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Son fœtus tué par erreur à l’hôpital

La médecin leur a recommandé un curetage alors que l’embryon était toujours bien vivant

Erreur médicale
Photo Ben Pelosse Sabrina Robert et Christian Nankivell expliquent ressentir encore de la colère et de la fragilité, plus d’un an après la perte du bébé. « Le 6 septembre dernier [date d’anniversaire de l’événement], ça a été dur », se souvient Mme Robert.

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Un couple de la Montérégie poursuit une obstétricienne qui persistait à tort à dire que le bébé qu’il attendait était mort. C’est finalement le curetage qu’elle leur a conseillé qui a tué le fœtus.

« Je veux qu’elle ait ce qu’elle mérite et que nous, on obtienne ce qu’on mérite. Qu’il y ait une forme de justice », affirme Sabrina Robert, 27 ans, en entrevue avec Le Journal

Elle et son conjoint Christian Nankivell poursuivent pour plus de 142 000 $ la Dre Dominique Aubin, peut-on lire dans la requête déposée vendredi au palais de justice de Saint-Jean-sur-Richelieu. 

Il y a un peu plus d’un an, elle apprenait qu’elle attendait son tout premier bébé. Le couple essayait de concevoir un enfant depuis deux ans et demi, indique le document de la requête. 

En septembre 2019, ils se rendent donc à l’hôpital--- du Haut-Richelieu pour la première échographie. Dès le départ, ils trouvent l’attitude de la Dre Aubin plutôt froide et hautaine.  

Pendant l’échographie, l’obstétricienne ne parvient pas à entendre le cœur ou à obtenir une image du fœtus. Mme Robert lui précise que cela est possible en raison de la forme particulière de son utérus, ce dont une autre médecin l’avait informée auparavant.

  • Sabrina Robert est revenue sur le dossier au micro de Geneviève Pettersen, sur QUB Radio:

Une prise de sang est alors effectuée, qui révèle que Mme Robert a un taux élevé d’hormones de grossesse. La Dre Aubin conclut malgré tout à la mort du fœtus au stade de six semaines.  

Un autre test l’aurait sauvé

« Je n’avais eu aucun saignement. J’avais encore mal aux seins, encore des maux de cœur », se souvient Mme Robert. 

Estomaquée, elle demande s’il existe d’autres examens, ce qu’a « sèchement » rejeté la Dre Aubin, indique la requête. 

Elle la convainc alors de subir rapidement un curetage, qui vise à extraire les résidus de l’utérus. Encore sous le choc, le couple revient à l’hôpital dès le lendemain. 

C’est une fois le curetage terminé qu’ils apprennent que le fœtus extrait était plus développé que prévu. Il était probablement âgé de 11 semaines et encore vivant avant l’opération, allègue la poursuite.  

« Même [l’autre] médecin était complètement ébranlée », rapporte Mme Robert. Elle apprend alors qu’une échographie endovaginale, plus précise que l’échographie régulière, aurait permis de constater que son fœtus était bien vivant. 

Couple traumatisé

Pendant des mois, elle vivra avec un choc post-traumatique et une dépression. Son conjoint de 40 ans a aussi cessé de travailler. Et le couple a déménagé pour ne plus voir la chambre du bébé. 

« Juste de voir une annonce de couches à la télévision, j’en pleurais », relate Mme Robert.

Il leur a fallu plus de six mois avant d’être capables de réessayer de concevoir.

« Je m’en voulais. Je me disais : pourquoi est-ce que j’ai pas fait plus ? [pour prouver qu’elle était enceinte]. »

« Mais à un moment donné, le patient n’a pas le choix de se soumettre à l’opinion professionnelle du médecin », explique Jimmy Lambert, l’avocat du couple. 

Une décision illogique du Collège des médecins  

D’un côté, le Collège des médecins reconnaît que l’obstétricienne poursuivie a commis une erreur et lui a même demandé de suivre des formations. D’un autre, il refuse qu’une plainte soit déposée contre elle. 

Jimmy Lambert.
Avocat
Photo Dominique Scali
Jimmy Lambert. Avocat

« Rendu là, il faut quoi pour que le Collège retienne une plainte disciplinaire ? » s’impatiente Jimmy Lambert, l’avocat du couple. 

« Nous avons demandé à la Dre Aubin de se soumettre à un tutorat en échographie obstétricale afin que nous puissions valider sa compétence », peut-on lire dans la lettre envoyée à Mme Robert en août, au terme de l’enquête entreprise par la syndique du Collège. 

Il lui a aussi été recommandé de « s’inscrire à l’atelier sur la relation médecin-patient ».  

De plus, la Dre Aubin a écrit une lettre d’excuses à Mme Robert où elle avoue son erreur et qu’elle n’oubliera jamais cet événement. 

Nouvelle procédure

Par ailleurs, le département d’obstétrique de l’hôpital du Haut-Richelieu a modifié sa pratique « suite à cet accident de soin » de façon à « toujours compléter les échographies obstétricales du premier trimestre par des images endovaginales lorsque le cœur fœtal ne pouvait être identifié », informe le Collège.

« Cette recommandation s’applique dans tout le CISSS de la Montérégie--Centre », confirme Martine Lesage, conseillère-cadre aux relations médias. 

Malgré tout, la syndique conclut « qu’il n’y a pas lieu de déposer une plainte disciplinaire dans ce dossier ».  

« Cette décision, je ne la comprends pas, réagit Me Lambert, qui a demandé une révision. Leur conclusion ne va pas avec le reste de leur analyse. »

« Il y a quand même de la vie d’un couple qui a été brisée à cause d’une négligence », dit-il. 

Le Collège des médecins n’a pas souhaité commenter. Il n’a pas été possible d’en savoir plus sur les pratiques qui font consensus en matière d’échographies obstétricales.

Quant à la Dre Dominique Aubin, elle ne nous a pas rappelés.