaire ou académique     

Pour les jeunes travailleurs  

  • 36 % aux institutions financières  
  • 26 % aux employeurs     

L’importance d’avoir un coussin de sécurité financier  

Souvent, lorsqu’il est question d’épargne, on pense à ses vieux jours, mais la pandémie a démontré l’importance d’avoir également un coussin financier pour faire face aux imprévus. La présidente d’ÉducÉpargne (anciennement Question Retraite), Nathalie Bachand, répond à nos questions.

Est-ce que la perception des Québécois par rapport à l’épargne va changer en raison des impacts de la COVID-19?

C’est difficile à dire. Cela va peut-être changer un peu le comportement des gens pendant une certaine période, mais mon impression est que cela va revenir à la normale. Il est trop tôt pour voir les véritables impacts.


Est-ce que les gens pourraient être tentés de changer de véhicule pour faire fructifier leur avoir? Par exemple, pourraient-ils miser davantage sur le CELI, qui offre un accès plus facile à de la liquidité, que le REER?

Oui et non. Les recommandations ont toujours été d’utiliser le CELI si les besoins sont à court terme et moyen terme. Les gens vont peut-être toutefois réaliser qu’ils ont besoin d’avoir un fonds d’urgence. D’un autre côté, les gouvernements ont tellement été présents au cours des derniers mois pour les aider. Ils n’ont pas eu besoin de trop se casser la tête.


Lorsqu’on conseille à une personne de se bâtir un fonds d’urgence pour faire face aux imprévus, cela signifie des économies pour combien de mois?

On recommande d’avoir trois mois de dépenses. Cela doit tenir compte de l’ensemble des paiements, notamment pour la voiture et l’hypothèque. Avec les taux d’intérêt que nous avons aujourd’hui, qu’on place cet argent dans un CELI ou dans un compte d’épargne, cela ne change pas grand-chose. Cela dépend surtout du confort de chaque individu.


Est-ce que l’épargne doit demeurer prioritaire en période de crise?

C’est certain que si je perds mon emploi, il va peut-être y avoir un moment où je vais revenir aux besoins de base. L’épargne n’est pas quelque chose qui doit être tout le temps en continu. L’idée est d’inculquer une habitude et d’aider les gens à prendre conscience de leurs objectifs. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas la suspendre durant quelques mois.


À quel moment, il est important de commencer à épargner?

Il faut sensibiliser les jeunes à la culture de l’épargne. C’est une question d’habitude. Si on commence cela jeune, même s’il y a une période durant ma vie où je dois arrêter, comme lors d’une pandémie, après je vais reprendre cette habitude. Je risque également d’être dans une meilleure situation financière lors d’un imprévu.


Quand doit-on arrêter de mettre de l’argent de côté?

Il n’y a pas de chiffre magique ou d’âge. C’est une question de planification. Cela dépend de trop de facteurs, notamment l’âge de la retraite et des besoins de la personne.


Actuellement, pour les gens avec un surplus monétaire, est-il préférable de rembourser des dettes ou d’épargner?

Pour moi, c’est la même chose. L’épargne, cela veut aussi dire que je peux rembourser mes dettes. Il faut voir le taux d’intérêt et les besoins en liquidité. Si j’ai peur de perdre ma job, je suis peut-être mieux de mettre de l’argent de côté que de rembourser ma dette. À l’inverse, si j’ai une carte de crédit avec un taux de 20 %, je suis peut-être mieux de la rembourser. Les deux sont bons.