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Personne n’a pu empêcher un rassemblement de 1000 personnes

Les policiers ont distribué 16 constats d’infraction et arrêté une personne pour voies de fait, samedi, à Boisbriand

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Québec a tenté en vain d’empêcher la tenue d’un rassemblement de 1000 personnes samedi dans la communauté juive hassidique de Boisbriand, qui s’est traduit par 16 constats d’infraction et une arrestation. Même le recours en urgence à un médiateur n’a pas réussi à faire changer d’idée les organisateurs.

• À lire aussi: Un leader juif dénonce un rassemblement «inacceptable»

En pleine pandémie, les policiers ont dû intervenir pour disperser les centaines de personnes qui assistaient à une fête religieuse dans une synagogue de la communauté Tosh. 

  • Écoutez l'entrevue du secrétaire général de l'Assemblée des Évêques cathologiques du Québec avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a même souligné hier, lors d’un point de presse, le « travail incroyable » des policiers qui ont « réussi à éviter le pire ».

Selon nos informations, des citoyens inquiets à la vue d’une longue file de voitures à l’entrée de la communauté, située en zone rouge, ont alerté les autorités.     

  • Écoutez l'entrevue de Pierre Nantel avec Martin Charron, porte-parole de la Régie intermunicipale de police Thérèse–De Blainville, sur QUB radio:    

Plusieurs personnes ne portaient pas de couvre-visage et la distanciation physique n’était pas respectée partout. Rapidement, une ordonnance de la Santé publique a été émise, car les rassemblements sont limités à 25 personnes dans les lieux de culte en zone rouge. 

La Sûreté du Québec a été appelée en renfort. Une personne a été arrêtée pour voies de fait contre un agent de la paix et 16 contrats d’infraction de 1546 $ chacun ont été remis en vertu de la Loi sur la santé publique, pour un total de près de 25 000 $.

Une enquête a été ouverte et d’autres contraventions pourraient être signifiées au cours des prochains jours, a indiqué Martin Charron, porte-parole de la Régie intermunicipale de police Thérèse–De Blainville.  

Arruda s’en est mêlé

Québec avait pourtant vu venir l’important rassemblement. Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a même tenté en catastrophe, samedi matin, de contacter la communauté de Boisbriand, sur la Rive-Nord de Montréal. 

« Le Dr Arruda a pris un fonctionnaire, un intermédiaire du Conseil exécutif [pour nous appeler], car il voulait contacter les responsables de la communauté Tosh », explique le porte-parole de la Table interreligieuse de concertation, monseigneur Pierre Murray. 

L’organisme représente, entre autres, le Conseil des juifs hassidiques du Québec, qui a finalement dépêché son porte-parole, Alain Picard, pour servir de médiateur lors d’une réunion d’urgence à l’hôtel de ville de Boisbriand, samedi matin. Mais aucun compromis n’a été trouvé. 

C’est seulement lorsqu’ils ont été confrontés à la présence policière, samedi soir, que les organisateurs ont déplacé la cérémonie de l’intérieur de la synagogue, où se trouvaient déjà 400 personnes, vers l’extérieur où les risques de contamination étaient moins grands, nous a expliqué M. Picard. 

Cette décision semble alors avoir attiré plus de participants, pour atteindre une foule de 1000 personnes, selon les estimations de la police.    

  • Écoutez La rencontre Dutrizac-Dumont sur QUB radio:   

 

Dans l’embarras

Cet événement place dans l’embarras le Conseil des juifs hassidiques du Québec, qui affirme demander à ses membres de se conformer en tout temps aux directives de la Santé publique. 

Le mégarassemblement n’aurait même « jamais dû avoir lieu », convient M. Picard.

Mairesse mécontente

La mairesse de Boisbriand, Marlene Cordato, a aussi fait part de son mécontentent hier et a promis d’agir pour éviter que ce genre de situation se reproduise. 

« Soyez assurés que nous intensifierons nos communications, notamment auprès des leaders de la communauté, afin que l’information circule parmi tous les membres de la communauté et que les mesures sanitaires soient respectées par tous, et en tout temps », a-t-elle commenté. 

Le ministère de la Santé n’avait toujours pas répondu à nos questions, hier soir.  

  • Écoutez la chronique de Sophie Durocher au micro de Pierre Nantel sur QUB radio:    

Ils avaient été isolés au printemps         

Ce n’est pas la première fois que la communauté juive orthodoxe Tosh de Boisbriand, estimée à environ 4000 personnes, fait la manchette relativement à la pandémie de COVID-19.         

  • En mars, le Centre intégré de santé et de services sociaux des Laurentides avait placé la communauté en isolement pendant un mois, à la suite de dépistages positifs de cas de COVID-19. Environ 70 personnes ont contracté le virus dans la communauté.   
  • Au début d’avril, une manifestation de quelque 200 juifs orthodoxes a eu lieu afin de protester contre ces mesures de confinement, ce qui avait forcé les policiers à intervenir et ouvrir une enquête.                   

Tout le monde désapprouve         

« Il y avait même des gens qui étaient de l’extérieur du Québec qui étaient là. Et je crois que nos policiers ont fait un travail incroyable d’être capables de disperser les gens. Ça s’est fait correctement et on a réussi à éviter le pire, parce qu’il va peut-être y avoir des infections, mais ça aurait pu être encore pire. »

– Christian Dubé, ministre de la Santé

« Le Congrès regrette énormément ce qui s’est passé à Boisbriand. Ça n’aurait pas dû avoir lieu. Ce ne sont pas les directives que donnent les leaders des communautés juives ultra-orthodoxes. On demande de respecter le décret. »

– Alain Picard, porte-parole du Conseil des juifs hassidiques du Québec

« Je suis déçue et mécontente de ce qui s’est passé dans la communauté juive en fin de semaine. Dans le contexte actuel, c’est inacceptable. »

– Marlene Cordato, mairesse de Boisbriand