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L’angle militant de la question du racisme systémique

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François Legault reconnaîtra le racisme systémique envers les Autochtones. La chose à faire. Mais on est loin d’avoir fini d’entendre parler de racisme systémique...

La chose honorable à faire

Au moment d’écrire ces quelques mots, François Legault n’a pas encore reconnu le racisme systémique. Ça travaille fort dans les salles de rédaction pour l’implorer de le faire si l’on en juge par la somme de textes publiés qui épousent cet angle depuis quelques jours.

Du reste, les mêmes claviers qui, souvent, il n’y a pas si longtemps, s’indignaient fort de l’adoption de la loi 21. Je le note en passant.

Quand on m’a appris ce matin que Bernard Drainville annonçait à sa chronique chez Paul Arcand que «ça cheminait fort» dans le sens de la reconnaissance du «racisme systémique dans le contexte des nations autochtones», je n’ai pas été surpris.

J’ai tendu une perche à un contact de la CAQ. Sa réponse, intelligente, pertinente, celle-ci: «Existe-t-il une issue honorable pour François Legault à ne PAS reconnaître que les Premières Nations ont subi du racisme systémique»?

Bien sûr, la réponse à cette question, c’est non.

Ainsi, je ne serais pas surpris que François Legault bouge dès aujourd’hui en ce sens. Car si une telle chose que le «racisme systémique» existe – et je crois bien que ce soit le cas – les Premières Nations en ont fait les frais au Canada, et au Québec. C’est indéniable.

D’ailleurs, il y a quelque chose d’assez particulier de lire certaines chroniques de claviers qui implorent François Legault de reconnaître le racisme systémique, dans le contexte des Premières Nations, tout en évitant soigneusement de souligner le rôle du fédéral dans l’affaire.

Car s’il existe un dossier qui peut montrer les limites de l’action gouvernementale du Québec dans un champ de compétence où le fédéral joue un rôle important, c’est précisément celui des questions autochtones.

Dans le concert de commentaires qui ont suivi la mort tragique de Joyce Echaquan, je retiens justement ces quelques mots d’Isabelle Picard, ethnologue et première spécialiste aux affaires autochtones à Radio-Canada: «Joyce a eu la présence d’esprit de laisser une voix, de laisser des cris. Elle est décédée, mais ce n'est pas en vain. [...] C’est un racisme qui date de 1876 avec la Loi sur les Indiens et peut-être même avant, et qui a fait en sorte que les politiciens, les lois, le système ont traité les Autochtones comme des citoyens à part, de deuxième classe.»

Que François Legault reconnaisse le racisme systémique dont ont été victimes les Premières Nations, c’est la chose honorable à faire. On a senti le premier ministre sincère dans ses excuses d’hier; faire ce pas aujourd’hui serait bienvenu.

Ne pas céder aux militants

Dans sa chronique de ce matin, Drainville rappelait que ce concept de «racisme systémique» est fort en vogue au sud de la frontière. Et qu’au sein de l’équipe du premier ministre, certains seraient réticents à importer ce type de grille d’analyse, qui n’est pas sans avoir des angles très militants.

Et c’est très certainement le cas au Québec.

Quiconque parcourt un peu les milieux de la gauche allergique aux questions identitaires aura remarqué qu’on y fait très souvent le recoupement entre «racisme systémique» et «loi 21».

Aussi, la reconnaissance par le gouvernement Legault que le racisme systémique existe dans le traitement réservé aux Premières Nations ne risque pas de clore le débat.

Loin de là.

Les claviers sont déjà prêts pour la prochaine ronde: «Monsieur le premier ministre, vous avez reconnu le racisme systémique, comment pouvez-vous justifier la loi 21...»

Et si vous avez suivi la discussion qu’a provoqué l’article du commentateur canadien J.J. McCullough dans le Washington Post, une charge carrément francophobe contre la loi sur les langues officielles, vous constaterez que le bilinguisme serait «discriminatoire» envers bien des Canadiens qui ne peuvent aspirer à des emplois qui requièrent une maîtrise du français...

La loi 101, racisme systémique, ça aussi?

C’est un terrain glissant que celui-là. J’imagine qu’au gouvernement Legault, on est tout à fait conscient que la reconnaissance du racisme systémique dans le contexte du traitement réservé historiquement aux Premières Nations ne va pas clore le débat.

Et que les militants antinationalistes au Québec et autres adversaires avoués de la loi sur la laïcité s’en serviront pour attaquer la loi 21.

Cet angle militant, il est utile de le rappeler.