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Faut-il plaindre nos artistes?

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Les gens du show-business savent mieux que quiconque se faire entendre. Plusieurs vedettes ont des relations politiques et elles ne s’en privent pas. Pas plus que ne se privent les politiciens de s’exhiber avec des artistes.

Dès les premiers jours du confinement, les artistes furent parmi les premiers à appeler à crier à l’aide. La première réaction de Nathalie Roy, ministre de la Culture et des Communications, fut de les appeler à se « réinventer ». Elle a évoqué le légendaire esprit créateur des artistes québécois. L’appel à se réinventer en a insulté plus d’un. 

Sûrement désireux de s’imposer comme nouveau ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault montra plus d’empressement. Il a tout de même fallu plusieurs semaines avant qu’il ne pose des gestes concrets.

Depuis, Ottawa a ouvert les vannes. Selon l’estimation que m’a fournie l’attachée de presse du ministre Guilbeault, son ministère aurait jusqu’à maintenant accordé plus de 4,5 milliards de dollars au monde de la culture, des arts et du patrimoine. Cette somme comprend la Subvention salariale d’urgence (SSUC) et la PCU.

ENCORE PLUS D’ARGENT EN JUILLET

Au printemps, un montant de 115,8 millions $ versé au Fonds des médias et à Téléfilm est venu à la rescousse de l’industrie de l’audiovisuel à l’arrêt complet depuis la mi-mars. En juillet, le ministre Guilbeault a soutiré de la corne d’abondance de son premier ministre 145,66 millions $ de plus au profit des périodiques culturels, des petits radiodiffuseurs, du monde de la musique, des producteurs œuvrant dans une langue tierce et de tous les autres organismes culturels qui n’avaient pas encore reçu d’aide.

Depuis mardi, la transformation de la PCU en Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) permettra aux centaines de travailleurs autonomes des arts et de la culture (les « intermittents » comme on les appelle en France) de toucher certains revenus pour les 26 prochaines semaines.

Le ministre Guilbeault pourra enfin respirer – l’industrie aussi ! – lorsque sera effectif le fonds d’indemnisation COVID de 50 millions $, créé pour les tournages de films et de séries de télévision. Les fonctionnaires du Trésor en sont à mettre au point les détails de cette assurance inusitée.

NOS ARTISTES SONT-ILS CHOYÉS ?

Les « largesses » du fédéral ou la grogne grandissante des artistes ont-elles poussé la ministre Nathalie Roy à plonger la main dans sa sacoche ? Difficile à dire. N’empêche que la ministre a ajouté 300 millions $ d’argent frais à un budget qui touche presque le milliard $. Ce nouvel apport ira à la production de films et de séries, aux organismes culturels qui ont dû fermer leurs portes, à la diffusion de spectacles en ligne, à la rémunération des œuvres musicales et à la création d’œuvres originales.

À cause de la pandémie, c’est donc une somme additionnelle d’environ 2 milliards $ que les gouvernements Trudeau et Legault ont consacrée jusqu’ici aux artistes et artisans du Québec. Ils ont au moins plus de chance que les milliers de travailleurs de la restauration, de l’hôtellerie ou du transport aérien.

Ils ont plus de chance aussi que les artistes de Grande-Bretagne. Non seulement le gouvernement de Boris Johnson les a invités à changer de métier, mais il a participé à une campagne publicitaire pour les inciter à le faire. Cette campagne a soulevé l’indignation et Oliver Dowden, ministre de la Culture, a dû s’en dissocier et s’excuser.