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Paul St-Pierre Paradoxal

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J’écoutais le nouveau chef du PQ hier quand je me suis demandé si un des «P» de PSPP ne référait pas au mot «paradoxal».

Il devient chef... mais devra rester hors du jeu, car il est non élu. Il se dit heureux de ce statut, puisque cela lui permet d’être «sur le terrain»... pour affirmer du même souffle qu’il sera presque à temps plein à l’Assemblée nationale : «Je vais être là durant les trois jours.»

On l’a tous compris : la situation de M. St-Pierre Plamondon force les paradoxes, «association de deux faits, de deux idées contradictoires».

PSPP, co-porte-parole

Il n’est certes pas le premier à se trouver dans ce type de situation difficile, voire impossible, courante en politique.

Quand, en décembre 2008, Françoise David perdit dans Gouin alors qu’Amir Khadir l’emportait dans Mercier, David dut se contenter, à sa déception, de jouer la co-porte-parole «extraparlementaire».

Scénario qu’elle redoutait depuis des mois. 

Dans une lettre à ses militants, elle avait écrit : si l’une des deux têtes de QS était élue au prochain scrutin, c’est elle qui aurait toujours plus de visibilité : «Dans les faits, [l’élu] deviendrait à peu près le seul porte-parole de Québec solidaire. Donc à réfléchir.»

PSPP se retrouve un peu dans la situation du co-porte-parole extérieur, puisqu’il aura pour chef parlementaire l’efficace Pascal Bérubé. Élu depuis 2007, il mène la barque depuis deux ans ; il jouit d’une notoriété plus grande que celle de PSPP. 

C’est Bérubé qui aura le privilège de questionner le premier ministre. (Ce dernier lui répliquera en soulignant l’absence du «vrai» chef péquiste au Salon bleu.)

Pour l’instant, Bérubé se montre bon joueur, prédisant qu’il fera un «bon duo» avec son chef ; ne voyant «pas encore» le thème sur lequel les deux n’auraient «pas la même position»...

Dynamique

Revenons à QS, qui n’avait toutefois, en 2008, qu’un seul élu. Aucun risque dans un tel cas qu’une dynamique particulière, qui finirait par exclure le chef «extra», ne se développe. Mais c’est précisément ce qui guette PSPP, dont le caucus est petit, mais composé de neuf élus ; et possédant sa dynamique propre depuis 2018.

René Lévesque, a souligné à plusieurs reprises PSPP, a très longtemps été chef extraparlementaire : six ans! De 1970, date à laquelle le PQ participe à ses premières élections, à 1976, année de la mythique élection du 15 novembre.

Or, le statut de non-élu usa Lévesque. 

Deux mois avant la victoire, ses «députés défiaient ouvertement et publiquement leur chef» sur une question sensible (les «gens de l’air»), rappelle Martine Tremblay dans Derrière les portes closes (Québec/Amérique, 2006). 

Le jeune député Claude Charron, en entrevue, déplorait quant à lui l’absence totale «d’authentiques leaders» au Québec!

PSPP n’a pas totalement fermé la porte à une tentative électorale avant les élections générales de 2022. Mais pourrait-il, lui, l’urbain, l’emporter en région, où le PQ compte ses seuls derniers appuis solides? «Impossible», tranchait la péquiste Lorraine Richard, hier, à QUB radio. Chef urbain d’un parti régional. On n’est pas à un paradoxe près.