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Mourir dans le mépris

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Photo AFP Des milliers de manifestants ont défilé dans les rues de Montréal samedi pour demander justice pour Joyce Echaquan.

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Nombreuses sont les nations qui ont évolué sans fondamentalement mettre à jour le logiciel de leur imaginaire collectif affecté par un racisme hérité de la culture coloniale et esclavagiste. 

Nombreux sont les hommes et les femmes encore prisonniers d’un imaginaire collectif archaïque qui, de temps à autre, libère le fond de leur mépris à l’endroit des « Sauvages » et des dominés d’hier.

Le départ sinistre de Joyce Echaquan ramène brutalement l’enjeu du racisme en surface. Depuis des générations, malgré une kyrielle de législations et d’actions politiques, on ne parvient toujours pas à éradiquer cette calamité. On est plus souvent rivé sur les conséquences de ce fléau plutôt que sur ses sources.

Un fléau qui vient de loin

Le racisme n’est pas un trouble de la personnalité. C’est l’expression de l’empreinte culturelle héritée de la colonisation et de l’esclavage. Une empreinte qui a déterminé l’ordre du monde et fondé les paradigmes de nos nations. 

Les opinions occidentales au 18e et au 19e siècle avaient intériorisé un ordre du monde sur la base de préjugés racistes qui ont traversé le temps.

Pour condamner nos racistes contemporains, il faudrait préalablement évoquer et remettre en question la chaîne de facteurs culturels intériorisés qui les ont conditionnés et qui sous-tendent leurs crimes. 

Une histoire à revisiter

Il faut questionner l’Histoire. Notamment le rôle des prétendus « découvreurs » des Amériques qui ramenèrent des « spécimens autochtones » en Europe. Ils ont fourni de la matière à dénigrer et à opprimer aux scientifiques et aux puissants « ethnocentriques » européens de l’époque. 

La pseudo science du 18e et du 19e siècle est à la source du racisme. Elle a analysé, mesuré et classifié l’Autre ; le différent. Le « sauvage sans âme ». Elle a inventé les prétendues races. Elle a classé, catalogué, et catégorisé les groupes humains. 

Elle a fondé le discours raciste qui a alimenté les religieux, les politiques et les imaginaires collectifs au fil des générations. 

La propagande coloniale a établi qu’il y a des dominants et des dominés. Ce lourd héritage culturel s’est transmis de génération en génération jusqu’à nos jours.

Le monde de la culture, des arts et des lettres de l’époque n’était pas en reste. Pensons notamment à l’imagerie hollywoodienne qui a structuré et conditionné l’imaginaire collectif en Amérique et à travers le monde. Les bons cow-boys et les « méchants Indiens ». Les méchants « cannibales » africains...

La fabrique d’un imaginaire collectif « ethnocentrique » a disqualifié l’Autre sur plusieurs générations.

Tout n’est pas perdu

Les lois contre le racisme et les discours de haine prohibent et interdisent la discrimination et les discours haineux. Elles donnent bonne conscience. Cependant, elles ne changent pas les cœurs. 

Il faudrait préalablement déconstruire le discours et les stéréotypes racistes. Remettre en question ce qui a conditionné historiquement, culturellement, scientifiquement, religieusement et politiquement les regards sur l’Autre. Cela passe par la famille, l’école, la culture et les médias.