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La congestion pourrait empirer à Québec, prévoient les experts

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Le retour à la normale sur les routes, quelques mois après le confinement du printemps, laisse entrevoir une tendance qui pourrait empirer la congestion, affirment des experts.

Le Journal révélait, jeudi, que la situation était revenue pratiquement à la normale sur les routes dès le déconfinement entamé. À la lumière des chiffres du MTQ sur une si courte période, la situation dans la circulation risque de dégénérer à moyen terme, avant de revenir à la normale, éventuellement, selon Jean Dubé, économiste et professeur agrégé à l'École supérieure d’aménagement du territoire et de développement régional de l'Université Laval.  

«Une bulle»

«Comme on voit déjà le niveau de trafic qu’on avait avant, probablement que le trafic va augmenter encore plus. Jusqu’à ce que les gens se disent qu’ils sont tannés de perdre leur temps dans la voiture et prennent la décision de retourner vers le transport en commun.» Mais entre-temps, on risque de vivre une «bulle» durant laquelle, «je suis pas mal certain que ça va s’empirer». 

Car il observe deux phénomènes. Premièrement, les gens ont recommencé rapidement à bouger après le déconfinement. Ensuite, les gens habitués de prendre le transport en commun ont peut-être opté pour la voiture, plus sécuritaire, pendant la pandémie. Cela annule en partie les effets du télétravail.  

«L'enfer»

Un avis partagé par François Pépin, de Trajectoire Québec. Il appréhende une situation qui s’empirera dans la congestion, à moyen terme. «S’il y a plus d’autos sur la route quand on va être revenus, ça va être un capharnaüm. Avant que les gens décident de changer leurs comportements, va falloir qu’ils aient vécu l’enfer.» 

Il note que selon un sondage réalisé par son organisation, 75 % des utilisateurs réguliers du transport collectif au Québec envisageaient de retourner dans les bus une fois la crise passée. «Mais 25% ont indiqué qu’ils ne l’utiliseraient plus. Et ces 25%, ils sont en auto», dit-il. 

Limites du télétravail

Pour Jean Mercier, professeur retraité du Département de science politique de l’Université Laval, spécialisé en transports et en politiques publiques, «on a découvert le télétravail, pendant la pandémie, mais on a aussi découvert les limites du télétravail». 

D’ailleurs, dans le contexte où l’achalandage du Réseau de transport de la capitale n’a pas retrouvé ces niveaux d’avant la crise, M. Mercier constate que «c’est une mauvaise nouvelle pour le transport en commun». 

«C’est un exemple parfait de ce qu’on appelle la demande induite», dit Jean Dubé. Voyant l’espace qui s’est créé sur les routes, les automobilistes ont immédiatement tendance à s’y engouffrer, cela augmentant les débits quotidiens. 

D’expérience, dans les grandes crises qui ont affecté la confiance envers le transport en commun, comme des attentats qui ont visé les transports de Madrid et Bruxelles, par exemple, on observe que le retour à la normale dans l’achalandage prend environ un an, note le professeur. Ainsi, il s’attend à ce que le même phénomène se vive ici aussi, quelque 12 mois après que la pandémie soit derrière nous, ce qui est difficile à prévoir dans le temps.  

Tramway et troisième lien

Selon Jean Mercier, les partisans du réseau structurant et ceux du troisième lien trouveront, chacun de leur côté, des raisons de renforcer leurs convictions, avec la pandémie. Les partisans du troisième lien vont affirmer qu’avec la baisse d’achalandage du transport en commun, la réponse à la congestion réside dans l’ajout de routes. Les protramway diront plutôt qu’avec la découverte éventuelle d’un vaccin, il sera encore plus important d’avoir du transport collectif efficace pour aider à la relance économique, cite M. Mercier.  

François Pépin réitère, de son côté, que le transport collectif garde «sa place et son importance». 

Du côté de la Ville de Québec, on estime que les chiffres du ministère des Transports confirment que l'impact du télétravail à long terme sur la congestion routière ne sera pas significatif.

«La Ville est également d'avis que la pandémie représente un choc temporaire alors que le réseau structurant de transport en commun est planifié sur un horizon de 50 ans», a indiqué le porte-parole David O'Brien. «Bien que le télétravail se soit accru dans les derniers mois, il importe de rappeler qu’il demeure impossible pour environ les deux tiers des emplois. Les déplacements liés au travail, quant à eux, représentent moins de la moitié des déplacements totaux enregistrés sur le territoire.»

Il souligne que la hausse prévue de la population de Québec est de plus de 57 000 citoyens d’ici 2036 et que le nombre de déplacements devrait bondir de 100 000 par jour. «Le réseau structurant doit capter 53 % de cette hausse prévue.»

«Dans ce contexte, la pertinence du réseau structurant de transport en commun est indéniable, puisqu’il offrira plus de choix de mobilité à l’ensemble des citoyens de Québec.»