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Quand Le Devoir se déshonore...

Quand Le Devoir se déshonore...
Capture d'écran, Google Maps

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La caricature de Godin dans Le Devoir de ce matin a tout pour plaire au nouveau lectorat cible du quotidien montréalais.

En mars 2019, les gens au pupitre du journal anglophone The Montreal Gazette ont décidé de ne pas publier le dessin de leur caricaturiste vedette Aislin (Terry Mosher de son vrai nom).

À l’évidence, le principal intéressé avait été assez courroucé par cette décision. Assez pour décider de la publier sur ses réseaux sociaux. Aislin a accompagné sa caricature par le texte suivant: 

«Fait d’actualité: The Gazette ne veut pas publier cette caricature de la CAQ en KKK. Qu’en pensez-vous? L’auriez-vous publiée?»

Depuis, le caricaturiste a supprimé son gazouillis. On le comprendra; celui-ci avait généré un flot de réactions francophobes, racistes, antinationalistes. Mais il y avait aussi eu des centaines de messages d’approbation du message inhérent à la caricature. 

La CAQ, c’est le parti des suprémacistes blancs. Un parti de «racistes», ni plus ni moins. 

The Gazette a pris la décision de ne pas publier cette caricature et le message que celle-ci véhiculait. Cela l’honore. 

En fin de compte, cette caricature a quand même beaucoup circulé, et son auteur y a ajouté l’étiquette de victime. La francophobie a trouvé son chemin, encore une fois.

Aislin sort cette tunique blanche à l’occasion, semble-t-il. Pour les grandes occasions. 

Dans l’univers idéologique de Terry Mosher, Donald Trump et François Legault... même combat. 

Le Devoir se déshonore...

Pourquoi je vous cause de ça maintenant? Car cela me fait penser à la caricature de Godin dans Le Devoir de ce matin. La voici: 

Donc, au Devoir, on a jugé pertinent de publier cette caricature. Un Autochtone, face contre terre, mort, le drapeau du Québec bien planté dans le dos. 

À la manière de ceux qui tuent, lâchement, dans le dos.

(J’ai déjà exprimé le dégoût intégral que l’on doit ressentir des circonstances de la mort de Joyce Echaquan ici.)

L’équipe de Brian Myles a jugé que ce message valait la peine d’être véhiculé. Qui suis-je pour crier à la censure, on est Charlie ou on ne l’est pas. Mais faut assumer ce message maintenant. 

The Montreal Gazette avait fait le choix de ne pas jouer dans ces talles-là. 

Le plus ironique dans tout ça, c’est que le journal montréalais publie un excellent texte de Jean-François Nadeau ce matin qui traite des dérives de ce qu’on appelle souvent la «radio poubelle» de Québec. Cette radio parlée dont on fait le procès dans à peu près tous les médias du Québec.

Non sans raison.

Je retiens ceci du texte de Nadeau

«Cependant, derrière ce paravent que constitue le droit d’expression, la distinction entre l’opinion et la fabulation se fait de plus en plus difficile. Que les humeurs doivent être énoncées avec un tant soit peu de rigueur, cela apparaît volontiers oublié, au seul profit de douteuses glissades.»

En parlant de «douteuse glissade», si cette caricature n’y colle pas...

Mais cette caricature plaira fort bien à son nouveau lectorat cible. On pourrait même faire de ce dessin l’étendard du militantisme du «systémique» dans le racisme. Ce concept très militant du racisme systémique made in Québec. Exclusivement.

Car bien sûr, il ne faudrait surtout pas rappeler que l’autre gouvernement, celui qui a jadis accouché de l’infamante Loi sur les Indiens, a quelque chose à voir dans tout ça.

Le nouveau lectorat du Devoir aimerait moins ça.