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Un engagement exemplaire

WE 1003 Lanctot
Photo courtoisie FLQ/Histoire d’un engagement
Marcel Faulkner
Éditions Fides

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Comment expliquer, se demande d’entrée de jeu Marcel Faulkner cinquante ans plus tard, que de jeunes gens à peine entrés dans l’âge adulte décident « de sauter dans l’incertitude de l’action clandestine au détriment de leurs études ou de leurs projets de carrière, et souvent en sacrifiant leur vie personnelle et en compromettant celle de leur famille ? ». Sûrement pas par goût du risque et de l’aventure, prévient-il. Certes, le climat social des années 1960 y était pour quelque chose, ici et ailleurs dans le monde.  

Au Québec, l’effervescence politique déclenchée par la Révolution tranquille était palpable et bien malin aurait été celui qui aurait pu prédire jusqu’où cette vague déferlante allait nous conduire. Tout était possible, contrairement à aujourd’hui « où la morosité sociale et le repli sur soi freinent toute ambition collective ». 

Mais le contexte social n’explique pas tout, précise Faulkner, il faut avoir certaines prédispositions. Un engagement aussi absolu au service d’une cause noble – transformer le monde pour le rendre meilleur et plus juste – suppose une bonne dose d’abnégation, un sens développé de l’altruisme et du don de soi. Aussi, une générosité indéniable et « un certain esprit de sacrifice ».

ENGAGEMENT PRÉCOCE

Marcel Faulkner a grandi dans l’est de Montréal, près des raffineries de pétrole, au milieu d’une population essentiellement ouvrière. La délinquance sous diverses formes faisait partie du paysage quotidien. C’est grâce au régime de prêts et bourses, une des belles réalisations de la Révolution tranquille, qu’il a pu accéder à des études supérieures et sortir de son milieu peu propice aux longues études.

Sa première rencontre avec Charles Gagnon, qui sera avec Pierre Vallières l’âme dirigeante du FLQ 1966, remonte au début des années soixante, à l’époque des Travailleurs étudiants du Québec. Ils se retrouveront dans ce nouveau réseau du FLQ en 1966, le temps de réaliser qu’il y a loin de la coupe aux lèvres de la révolution.

Sa définition du FLQ est sans aucun doute celle qui correspond à la réalité, du moins celle de la période allant de 1963 à 1966 : « un ensemble assez disparate de groupes qui, parce qu’ils menaient dans l’ombre des actions d’agitation, de propagande et de ravitaillement, ont été associés à une même organisation ». 

Deux tendances ont marqué les diverses organisations felquistes. L’une s’inspirait des luttes de libération menées ailleurs et visait essentiellement l’accession du Québec à l’indépendance politique. L’autre tendance, animée par le tandem Vallières-Gagnon, associait indépendance et socialisme. Toutes deux visaient à accélérer la prise de conscience des Québécois.

« ACCÉLÉRATEUR DE L’HISTOIRE »

Faulkner démontre, après coup, comment on se berçait d’illusions. La population n’a pas suivi, ni les organisations syndicales. « Une partie de la population se montrait même assez favorable aux interventions répressives contre les groupes révolutionnaires. Malgré une image d’organisation bien structurée, dit-il, le FLQ se trompait dans ses analyses de la situation concrète et dénotait un niveau d’amateurisme qui devait conduire inexorablement à sa perte. » 

Malgré tout, conclut Faulkner, « le FLQ a été un éveilleur de conscience de premier ordre. De plus, il a contribué à ce que la population soit moins craintive à l’égard de la chose publique et affirme davantage ses besoins et ses droits ». 

Cinquante ans plus tard, Marcel Faulkner demeure toujours un homme engagé. C’est tout à son honneur. 

FLQ/Histoire d’un mouvement clandestin

<b><i>FLQ/Histoire d’un mouvement clandestin</i></b><br/>
Louis Fournier<br/>
Éditions VLB
Photo courtoisie
FLQ/Histoire d’un mouvement clandestin
Louis Fournier
Éditions VLB

Sans doute le livre le plus complet sur l’histoire du Front de libération du Québec, un mouvement révolutionnaire qui a profondément marqué l’histoire du Québec de 1962 à 1972. Louis Fournier y travaille depuis longtemps et il nous livre ici, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la crise d’Octobre 1970, sa troisième édition, revue et mise à jour. Mais une édition définitive ? J’espère que non puisque persistent certaines inexactitudes, entre autres au sujet de la mort de Pierre Laporte. Malgré tout, l’ouvrage de Louis Fournier est un précieux outil de référence sur cette période mouvementée de notre histoire récente où un mouvement révolutionnaire, le FLQ, malgré ses échecs, ses bavures, ses mauvais coups, a plongé le Québec dans un bain de politisation comme jamais auparavant. 

Insurrection appréhendée/ Le grand mensonge d’Octobre 1970

<b><i>Insurrection appréhendée/ Le grand mensonge d’Octobre 1970</i></b><br/>
Jean-François Lisée<br/>
Éditions Carte blanche/ La boîte à Lisée
Photo courtoisie
Insurrection appréhendée/ Le grand mensonge d’Octobre 1970
Jean-François Lisée
Éditions Carte blanche/ La boîte à Lisée

Lisée écrit bien et il a de la suite dans les idées. Cette démonstration du « grand mensonge » le prouve. Ce qui m’étonne chez lui, cependant, c’est qu’il accorde tant d’intelligence aux forces policières. Les policiers que j’ai connus ne l’étaient pas. Leur principale force résidait dans leur capacité à compiler faits et données. Point. Mais de là à les expliquer correctement, ces informations, c’est souvent au-delà de leurs capacités. Même chose pour les politiciens, ils ont mal évalué le pouvoir rassembleur du Manifeste du FLQ, pensant que les gens ordinaires à qui il s’adressait allaient le jeter aux poubelles de l’Histoire. À propos du Manifeste, René Lévesque dira : « Il [le FLQ] avait réussi à arracher aux autorités le droit de dire haut et fort ce que bien des gens se contentaient de murmurer tout bas ». Malgré tout, pour revivre heure après heure, jour après jour, la crise qui a secoué le Québec, et un peu le Canada, pendant les mois d’octobre, novembre et décembre 1970, je recommande fortement cet ouvrage de Lisée.