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La Chine inquiète au port de Québec: des craintes pour la sécurité nationale

Une entreprise de Hong Kong est associée à un projet d’agrandissement de plusieurs centaines de millions de dollars

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Le projet d’agrandissement du port de Québec, baptisé Laurentia, fera littéralement sortir du fleuve 17 hectares de terrains pour l’installation d’un terminal de conteneurs.

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rDans un contexte de tensions entre le Canada et la Chine, le gouvernement fédéral craint les enjeux de sécurité nationale liés à la présence d’une entreprise de Hong Kong au cœur d’un projet d’agrandissement de 775 millions $ au port de Québec, a appris Le Journal.

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Ports Hutchison Canada et son partenaire, le Canadien National (CN), ont conclu en 2019 un contrat avec l’Administration du port de Québec (APQ) pour la construction et l’exploitation d’un terminal de conteneurs.

Pour démarrer ses activités, leur coentreprise, Terminal de conteneurs Québec ltée, devra cependant recevoir l’autorisation du gouvernement fédéral en vertu de la Loi sur Investissement Canada.

Cette procédure est obligatoire pour toutes les entreprises étrangères qui veulent investir au Canada, comme c’est le cas de Ports Hutchison, une filiale de CK Hutchison. L’analyse prévoit une évaluation des risques à la sécurité nationale.

Selon nos informations, Ottawa est préoccupé par la présence de CK Hutchison dans le projet d’agrandissement du port de Québec. 

  • Le journaliste Alexandre Robillard revient sur le dossier au micro d'Antoine Robitaille sur QUB radio:  

Le siège de l’entreprise est à Hong Kong, un territoire sur lequel la Chine a récemment resserré son emprise.

«Il y a une préoccupation quand les entreprises chinoises investissent au Canada et que la transaction pourrait faire l’objet d’une révision en vertu de la loi pour cause d’atteinte potentielle à la sécurité nationale», nous a révélé une source bien informée, qui a préféré ne pas être identifiée pour protéger l’intégrité du processus.

Confidentialité

Malgré nos demandes d’entrevue, ni le CN ni CK Hutchison n’ont été en mesure de préciser si leur coentreprise a déjà entamé les démarches administratives en vertu de la Loi sur Investissement Canada.

À Ottawa, le cabinet du ministre de l’Industrie Navdeep Bains a expliqué que la procédure d’autorisation détermine si des investissements étrangers sont avantageux ou non pour l’économie canadienne.

«Ces investissements étrangers sont également soumis à un processus rigoureux d’examen de la sécurité nationale en plusieurs étapes, dirigé par nos services de sécurité nationale», a déclaré le conseiller John Power.

Comme la procédure est confidentielle, il a été impossible d’apprendre quoi que ce soit à propos du terminal de conteneurs prévu à Québec, un projet baptisé Laurentia.

En 2018, M. Bains a bloqué l’investissement d’une entreprise chinoise qui souhaitait acheter l’entreprise de construction canadienne Aecon.

Il avait justifié cette décision par les risques que cette transaction pourrait faire courir à la sécurité nationale du Canada.

Hutchinson au Canada

L’APQ a balayé les enjeux de sécurité nationale qui pourraient être reliés au partenariat avec CK Hutchison.

Frédéric Lagacé a fait valoir que l’entreprise est déjà actionnaire de l’entreprise pétrolière canadienne Husky Energy.

«Le holding de Hutchison est déjà très présent au Canada dans le domaine de l’énergie, qui est un secteur à fort enjeu national», a dit le porte-parole.

Le terminal de conteneurs du projet Laurentia doit entrer en activité d’ici 2024. En vertu du contrat conclu par l’APQ, le CN et Hutchison vont gérer l’installation pour une durée de 60 ans. 

Aide financière

À Québec, le maire Régis Labeaume a récemment pressé le fédéral de s’engager financièrement en faveur du projet Laurentia, comme il l’a fait pour un projet d’agrandissement du port de Montréal. 

Selon nos informations, une éventuelle aide financière d’Ottawa dépendra nécessairement de l’analyse des enjeux de sécurité. 

«À Montréal, il n’y avait pas d’entreprise proche de la Chine dans le projet», a indiqué notre source.

L’entreprise CK Hutchison   

  • Siège social : Hong Kong.        
  • Fondateur : Li Ka-shing, multimilliardaire né en Chine, qui réside à Hong Kong.        
  • Secteurs d’activité : ports et services reliés, vente au détail, infrastructures, énergie et télécommunications.        
  • Chiffre d’affaires en 2019 : 75 milliards $ CA.        
  • Nombre d’employés : 300 000 dans 50 pays.        
  • Présence au Canada : Investissements dans Husky Energy, Adrien Gagnon, Park N’Fly. La fondation Li Ka Shing est incorporée au Canada.        
  • Ports Hutchison : 57 ports de conteneurs dans 27 pays. En 2019, l’équivalent de 86 millions de conteneurs ont transité par ses installations.                 

 

Le projet Laurentia   

  • Promoteurs : Administration du port de Québec (APQ) et Terminal de conteneurs Québec ltée, une entreprise formée par le Canadien National et Ports Hutchison Canada.        
  • Investissements : Le budget total est de 775 millions $. L’APQ investira 90 millions $, tandis que Hutchison et le CN injecteront 505 millions $. Un appui de 180 millions $ des gouvernements fédéral et québécois est espéré.        
  • Projet : Construction d’un terminal de conteneurs après un agrandissement de 17 hectares, soit l’équivalent du terrain des sports (anneau) des plaines d’Abraham ou de la moitié du parc La Fontaine, à Montréal. La nouvelle superficie sera gagnée sur le fleuve par un remblai dans la Baie de Beauport, face à l’île d’Orléans.        
  • Capacité : l’équivalent de 700 000 conteneurs par an.        
  • Durée : Hutchison et le CN exploiteront le terminal pendant 60 ans.