/misc
Navigation

Legault, Trudeau et la Loi sur les Indiens

Coup d'oeil sur cet article

Mercredi dernier, j’écrivais une chronique qui s’intitulait Prendre ses responsabilités, dans laquelle je questionnais le refus du gouvernement Legault d’admettre le racisme systémique au Québec.

Ce que je disais, c’est que le gouvernement du Québec a tout avantage à reconnaître le concept, qui existe et qui mine parfois nos relations avec les communautés culturelles.

Le reconnaître, ce ne serait pas seulement un exercice de lucidité élémentaire, mais aussi un avertissement envoyé à la société québécoise que le racisme, ici, peu importe sa forme et envers qui, est irrecevable.

Ce serait quelque chose qui nous élèverait comme peuple, pour reprendre la jolie formule d’Amir Khadir à l’émission La Joute. Une société mature, capable d’introspection, et qui ne nie pas ses zones d’ombre par peur de se culpabiliser.

Bref, pour changer les choses, il faut poser le juste constat.

Une responsabilité partagée

Cela étant dit, quelque chose m’échappe dans la dynamique politique des derniers jours.

Comme si depuis la mort froide et cruelle de Joyce Echaquan à l’hôpital de Joliette, François Legault et son gouvernement portaient sur leur dos l’entière responsabilité de la marginalisation économique et sociale des Autochtones.

Comme si le régime fédéral, lui, n’avait guère plus rien à voir dans les tribulations et la misère que ces derniers connaissent au Québec. 

Je ne veux pas réduire la responsabilité du gouvernement Legault, loin de là mon intention.

Après tout, les Autochtones sur le territoire se frottent plus souvent qu’on le pense aux institutions québécoises – dans les hôpitaux, les écoles, les logements, les services de protection de l’enfance, les services de police, les terres publiques, etc.

S’il veut agir, le Québec peut agir. Mais il ne peut pas tout accomplir. Et surtout changer à lui seul les paramètres de gouvernance canadienne.

Le fédéral et la Loi sur les Indiens

Le vrai nœud du problème, là où tout commence, où tout blesse et découle, c’est inévitablement la Loi sur les Indiens, une loi de compétence fédérale.

Celle qui a été adoptée en 1876 par le gouvernement fédéral, et qui tient encore aujourd’hui comme de manuel d’emploi de la gouvernance avec les peuples autochtones.

Celle qui paralyse le développement économique, qui les prive de propriétés sur les réserves, et qui les considère encore aujourd’hui comme des mineurs devant la loi.

Cette loi d’apartheid perpétue les inégalités et entretient le statu quo. Elle légitimisme l’odieux et le racisme d’État canadien.

Elle est le symbole d’un génocide culturel, la page titre d’un livre noir canadien si une telle chose existait.

L’emblème de la tristement célèbre phrase du père de la Confédération canadienne, John A. Macdonald: «Sortir l’Indien de chaque enfant.»

Tant que cette loi existera, la régénération autochtone se fera toujours en surface, à tatillon dans des communautés où le développement économique n’est pas en jeu dans ce pays gigantesque.

Et alors que plusieurs croyaient à la grande promesse de «réconciliation» trudeauiste en 2015, que peut-on retenir de son héritage?

Pas grand-chose, fâcheusement.

Ce gouvernement, qui, à la différence de celui du gouvernement Legault, pose les bons constats et se présente toujours sous les bons habits, mais qui n’a que trop rarement des réponses aux questions essentielles du Canada. 

Que de bons sentiments et de vœux pieux qui servent, encore une fois, à masquer une inaction.

Il faut dire la chose telle qu’elle se présente aujourd’hui.

François Legault et son gouvernement peuvent bien être blâmés de tous les maux possibles. 

Reste que le changement radical et nécessaire dans ce pays ne s’accomplira jamais, tant et aussi longtemps que le système gouvernance canadien sera régi par une loi raciste et archaïque qu’est la Loi sur les Indiens.  

Celui qui a principalement le pouvoir et le devoir de bousculer l’avenir, ce n’est pas François Legault, mais bien Justin Trudeau.