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Un antibactérien dans les savons désinfectants inquiète des experts

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AFP

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Des experts s'interrogent toujours sur l’utilisation d’un antibactérien controversé dans la fabrication de plusieurs dizaines de marques de savons désinfectants autorisés par Santé Canada. 

Interdit depuis le 2 septembre 2016 aux États-Unis dans les savons antibactériens, le triclosan, un agent antimicrobien et agent de conservation, se retrouve dans 69 produits sur la liste des «Désinfectants pour surfaces dures et désinfectants pour les mains (COVID-19)» sur le site de Santé Canada.

La substance chimique est entre autres utilisée dans des cosmétiques, des médicaments, des produits de santé naturels et des produits de nettoyage et dentifrices.

«Il n’y a aucune raison d’utiliser du triclosan dans les savons. Un lavage de mains exécuté correctement permet d’éliminer les bactéries aussi bien. Le triclosan n’a aucune valeur ajoutée», a mentionné la professeure au Département de chimie de l’Université de Montréal, Andreea-Ruxandra Schmitzer.

Alors que l’impact du triclosan sur la santé des humains reste encore à démontrer clairement selon l’experte, les effets sur l’environnement de ce produit chimique ont été prouvés hors de tout doute.

«Le problème avec ce composé, c’est qu’il est très stable. Il ne se décompose pas. Il s’accumule ainsi dans l’écosystème aquatique et a ensuite un effet néfaste sur l’écosystème», indique-t-elle.

En 2014, l’Association canadienne du droit à l’environnement (ACDE) a publié un rapport demandant à Santé Canada de bannir le triclosan dans les produits canadiens.

La chercheuse et parajuriste à l'Association canadienne du droit de l'environnement qui avait contribué à celui-ci, Fe de Leon, maintient toujours sa position.

«Nous avions préparé plusieurs documents qui expliquaient nos préoccupations concernant le produit chimique et nous les avons remis au gouvernement fédéral. Nos préoccupations ne concernaient pas seulement les effets néfastes sur l’environnement, mais aussi nos craintes quant à la santé des Canadiens exposés à ce produit chimique», a signifié Mme de Leon à l’Agence QMI.

Les recommandations de l’organisme n’ont pas influencé les décisions de Santé Canada. Le 26 novembre 2016, le ministère a rendu publique son évaluation scientifique du triclosan et «il été conclu que le triclosan pénètre ou peut pénétrer dans l'environnement à des concentrations nocives pour l'environnement, mais qu'aux concentrations actuelles d'exposition, il n'est pas nocif pour la santé humaine», peut-on lire sur son site internet.

«En 2013, la FDA avait demandé à l’industrie de lui prouver que ces produits étaient sûrs et efficaces et plusieurs entreprises n’ont pas su répondre. C’est une des raisons pour lesquelles le triclosan a été retiré des savons désinfectants quatre ans plus tard. Au Canada, l’approche est malheureusement différente», a souligné Fe de Leon, insatisfaite de l’inaction du gouvernement.

Joint par l’Agence QMI, Santé Canada a répondu que son approche est «alignée sur celle de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis, où, bien que le triclosan ne soit pas inclus dans la règle finale de la FDA, une demande d'autorisation pour un désinfectant pour les mains contenant du triclosan peut être soumise à un examen de sécurité et d'efficacité avant sa commercialisation».

Santé Canada a ajouté que le triclosan n'est pas dangereux pour la santé humaine, sur la base de l'exposition aux niveaux actuels présents dans des produits comme les savons et les désinfectants pour les mains.