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Dépistage: jusqu'à 15 jours d'attente angoissante pour obtenir les résultats de leur test

GEN - MARTIN VINCENT
Photo Martin Alarie Martin Vincent, de Laval, était hier en attente depuis 17 jours des résultats son test de dépistage de la COVID-19.

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De nombreux Québécois vivent des moments d’angoisse en attendant parfois jusqu'à 15 jours les résultats de leur test dépistage de la COVID-19, une situation qui inquiète des experts, qui plaident l’importance d’obtenir des réponses rapides.

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«J’ai passé un test à Donnacona le 25 septembre après que quelqu’un avec qui j’avais déjeuné trois fois dans la semaine m’ait appris qu’il était porteur de la COVID. J’ai zéro information depuis, même si j’ai envoyé le formulaire de divulgation. J’ai aussi laissé une douzaine de messages en disait qu’à 76 ans, avec un pacemaker, une opération au cœur il y a un an, des problèmes respiratoires et des maux de tête, c’était stressant beaucoup. On reste dans le vide», a raconté, hier, Jacques Plante, de Québec.

La situation inquiète des spécialistes du domaine.

«Attendre 10-12 jours pour recevoir un résultat du test de dépistage à la COVID-19 est problématique, peu importe le résultat, et carrément inquiétant s’il s’agit de cas positifs», lance le Dr Thomas Druetz, chercheur et responsable de l’option santé mondiale du doctorat en santé publique de l’Université de Montréal.

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«De ne pas avoir son résultat rapide c’est problématique. Les gens ne savent pas à quoi s’en tenir. Certains restent chez eux alors que d’autres continuent à se promener. Si avoir le résultat rapidement fait que les gens ne se promènent plus, ça pourrait aider beaucoup à réduire la transmission», ajoute le Dr Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec, et chercheur au CHU de Québec-Université Laval.

D’autres cas

Après avoir ressenti des symptômes compatibles, Martin Vincent a pour sa part passé un test il y a 17 jours à la Cité-de-la-Santé de Laval et les résultats se font toujours attendre.

«Je suis resté en isolement. Je respecte les règles sanitaires. J’imagine que je suis passé entre deux craques du divan», pensait-il, jusqu’à ce que Le Journal lui dise que son cas était loin d’être unique.

«Je suis revenu au travail. Je fais partie des privilégiés qui ont continué à être payés [durant l’isolement]. Mais il y a des gens qui sont chez eux sans être payés et qui attendent leurs résultats. Je comprends qu’ils sont débordés, mais ce n’est pas le fun de ne pas avoir de résultats», a ajouté M. Vincent.

Par pur hasard, Karine Depauw, de Saint-Hubert, a reçu un message durant sa conversation avec Le Journal lui annonçant que son résultat était négatif.

«J’ai attendu neuf jours. J’avais ensuite appelé lundi. Si j’avais eu mon résultat plus tôt, j’aurais pu retourner travailler. Maintenant je dois voir qui va me payer», a indiqué celle qui s’était mise en isolement après son test.

Le Journal a aussi reçu des témoignages de familles qui n’ont laissé qu’un numéro de téléphone cellulaire pour l’ensemble des membres lors des tests. Chaque texto reçu faisait état d’un test négatif, mais n’était associé à aucun nom.

Perte d’efficacité

Le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale, le Dr André Dontigny, a reconnu mardi que ses équipes d’enquêteurs étaient débordées avec l’explosion de cas positifs.

Il a ajouté que les délais pour contacter tous les cas positifs «font partie des explications» pour la recrudescence de la maladie dans la région de Québec. «Avec un retard de plus de 5 ou 7 jours, l’efficacité d’une intervention de santé publique devient presque nulle», admettait-il.

«À partir du moment où les résultats arrivent tardivement, où on a de la misère à faire les enquêtes parce qu’il y en a tellement qui arrivent en même temps, plus on est tard dans ce processus, plus ces personnes ont des chances d’avoir contaminé d’autres personnes», souligne le Dr Gaston De Serres.

«Les investigations épidémiologiques sont surtout utiles au début d’une épidémie, lorsqu’il s’agit de contrôler et d’étouffer une éclosion [...]. Par contre, peu importe le niveau épidémique, il est essentiel de maintenir des investigations épidémiologiques rapides et systématiques dans les milieux vulnérables et compartimentés, tels que les résidences pour aînés, les écoles et les hôpitaux», explique le Dr Thomas Druetz.

Appel à la population

Une des solutions apportées par la Santé publique de la Capitale-Nationale mardi a été de demander aux personnes positives à la COVID-19 de participer à leur propre enquête épidémiologique en utilisant un outil en ligne pour aviser les gens à risques modérés avec qui elles sont entrées en contact.

«Maintenant dans une situation où il y a un très grand nombre de cas, qu’est-ce qu’on fait? Je ne sais pas quelle est l’efficacité de demander à des gens de contacter les personnes dont elles sont proches. Est-ce que les gens vont le faire? Est-ce que ceux qui se font donner des avis par leur ami infecté vont le respecter? Je ne le sais pas», se demande le Dr De Serres.

Des solutions

Le Dr Druetz amène toutefois un espoir. «Un nouveau test de dépistage rapide a été homologué il y a une semaine par Santé Canada et risque de régler en partie ce problème, car le résultat sera notifié en l’espace de 15 minutes», espère-t-il.

«Oui. C’est clair. Les gens doivent avoir leur résultat rapidement. Mais actuellement, il y a des difficultés pour y arriver et c’est un vrai problème», constate le Dr De Serres.

Mais ce dernier souligne que dans la situation actuelle, les gens doivent se rappeler la règle de base.

«Je ne sais pas si les gens ont bien compris, mais quand vous êtes malades, restez chez vous. Ça n’interromprait pas complètement la transmission – des gens sont contagieux avant d’être symptomatiques – mais déjà ça changerait beaucoup le risque», martèle Gaston De Serres.