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Cour suprême, compétence et polarisation

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Lorsque cette campagne électorale sera terminée et que nous tenterons de prendre un peu de recul, il serait intéressant de faire le bilan des coûts entraînés par le climat politique particulièrement polarisé. 

Cette polarisation n’est pas nouvelle, mais elle atteint un degré d’intensité qui force la réflexion sur les limites du système politique. Ce qui se déroulait au Sénat cette semaine en a offert une preuve supplémentaire.

Les audiences entourant la confirmation de la juge Amy Coney Barrett comme neuvième juge du plus haut tribunal ont constitué un exercice sans valeur et un spectacle de bien piètre qualité. 

Oubliez un instant que les républicains accélèrent le rythme pour parvenir à un résultat avant l’échéance électorale. Les démocrates feraient de même.

Oui, les républicains se sont piégés en refusant malhonnêtement à Barack Obama de présenter son candidat en 2016, mais personne n’est dupe ; on ne sacrifie pas une telle occasion d’influencer durablement la composition de la Cour suprême.

La compétence doit avoir préséance

La juge Barrett, tout comme l’était le candidat de Barack Obama, Merrick Garland, est une juriste compétente et respectée. Le bilan et la réputation de cette femme de 48 ans sont remarquables. L’Association du Barreau américain lui accorde d’ailleurs sa cote la plus élevée lorsqu’elle évalue sa candidature.

Malgré des compétences évidentes, jamais la juge Barrett n’a pu faire étalage de son savoir et de ses compétences pendant des interrogatoires qui ont été détournés par la stratégie politique des deux camps. Faut-il se surprendre que la candidate ait préféré offrir des réponses convenues ou qu’elle ait contourné habilement les pièges disposés sur sa route?

Amy Coney Barrett a pratiqué l’esquive élégante, tout comme les autres juges soumis à cet exercice vide de sens depuis le rejet de la candidature de Robert Bork en 1987. Brillant, mais très frondeur, le candidat de Ronald Reagan avait constamment défié les sénateurs, préférant livrer le fond de sa pensée plutôt que d’offrir des réparties complaisantes.

Oui, la juge Barrett est une conservatrice et elle ne nie pas sa foi catholique. Il va de soi que les républicains, installés à la Maison-Blanche et majoritaires au Sénat, jettent leur dévolu sur une candidate douée dont l’approche constitutionnelle correspond aux attentes de leur électorat.

Bien sûr que des progressistes réagissent avec colère ou inquiétude, les conservateurs réagiraient de la même manière si les rôles étaient inversés. Mais il n’y a rien ici d’inconstitutionnel.

Éliminer les audiences?

Pendant de longues périodes, les audiences nous ont permis d’évaluer les compétences des candidats ou des candidates. Elles permettaient même bien souvent de rafraîchir les connaissances des passionnés qui comparaient les différentes écoles de pensée entourant l’interprétation du texte fondateur. Plus maintenant.

La démocratie et le peuple américain seraient bien mieux servis si les candidats ou les candidates pouvaient réellement débattre de leur vision plutôt que d’être mêlés à un mauvais vaudeville. Amy Coney Barrett est compétente, les audiences ne l’auront pas révélé.