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«Un viol ordinaire» de Janette Bertrand: défendre l’égalité entre les hommes et les femmes

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Janette Bertrand

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Grande communicatrice et femme engagée dans la défense de l’égalité entre les hommes et les femmes, Janette Bertrand signe cet automne un nouveau roman qui aborde, par la fiction, un sujet brûlant d’actualité. Un viol ordinaire, roman-choc, est écrit dans la foulée du mouvement #MeToo et de la vague de dénonciations qui a déferlé sur le Québec récemment. Comme toujours, Janette tente de comprendre ce qui se passe et de faire évoluer les mentalités.

Le roman raconte les effets des gestes d’un individu lambda, un « gars ordinaire » qui, un soir, oblige sa blonde à faire une pratique sexuelle qu’elle ne veut pas. Même si elle dit « non », plusieurs fois, il continue. Et se fait dénoncer.

Sa mère, dépassée par les événements, cherche à comprendre pourquoi son fils a dépassé les limites. Elle s’interroge sur son propre parcours de femme, d’épouse, de mère, examinant la situation sous tous les angles. 

Elle tente par tous les moyens d’ouvrir la discussion avec son mari camionneur, par courriel quand il est sur la route et en personne quand il revient à la maison, mais le dialogue entre eux est tendu. Elle cherche à comprendre. Lui ferme plutôt les portes.

Julie réalise que les vieilles mentalités sont tenaces. Mais peu à peu, à force d’échanges entre eux et avec d’autres personnages du roman, elle fait passer son message de changement et d’égalité. 

Lente évolution

La bataille pour l’égalité entre les sexes et le respect de la condition féminine, dans la sphère intime et publique, sont au cœur du roman. En pleine forme, elle parle avec beaucoup d’énergie de son nouveau livre, en entrevue.

La société québécoise a-t-elle évolué au cours des dernières décennies? «Ah... On change lentement », concède-t-elle. « Les mentalités, c’est ce qui prend le plus de temps à changer. Avoir une nouvelle façon de vivre, ça ne se fait pas du jour au lendemain et on est, les Québécois, terriblement marqués par la religion. Il ne faut pas s’enlever ça de l’idée. C’est encore comme ça.»

Six mois de recherches

Pour écrire ce roman, Janette Bertrand a fait ses recherches. «J’ai passé six mois avec les travailleuses sociales. J’ai vraiment fait mes devoirs. Et puis, 94 % des viols, au Québec, sont des viols ordinaires, c’est-à-dire avec des gens qu’on aime, des gens qu’on connaît. Ça arrive, des viols, d’une femme qui descend de l’autobus et se fait violer dans le noir... mais c’est 5 %. Pourtant, c’est de ça que les femmes ont le plus peur.»

Janette Bertrand, 95 ans, croit être une des premières à parler du concept de «viol ordinaire». «Les jeunes femmes de ma maison d’édition ont trouvé ça extraordinaire : enfin, quelqu’un parle de ça!»

Elle a eu envie d’écrire sur le sujet parce qu’elle trouve que «ça ne va pas vite», après #MeToo. «Je fais beaucoup de conférences, je rencontre des gens, et ce que j’entends, c’est que les gars ne changent pas. Si les gars n’essaient pas de comprendre ce qui s’est passé avec ces dénonciations, ils restent dans la négation.»

La soumission

Alors, elle a créé cette histoire. « J’ai fait un bon gars, dans une famille ordinaire, de 39 ans, qui a fait ça. Les hommes se sentent légitimes de faire ça. Et les femmes, on vient d’un long trajet d’être gentilles, de faire ce que le gars veut. Je me suis mariée, et dans la loi, c’était écrit : “Vous devez soumission à votre mari.” La soumission, ça veut dire dans le lit aussi.

«Je me souviens d’une expression de mon père, qui disait toujours que l’amour, c’était : “Bing, bang, tourne de bord, pis dors.” Et j’ai beaucoup appris de mes 17 ans de courrier du cœur.» 


♦ Grande communicatrice, Janette Bertrand a écrit des romans, des essais et de nombreuses dramatiques pour la télévision.

♦ Elle a créé et animé plusieurs émissions qui visaient à faire tomber des préjugés et des tabous.

♦ Elle a reçu plusieurs prix prestigieux et de nombreuses distinctions.

♦ Son projet «Écrire ta vie» proposé aux aînés pendant le confinement a fait fureur : Janette a reçu 500 biographies de 75 pages ! Ces textes seront regroupés, publiés et intégrés à un projet d’exposition du Musée de la civilisation.

EXTRAIT  

<b><i>Un viol ordinaire</i></b><br/>
Janette Bertrand<br/>
Éditions Libre Expression<br/>
120 pages
Photo courtoisie
Un viol ordinaire
Janette Bertrand
Éditions Libre Expression
120 pages

«– Je me suis mise belle pour moi, pour me remonter dans mon estime et pour toi aussi. J’aurais aimé que tu me sautes pas dessus en arrivant. Que tu prennes le temps de me regarder avant. Mon look m’a pris du temps et de l’argent. J’aurais voulu que tu en profites un peu, c’est tout. Et puis, non ! C’est pas la vraie raison. Une question m’a traversé l’esprit en t’ouvrant la porte. Si on couchait pas ensemble, peut-être que tu viendrais pas juste pour ma présence. À ce compte-là, je me sens un peu “poubelle”, puis j’aime pas cette sensation d’être un objet sexuel jetable après usage.»