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La CAQ vise les mécontents du PQ

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon
Photo Stevens Leblanc Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon

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Oui, il y a de la résistance à l’élection de Paul St-Pierre Plamondon à titre de chef au PQ. La CAQ sait fort bien qui sont les sceptiques. Et n’a pas tardé à lancer ses lignes à l’eau...

Des mécontents

Lorsque le résultat est tombé, dans la course à la chefferie du Parti québécois, je ne l’ai pas tout de suite su. J’étais dans le bois. Comme chaque année à l’Action de grâce. 

Achalez-moi pas. 

Je ne suis donc pas très réactif à ce moment-là de l’année, mettons. J’ai donc appris l’élection de Paul St-Pierre Plamondon (PSPP) – transparence: que j’ai personnellement appuyé – le lendemain. 

En prenant connaissance de la nouvelle, j’ai aussi constaté que j’avais reçu quelques messages. De gens du PQ. Beaucoup m’écrivent, j’y ai d’innombrables contacts. Mais ces messages n’étaient pas tous heureux.

Loin de là.

Pas grave, c’est encore tout chaud, que je me suis dit. Le PQ est une drôle de bébitte. Certains, sous le coup de l’émotion, vont rager, leur poulain n’ayant pas gagné. Ça va se placer.

Puis une discussion m’a beaucoup fait réfléchir. De source sûre, une personne, anciennement au PQ et aujourd’hui à la CAQ a placé les pions pour que le parti au pouvoir soit une belle piste d’atterrissage si jamais certains députés décidaient de ne pas se rallier à PSPP. 

Le monde de la politique est tout petit, au Québec. Les gens se connaissent, se parlent, créent des liens. Dans leur famille politique et bien au-delà.

Il faut comprendre ceci, PSPP partait de loin. Bon dernier de la dernière chefferie et loin d’être le favori cette fois-ci. Pour parler de la déveine des libéraux au Québec, on dit souvent que ce parti est devenu celui des allophones et anglophones de l’île de Montréal, seulement. 

À ce compte-là, le PQ est certainement le parti des régions. Je dirais même des régions plus éloignées de Montréal. Mis à part Véronique Hivon. PSPP est un «urbain». Il n’a pas réussi à gagner la circonscription de Prévost, dans les Laurentides. Et, vu de la Côte-Nord, mettons, PSPP inspire plutôt méfiance que confiance.

Est-ce le bon chef pour un «parti des régions»? se demande-t-on. 

Vous me voyez venir. Si vous aviez à miser sur la défection de députés en réaction à l’élection de PSPP, regardez du côté de la Côte-Nord et de Bonaventure. 

«Pour le moment», comme le répondait à QUB radio le député Sylvain Roy en s'adressant à mon collègue Antoine Robitaille lorsque celui-ci lui a demandé s’il demeurerait au PQ, pour le moment, donc, Lorraine Richard (Côte-Nord) et Sylvain Roy (Bonaventure) sont toujours au PQ. Mais n’excluez rien dans leur cas.

Et à la CAQ, on a fort bien noté la chose. Bien sûr que des émissaires tâtent le terrain – ou le piétinent, c’est selon. Et ce n’est pas la première fois. La CAQ vise Lorraine Richard depuis longtemps. Sa circonscription est au PQ depuis 1976, mais cette députée a vu ses marges de victoire fondre, d’élection en élection. 

On est en droit de se poser la question, ses victoires sont elles dues à son action de députée ou plutôt à la bannière qu’elle représente? Pendant ce temps, les Bérubé et Lebel, de l’autre côté du fleuve, ont fait augmenter leurs marges de victoire...

La CAQ compte dans ses rangs d'anciens péquistes qui conservent d’excellentes relations au sein du PQ. Et c’est utile pour faire miroiter la perspective d’horizons électoraux plus enchanteurs, alors que François Legault continue de cartonner dans les sondages.

Des opportunistes au PQ qui ont quitté le navire quand ils ont senti la soupe chaude dans le passé, il y en a... remember Benoit Charette en 2011?!?! Utile, la bannière du PQ, pour se faire élire. Mais dans son cas, le navire allait trop vite vers la souveraineté. Il était tout désigné pour migrer vers la CAQ. 

Se pourrait-il que l’approche PSPP concernant la souveraineté soit trop affranchie pour les Lorraine Richard et Sylvain Roy? L’avenir le dira.

Donner la chance au nouveau chef

Pendant ce temps, on oublie l’ampleur de la réussite du nouveau chef. Ce n’est certes pas par opportunisme qu’il s’est lancé dans cette galère; il aurait très bien pu choisir le confort d’une place de choix dans le monde juridique, où il ne manque pas de considération.

Déterminé, il a foncé. Sans compter les heures, jonglant avec jeune famille et vie trépidante, éreintante, de la politique 24/7, sa conjointe acceptant de mettre en veilleuse sa propre carrière. All-in, comme on dit. 

Il a fait une excellente campagne. On le voit comme un urbain, mais il n’est pas sans racines en région. Avant de tout plaquer là, les sceptiques devraient lui accorder une chance. PSPP démarre son règne de chef en lion. Avec assurance. Il n’accepte pas de se faire bousculer par ceux, dans l’élite médiatique fédéraliste, dont on savait qu’ils ne le ménageraient pas.

Il n’est pas impossible qu’il y ait quelques personnes qui ne se rallient pas à PSPP. Mais en général, sa victoire est bien accueillie dans les rangs péquistes. On vante sa fougue, son côté fonceur. Et il a le profil qu’il faut pour faire le pont entre le Québec des régions et le Québec plus urbain.

Le Québec a besoin d’une opposition nationaliste forte, franche, qui n’ait pas les mains attachées au fédéralisme, aux fausses promesses et à cette lubie qu’est le «Québec fort dans un Canada uni». 

Il va souffler fort et de face au Québec dans les mois qui viennent. La CAQ mise sur quelques avancées nationalistes modestes, tout en jurant fidélité au Canada. Malgré tout, François Legault est attaqué de toutes parts. On le traite de tous les noms. 

Oui, ça va prendre une alternative nationaliste affirmée...