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Sioui veut plus de ressources

«Abasourdi», le leader huron-wendat souhaite un réveil de la classe politique

Drame à Wendake
Photo Dominique Lelièvre Le Grand Chef sortant de la Nation huronne-wendate, Konrad Sioui, a déposé des branches de soin sacré, geste symbolisant «la force et l’unité» et destiné à «faire monter au ciel nos prières», hier, sous un arbre, devant l’église Notre-Dame-de-Lorette, où un mémorial improvisé s’est mis en place à la suite du drame, non loin de la maison où les corps inanimés ont été retrouvés.

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Le grand chef de la Nation huronne-wendate, Konrad Sioui, voit dans le meurtre des deux enfants à Wendake le reflet d’une détresse qui persiste dans les communautés autochtones, et à laquelle il demande de s’attaquer.

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Vingt-quatre heures après les faits qui ont secoué sa communauté, M. Sioui s’avouait encore «abasourdi», lundi matin, lorsque Le Journal l’a rencontré. 

  • Écoutez l'entrevue de Konrad Sioui avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:  

À son souvenir, il s’agit du «pire drame» à secouer la communauté de quelque 2100 âmes.

«C’est le pire drame parce qu’on sait que dans nos valeurs, les enfants prennent toute la place. Que nos enfants soient partis comme ça – parce que ce sont nos enfants, qu’ils soient innus, attikameks, wendats ou québécois, peu importe – [...], c’est inacceptable, c’est contre nature», s’attriste-t-il.

L’enquête policière permettra d’en savoir plus sur l’état mental et les motifs du présumé meurtrier. Mais, par intuition et sans présumer ce qui a pu motiver le meurtre des deux enfants, M. Sioui trace un parallèle avec des enjeux de santé mentale, d’isolement, de pauvreté, qui touchent encore aujourd’hui les communautés autochtones.

Actions réclamées

Konrad Sioui, qui sollicite un quatrième mandat prochainement, dit avoir parlé de cette détresse lors d’entretiens avec les ministres Marc Miller et Ian Lafrenière, responsables des Affaires autochtones à Ottawa et à Québec.

«Je vais en parler avec le gouvernement fédéral et provincial et on a déjà commencé à discuter de ça, parce qu’il faut mettre en place des mécanismes, des infrastructures et des possibilités d’accueil.»

  • Le sénateur Pierre-Hughes Boisvenu réagit au drame sur QUB Radio:

Il demande des actions pour lutter contre le racisme, faciliter l’accès à l’éducation, encourager le développement personnel, et évoque l’idée de refuges où les personnes avec des idées noires pourraient aller quérir de l’aide.

«On va parler de choses concrètes. On ne passera pas le restant de l’année à se demander quel qualificatif donner au racisme. Le racisme, c’est le racisme, point», s’exclame-t-il.

Problèmes sérieux

«Dans le monde des Premières Nations, c’est évident que l’on a un problème à régler, un problème réel, sérieux. Pour ça, bien, il faut développer nos ressources humaines. Pour ça, ça prend de l’argent, des infrastructures, du personnel», énumère-t-il.

«Si ce n’est pas réglé, c’est la pauvreté qui arrive et ça devient endémique, c’est la noirceur, puis la dépression», estime M. Sioui.

Au moment où la pandémie et les mesures de confinement pèsent lourd sur le moral de sa population, Konrad Sioui a voulu profiter de l’occasion pour lancer une invitation à ceux qui pourraient éprouver du désarroi.

«Quand on sent qu’on a de la noirceur [...], c’est là où il faut avoir la capacité et la force d’aller chercher de l’aide, parce qu’elle existe, cette aide-là», plaide-t-il. 

Une vague d’amour pour la famille endeuillée  

La mort sordide de deux enfants a secoué d’un bout à l’autre la communauté huronne-wendat, qui cherchait, comme elle le pouvait, à apporter un baume sur la douleur de la famille endeuillée, lundi.

Frédérique Gros-Louis.
Résidente de Wendake
Photo Dominique Lelièvre
Frédérique Gros-Louis. Résidente de Wendake

«C’est une vraie tragédie. Honnêtement, il n’y a pas d’autres mots. Je pense que tout le monde est touché de près ou de loin par ça. Je pense que ça va unir la communauté. On sent que la communauté est derrière la famille», a constaté Frédérique Gros-Louis, une résidente de Wendake.

Amie de la mère des jeunes victimes, Mme Gros-Louis a contribué à lancer une campagne de sociofinancement sur la plateforme GoFundMe pour l’aider à «cheminer dans son deuil».

L’objectif est d’amasser des fonds pour compenser la perte de salaire, financer les funérailles, ou encore, si le besoin se présente, faire venir des membres de la famille qui habitent dans des régions éloignées, explique-t-elle.

Nombreux hommages

En fin d’après-midi, cette campagne et une autre qui s’est mise en branle sur la même plateforme avaient permis d’amasser plus de 8000$.

Sous un arbre, à une centaine de mètres de l’endroit où les corps inanimés des petits ont été retrouvés, d’innombrables peluches et messages, des lampions, des capteurs de rêve et des fleurs témoignent d’une grande vague d’amour pour la famille endeuillée.

Sans interruption, des résidents de Wendake et de la région de Québec ont afflué devant l’église Notre-Dame-de-Lorette, où se trouve ce mémorial improvisé, dont plusieurs parents accompagnés de leurs enfants.

«Moi, aussitôt que ça touche des enfants, j’ai de la misère à me contenir. C’est tellement incompréhensible. On manque de mots. Ça arrive encore trop souvent», a déploré un citoyen et connaissance de la famille, Renaud Gagnon.

Soutien psychologique

De l’aide psychologique a été offerte à l’entourage des victimes ainsi qu’aux deux policiers qui sont arrivés les premiers sur place, dimanche. Ces derniers ont été «troublés» par ce qu’ils ont vu, a reconnu le Grand Chef de la nation huronne-wendat, Konrad Sioui.

Du soutien s’organise aussi pour prendre en charge les enfants qui fréquentent le CPE et l’école primaire de la communauté, a indiqué M. Sioui.