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Sans bobettes, sans masque, sans air

Francy Ntetu
Photo courtoisie, Vincent Ethier, EOTTM Francy Ntetu a retiré son caleçon et son masque pour respecter la limite de poids.

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SHAWINIGAN | C’est vraiment curieux. Les six boxeurs sont enfermés et confinés à l’Auberge des Gouverneurs. Ils n’ont pas mis le nez dehors depuis leur arrivée à Shawinigan.

Les gens de la Régie des alcools, des courses et des jeux sont là. Eux aussi ont observé un confinement personnel.

Les journalistes, à part un humble chroniqueur, ne sont pas encore arrivés. 

Autrement dit, le gala de boxe de ce soir dans un centre Gervais Autos transformé en studio de télévision devrait se vivre dans l’anonymat complet.

Et pourtant, le Tout-Shawinigan est fébrile. C’est peut-être la faute de Jean-Charles Lajoie et de son entrevue avec David Lemieux et Francy Ntetu...

Ou peut-être que c’est le fait de recevoir le premier gala de boxe professionnelle au Canada depuis le 12 mars, date que l’histoire retiendra. L’entrée en scène de la COVID-19. C’est toujours un thrill pour une ville régionale de damer le pion à une métropole comme Montréal ou une capitale comme Québec.

Chose certaine, le journaliste sur place était excité de retrouver son univers. Même si tout était différent.

10 DANS UNE PIÈCE

La pesée n’a rien eu à voir avec les pesées habituelles. On amenait un boxeur. Son entraîneur était admis avec lui. Il y avait le docteur Gagné dans la grande salle ainsi que le promoteur Camille
Estephan. Les six autres êtres vivants tolérés étaient les employés de la Régie. 

Le journaliste sortait de la salle quand le boxeur entrait. Et la routine reprenait dès qu’un athlète, un officiel ou un entraîneur se pointait. Fallait être 10 au max et porter son masque en tout temps.

Sauf...

Sauf quand Francy Ntetu est monté sur le pèse-personne. Il a fait grimper l’aiguille trois onces trop haut. On lui a donc donné 15 minutes pour perdre les foutues trois onces.

« Je suis allé faire de la course pour suer », racontait Ntetu après son aventure.

ENCORE TROP LOURD

En plus de courir, il est allé pisser. Les officiels de la Régie n’ont pas trop apprécié de devoir surveiller l’entrée des toilettes. Fallait bien protéger la bulle !

Ntetu est revenu. Encore trop lourd. Il a alors demandé à son entraîneur d’éponger toute la sueur qui lui collait sur le corps. 

Encore trop lourd. Il a enlevé ses bobettes. Pas assez. COVID ou pas COVID, Ntetu a enlevé son masque. Merde, manquait encore quelques grammes.

« Contre David Benavitez, j’avais utilisé un truc. Je suis descendu de la balance, puis j’ai complètement expulsé tout l’air que j’avais dans les poumons. Je suis remonté dessus et bingo, j’ai fait le poids : 168 livres tapant », racontait Ntetu en retournant dans sa bulle.

Tous les autres, incluant Lexson Mathieu, ont fait le poids.

MAUDITE COVID

Les gens n’auront donc pas le choix pour voir les combats. Ce sera Indigo ou Punching Grace. Ce n’est pas parce que Roger Lavergne, monsieur Cataractes de Shawinigan, n’aura pas tout essayé.

Au début, on devait inviter 250 spectateurs dans le centre sportif. Puis, la Santé publique a baissé le nombre à 50 personnes. Finalement, on s’est retrouvé dans une bulle à huis clos. Pas un chat, pas une souris.

« On a pensé à s’installer dans le stationnement du Centre Gervais Autos, mais la configuration ne s’y prêtait pas. On aurait aimé installer 250 voitures et offrir les combats sur un écran géant », expliquait Roger Lavergne en surveillant la pesée... du corridor.

Il s’est alors tourné vers les propriétaires du ciné-parc, qui a bien fonctionné cet été. Ça fait partie du complexe de ski de la ville.

« Mais quand la Santé publique a commencé à parler que la ville passerait peut-être au rouge, les propriétaires du ciné-parc ont eu peur qu’il y ait une éclosion de COVID qui aurait pu nuire à leur saison. Il y a quelques jours, ils nous ont prévenus que ça ne fonctionnerait pas », de dire Lavergne.

Fait qu’à part L.P Guy et Ariane Fortin pour la radio, Mathieu Boulay, sans doute Jean-Luc Legendre et deux ou trois autres journalistes auxquels se joindront les promoteurs, on va s’entendre renifler dans le centre sportif.

C’est déjà ça... 

Michel Hamelin au repos forcé

Avec la COVID-19, rien n’est pareil. Mais ce n’est pas la COVID qui était « directement » responsable de l’absence de Michel Hamelin hier à Shawinigan.

Le patron de la boxe à la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec est sur le carreau pour six semaines. M. Hamelin se sentait fatigué depuis quelques semaines déjà et un examen par ses médecins a provoqué la décision. Repos complet.

« Michel Hamelin est un travailleur acharné », a souligné Me Joyce Tremblay, vice-présidente à la Régie. Le confinement et les différents protocoles qu’il a fallu préparer ont demandé beaucoup d’efforts. Michel Hamelin se dévoue pour les sports de combat, dont il est responsable. Il pouvait recevoir des appels d’urgence à 5 heures et demie du matin ou un appel d’un promoteur en région à 10 heures le soir. On veut qu’il se repose pour revenir en forme pour la suite des choses », a déclaré Me Tremblay.

STRESS

Il y avait également le stress provoqué par les guerres entre les promoteurs. Michel Hamelin se retrouvait constamment au milieu des jérémiades et des moyens de pression. 

Malgré le travail et le stress, Michel Hamelin demeurait un modèle pour les responsables de sports de combat en Amérique du Nord. C’est à Montréal et au Québec que les choses étaient souvent le mieux gérées.