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Éduc’alcool: 30 ans après, des défis pour l’avenir

Hubert Sacy d'Éduc-alcool apparaît ici avec le lieutenant-gouverneur du Québec, J. Michel Doyon, il y a quelques semaines. L'organisme a ainsi vu sa contribution à la société québécoise être reconnue.
Photo Courtoisie Hubert Sacy d'Éduc-alcool apparaît ici avec le lieutenant-gouverneur du Québec, J. Michel Doyon, il y a quelques semaines. L'organisme a ainsi vu sa contribution à la société québécoise être reconnue.

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En octobre 2020, loin de faire de son 30e anniversaire une entreprise d’autosatisfaction, Éduc’alcool salue les progrès faits par les Québécois au cours des trois dernières décennies en mettant l’accent sur les aspects positifs de l’évolution de leur relation avec l’alcool. C’est normal et c’est utile pour faire œuvre d’éducation.  

En effet, la prévention n’est pas faite que de mises en garde, de conseils et de recommandations. Le renforcement positif fait aussi partie intégrante des moyens dont nous disposons pour faire valoir que la modération a bien meilleur goût. Aussi, mettre l’accent sur les progrès accomplis une fois tous les dix ans n’est pas abusif et apporte une contribution à la réflexion collective sur les questions liées à l’alcool.

Cela ne doit cependant pas occulter le fait qu’il nous reste beaucoup de chemin à parcourir et que de multiples problèmes demeurent qu’il nous faudra collectivement contribuer à amoindrir à défaut de les résoudre. 

Malgré tous ses efforts et toute sa détermination, Éduc’alcool ne peut toutefois y parvenir tout seul. Les progrès durables ne se manifestent que lorsque tout le monde met la main à la pâte et en particulier l’État, dont le rôle est essentiel en ce domaine comme en tant d’autres.

De grands défis nous attendent au cours des prochaines années. Qu’il nous soit permis d’en mentionner les plus déterminants.  

  • Faire davantage respecter les limites de consommation recommandées : une femme sur 5 et un homme sur 4 dépassent encore les niveaux de consommation à faible risque au moins une fois par mois. Nous pouvons réduire ces seuils par la sensibilisation - ce que nous faisons -, mais aussi en encadrant davantage la commercialisation de la vente de l’alcool.  
  • Réduire la conduite avec les facultés affaiblies : la proportion des décès dus à la conduite avec les facultés affaiblies a certes baissé de 20 % en 30 ans, mais il reste que 8 % des conducteurs admettent avoir conduit avec une alcoolémie supérieure à la limite légale au moins une fois au cours de la dernière année. Rendre obligatoire la formation des serveurs des restaurants et des bars de l’ITHQ, Action Service, et augmenter la surveillance des routes par les corps policiers sont nécessaires pour nous faire faire un pas en avant.   
  • Mettre fin aux violences familiale, sexuelle et conjugale sous l’effet de l’alcool : environ la moitié des cas d’agression sexuelle impliquait une consommation d’alcool chez la victime ou l’agresseur.  
  • Diminuer le nombre de personnes dépendantes : même si notre taux de dépendance de 2,7 % est le plus bas au Canada, nous pouvons encore faire mieux en généralisant les programmes de prévention secondaire tels Alcochoix+, en renforçant les mesures de soutien aux organismes de traitement et en accentuant les mesures d’accompagnement.  
  • Mieux encadrer la vente et la promotion des boissons alcoolisées : le chantier est ouvert, mais nous devons absolument mettre fin à des pratiques commerciales et promotionnelles qui poussent à la consommation excessive et instaurer des mesures structurantes. Prix minimum de l’alcool, protection des jeunes contre la publicité sur les médias sociaux et interdiction des promotions excessives en sont quelques-unes.  
  • Contrer les tendances libertariennes qui banalisent l’alcool : trop de nos compatriotes continuent à considérer que l’alcool est un produit comme un autre qui ne doit obéir qu’aux lois du marché. Le discours des tenants du libéralisme à outrance, de la loi de la jungle et de la banalisation de l’alcool présenté comme un produit comme un autre n’ont plus leur place dans notre société.  
  • Arrêter la manipulation de la science pour diaboliser l’alcool : il y a malheureusement encore trop de moralisme et trop de désinformation qui, sous le couvert de la science, jouent sur la peur et nuisent considérablement au véritable travail de prévention. À force de présenter l’alcool comme un produit diabolique, dangereux à tous les niveaux de consommation, assimilé au tabac et aux drogues dures, on en vient à porter atteinte aux organismes qui livrent des messages rigoureux, pondérés et complets sur l’alcool et ses effets.    

L’alcool est un produit qui est parmi nous depuis des siècles et il n’est pas près de disparaître. Consommé modérément dans le respect des limites recommandées, il peut être fort agréable. Consommé avec excès, il peut causer des ravages chez les buveurs et leur entourage. Produit unique, à nul autre pareil, il est la quintessence même du slogan d’Éduc’alcool dont les Québécois ont fait un proverbe depuis 30 ans : la modération a bien meilleur goût.

Hubert Sacy
Directeur général d’Éduc’alcool
Octobre 2020

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