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Il était une fois une disparition

La dernière fois qu’on l’a vu, c’est au Perrette
Photo courtoisie La dernière fois qu’on l’a vu, c’est au Perrette
Claude Champagne Stanké
216 pages
2020

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Mario Lessard, 12 ans, a disparu. Quatre décennies s’écouleront avant que son cadavre soit retrouvé. Un copain de l’époque, Patrice, se souvient. Je vous parle d’un temps...

Quiconque a connu les années 1970 succombera au dernier roman de Claude Champagne, qui fait resurgir jusqu’au moindre détail un passé qu’un nombre fou de Québécois a en commun. 

Quiconque n’a pas connu les années 1970 risque aussi d’être conquis parce que Champagne signe une magnifique histoire d’amitié et de résilience face au drame. D’où le fin mélange d’humour et de légèreté qui permet d’affronter la peur.

Car celle-ci s’est concrétisée en un mot : enlèvement.

On est en juin 1978 et les élèves de 6e année d’une école du Nouveau-Rosemont, dans l’est de Montréal, voient l’été arriver avec insouciance. Sauf qu’en ce lundi matin, deux policiers se pointent en classe, veulent les rencontrer : leur camarade Mario Lessard a disparu. 

Ça remonterait au vendredi soir et tout ce que Patrice Montambeault, qui nous raconte l’histoire, peut en dire c’est que La dernière fois qu’on l’a vu, c’est au Perrette – comme le signale le titre du bouquin.

Mario n’était pas un ami proche, mais de l’avoir côtoyé ce fameux soir, ça donne envie d’agir. Alors Patrice et ses copains, petits garnements en mal d’aventures, décident d’enquêter dans le quartier. Après tout, ils ont « leur » liste de suspects et bien du temps qui s’offre à eux.

Cet été si particulier revient à la mémoire de Patrice, qui a maintenant 52 ans. On est en 2018 et le corps du petit Mario vient enfin d’être trouvé...

Souvenirs refoulés

Comme d’autres élèves de l’époque, il se rend donc au salon funéraire. Moins par amitié que par devoir de mémoire. Ce n’est pas si facile à assumer finalement. A-t-il vraiment envie de revoir tant de gens perdus de vue, de rebrasser ce temps oublié ?

Tout le récit va ainsi se déployer sur deux plans. D’une part les événements tels que Patrice les vit à 12 ans et puis la manière dont il se les rappelle quarante ans plus tard.

Cette rencontre de l’action de l’enfance et des réflexions de l’adulte donne un ton vraiment particulier au roman. Claude Champagne fait se côtoyer candeur et lucidité dans une écriture tout en tendresse. D’un fait divers, plausible mais inventé, il dessine un portrait de génération d’une grande justesse.

Avec lui, on revisite les rivages de l’adolescence, quand l’innocence fait place aux découvertes ; on se promène dans un quartier aux airs de village ; et quelques mots suffisent pour ressusciter toute une époque. 

Pensez Perrette ou Tabagie, Mini-Sips, « on barre Cadbury ». Pensez L’Araignée et Cournoyer, bécyk Torpado, Jaws, Kiss... Pensez à la mode de l’époque, le kung-fu...

Elle est belle la conclusion qui rappelle combien « la nostalgie colore nos souvenirs ». Mario Lessard, lui, n’y aura pas eu droit et c’est aussi ce qui happe le cœur.