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La trumpisation du Québec

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Au Québec, jamais un premier ministre ne tweeterait des insultes à ses ministres, des députés, des chefs d’État et des journalistes.

Jamais un premier ministre ne refuserait de condamner des suprémacistes blancs ou encouragerait des théories du complot.

Si l’on ne s’en tient qu’à cela, bien sûr que nous ne vivons pas une trumpisation de notre univers.

Mais si on analyse comment le débat public évolue depuis quelque temps, où la nuance et l’équilibre sont remplacés par une course à la pureté, la violence et une vision du monde en deux couleurs, alors oui, le Québec se trumpise

Car Trump, c’est d’abord cela, une vision du monde divisée en deux : lui et les autres. 

Patriote, quand on le soutient, traître quand on refuse la prosternation inconditionnelle à ses mensonges. 

Comment ne pas sentir qu’une dynamique semblable s’installe tranquillement au Québec ?

Prenez tout ce qui nous anime en 2020 : la statue de John A. Macdonald, les dénonciations en ligne d’agressions sexuelles, les commémorations de la crise d’Octobre, les antimasques, le racisme systémique...

Toutes ces questions, si délicates soient-elles, suivent cette même logique américaine, où deux camps se séparent, s’invectivent et ne communiquent que pour s’excommunier. 

Gris

Pourrions-nous, par exemple, être en accord avec le déboulonnement d’une statue, tout en étant inquiets d’une frange radicale de militants qui décident ce qui doit être édifié ou non ?

Pourrions-nous croire que le masque n’aurait jamais dû devenir un symbole de lutte politique, mais plutôt un consensus moral et normal ?

Pourrions-nous penser que le racisme systémique existe au Québec, tout en pensant que l’intégration des communautés noires au Québec n’est pas un échec, et que blâmer exclusivement les institutions québécoises pour les déboires des peuples autochtones est fondamentalement injuste ?

Le Québec est certes une société consensuelle. 

Or, ces divisions récentes sont celles d’une société qui se fracture, se divise en bataillon, et se décivilise progressivement.

Une société qui se trumpise, en quelque sorte.