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Montrez l’exemple, M. Trudeau!

Montrez l’exemple, M. Trudeau!
AFP

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Et si Justin Trudeau montrait l’exemple plutôt que de continuer les discours larmoyants qui ne changent que bien peu de choses, dans le réel, pour les Autochtones...

De belles paroles

Le premier ministre du Canada, solennel, avait quelque chose à dire aux journalistes. Mais dans les faits, on a tous compris qu’il s’adressait surtout à son homologue du Québec.

Justin Trudeau veut causer de racisme systémique. Et un peu, aussi, faire la morale à François Legault. 

«Au gouvernement fédéral, nous savons depuis longtemps que, de reconnaître le racisme systémique, c’est la première étape nécessaire pour marcher sur cette voie de la réconciliation [avec les peuples autochtones].»

Ça tombe bien, que le premier ministre du Canada ajoute sa voix à la pression qui est exercée chaque jour par le média d’État qui ressemble de plus en plus au bras politique d’une idéologie bien précise... Quiconque syntonise un peu la première chaîne de Radio-Canada aura remarqué l’insistance qu’on y met à parler, sous tous les angles possibles, du «racisme systémique». 

Pourtant, je ne peux m’empêcher de ressentir un certain malaise en écoutant le premier ministre du Canada faire la morale. Et puisque c’est du fédéral qu’il est question ici, j’imagine qu’on pourra déborder un peu du cadre de l’Hôpital de Joliette. 

L’éléphant dans la pièce: la Loi sur les Indiens

Il y a quelque chose de paradoxal à voir le premier ministre du Canada qui affirme que le fédéral sait depuis longtemps reconnaître le racisme systémique dont sont victimes les peuples autochtones, tout en sachant que le «système», lui, demeure bien en place. Immuable.

Je parle ici, évidemment, de la Loi sur les Indiens. Mon collègue millénial Philippe Léger a frappé dans le mille, plus tôt cette semaine, à ce sujet: 

«Le vrai nœud du problème, là où tout commence, où tout blesse et découle, c’est inévitablement la Loi sur les Indiens, une loi de compétence fédérale.

«Celle qui a été adoptée en 1876 par le gouvernement fédéral, et qui tient encore aujourd’hui [lieu] de manuel d’emploi de la gouvernance avec les peuples autochtones.

«Celle qui paralyse le développement économique, qui les prive de propriétés sur les réserves, et qui les considère encore aujourd’hui comme des mineurs devant la loi.

«Cette loi d’apartheid perpétue les inégalités et entretient le statu quo. Elle [légitime] l’odieux et le racisme d’État canadien.

«Elle est le symbole d’un génocide culturel, la page titre d’un livre noir canadien, si une telle chose existait.

«L’emblème de la tristement célèbre phrase du père de la Confédération canadienne, John A. Macdonald: “Sortir l’Indien de chaque enfant.

«Tant que cette loi existera, la régénération autochtone se fera toujours en surface, à [tâtons] dans des communautés où le développement économique n’est pas en jeu dans ce pays gigantesque.

«Et alors que plusieurs croyaient à la grande promesse de “réconciliation” trudeauiste en 2015, que peut-on retenir de son héritage?

«Pas grand-chose, fâcheusement. [...]

«Reste que le changement radical et nécessaire dans ce pays ne s’accomplira jamais, tant et aussi longtemps que le système de gouvernance canadien sera régi par une loi raciste et archaïque qu’est la Loi sur les Indiens. 

«Celui qui a principalement le pouvoir et le devoir de bousculer l’avenir, ce n’est pas François Legault, mais bien Justin Trudeau

«Des conditions de logement abominables...»

Le Canada est devenu un abonné des remontrances de l’ONU concernant les mauvaises conditions de vie des nations autochtones. Notamment, des femmes et des filles autochtones.

En octobre 2019, une représentante de l’ONU critiquait sévèrement le Canada à propos des conditions de misère qui subsistent dans les réserves. La promiscuité des logements, l’insalubrité et surtout cette incohérence inexplicable en 2020, l’absence d’eau potable dans bien des cas: 

«Alors qu’il y a au Canada plus d’eau douce que dans les autres pays du monde, 75% des réserves ont de l’eau contaminée, et des communautés comme celle d’Attawapiskat déclarent l’état d'urgence», est-il écrit dans le rapport. 

Et que dire des inquiétudes soulevées par l’ONU par rapport à des cas allégués de stérilisation forcée de femmes autochtones, en Saskatchewan notamment... 

Le bilan du Canada en matière de traitement des nations autochtones est si sombre qu’on pourrait continuer ainsi longtemps. Voilà pourquoi la moraline de Justin Trudeau sonne si faux. On a envie de lui dire de commencer par faire le ménage chez lui, au fédéral, en commençant par l’infâme Loi sur les Indiens.

Que le premier ministre du Canada prêche par l’exemple, pour une fois, plutôt que de larmoyer devant les caméras.