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L’école privée... au-delà du port de l’uniforme des garçons et des filles

L’école privée... au-delà du port de l’uniforme des garçons et des filles
Photo Courtoisie, Isaak Bourgouin

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La semaine passée, on a beaucoup médiatisé l’initiative d’un certain nombre de garçons fréquentant le Collège Jean-Eudes de Montréal qui consistait à porter la jupe habituellement réservée aux filles dans le code vestimentaire strict de l’école.  

Tout d’abord, je salue haut et fort ce geste revendicateur issu d’adolescents à qui on accorde habituellement peu d’attention. Qui a dit que nos jeunes n’étaient pas conscients des enjeux de société et qu’il n’avait pas la maturité nécessaire pour développer des arguments assez solides? Cette initiative me donne foi en l’avenir des générations futures qui auront été malmenées par les esprits rétrogrades qui sévissent encore trop souvent et l’ouverture d’esprit qui fait toujours défaut auprès d’un trop grand nombre de personnes. 

Mais je ne peux m’empêcher d’y voir encore une forme de sexisme et d’oppression envers les femmes. Pourquoi a-t-il fallu que ce soit des garçons, issus d’une classe sociale hautement favorisée, qui font un coup d’éclat pour qu’on accorde de l’importance à un problème qui perdure depuis des décennies?

Je le sais, je l’ai vécu.

  • Écoutez l'entrevue complète de Jennifer Martin

J’ai fréquenté un collège privé pendant les trois premières années de mon secondaire. J’ai moi aussi roulé ma jupe, tourné les manches de mes trop épais chemisiers. J’ai porté des talons hauts, des sandales trop ouvertes sur mes orteils pourtant inoffensifs. On m’a donné des avertissements parce que ma queue de chemise dépassait trop de mon pantalon. J’ai senti le regard désapprobateur des nombreux directeurs qui se sont succédé dans les hautes sphères de l’école. 

Sentir les regards des hommes, beaucoup plus âgés que moi, quand je descendais les marches, leurs pupilles lasers qui me balayaient de haut en bas lors de mes passages dans le corridor. On veut peut-être attirer le regard des autres souvent à cet âge, mais pas de cette façon. Pas à cause d’un corps qui grandit vite et des formes qui se développent. 

Pas parce qu’on approuve ou non notre habillement.

Déjà qu’être une fille avec des résultats scolaires très moyens dans un collège où l’excellence est exigée aussi intensément que le paiement rubis sur ongle des parents, c’est beaucoup de stress et de pression pour un si jeune âge. Parce que ça laisse des séquelles. Plus de 20 ans plus tard, j’en garde encore des stigmates d’ailleurs. J’ai encore souvenir de la peur au ventre que je ressentais lorsque les notes d’examen étaient affichées en classe et les élèves en difficulté marqués au surligneur fluorescent. 

À l’école, on veut être vu, mais surtout entendu. 

On veut défendre nos idées, se sentir en sécurité entre les murs de l’endroit où l’on passe nos journées à tenter de devenir les meilleurs humains. Sentir qu’on a notre place. Peu importe le chandail qu’on porte. Peu importe sa marque, sa couleur, son tissu. Transparent ou pas, de couleur vive ou non. 

Fille ou garçon ou tout autre genre.

Je me pose la question... si l’initiative avait été orchestrée par des adolescents de l’école publique, aurait-elle eu le même impact? Est-ce qu’on accorde encore trop d’importance à l’élite? Le geste, je le répète, est tout à fait valable et même admirable. Il reflète le vent de changement qu’on tente de créer depuis longtemps. 

Mais pourquoi nous les filles, ne sommes-nous pas entendues les premières encore une fois?

Jennifer Martin,
ex-étudiante du collège
Saint-Sacrement de Terrebonne

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