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Le castor bricoleur

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

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Le nouveau chef du Parti québécois, le jeune avocat Paul St-Pierre Plamondon (PSPP), ne manquera pas de pain sur sa planche. Ni d’obstacles sur son chemin. 

Diriger un parti sur son déclin depuis 20 ans s’annonce déjà comme une tâche complexe. Diriger un caucus d’à peine neuf députés, dont aucun ne l’a appuyé durant la course à la chefferie, le sera tout autant.

Hormis pour le chef parlementaire Pascal Bérubé – impeccable en toutes choses, y compris son inébranlable esprit d’équipe –, l’arrivée de PSPP dégage en effet une impression de malaise autour de lui. 

D’autant plus que ces députés ont été très éprouvés. On ne dira jamais assez leur courage de rester. Malgré tous les vents contraires, ils tiennent bon. Malgré la grande popularité de la CAQ. Malgré tous les ex-péquistes qui, très heureux, ont trouvé refuge dans les rangs du gouvernement Legault.

Bref, PSPP, l’ex-orphelin politique converti au PQ, n’a pas fini de tenter de solidifier son caucus et sa base. Une base par ailleurs consciente de la réalité. Soit qu’au PQ, les sauveurs sont en rupture de stock depuis un bail.

Pandémie

Sans siège non plus à l’Assemblée nationale, le manque de notoriété de PSPP est un autre obstacle. En pleine pandémie, impossible aussi d’aller visiter des électeurs.

Dans ses premiers points de presse, il commence néanmoins à délimiter son terrain propre dans l’arène partisane. Pour un chef dont le parti est relégué au rang de troisième parti d’opposition, ce ne sera vraiment pas facile.

Celui qui s’est présenté comme l’homme voulant « rebâtir » le PQ et le camp du Oui s’en est pris directement au gouvernement caquiste. Il l’accuse de beaucoup « parler » de nationalisme sans agir en conséquence. 

Au lieu de renforcer le français, il l’accuse même de contribuer à l’anglicisation de Montréal par le financement d’agrandissements au cégep Dawson et à l’Université McGill.

Acte de foi

La tentative est claire : essayer de réoccuper une partie du terrain nationaliste occupé entièrement par la CAQ. Son problème est que le Québec étant frappé de nouveau par la COVID-19, sa stratégie prend des airs de coups d’épée dans l’eau. La pandémie étant loin de s’estomper, la plupart des autres dossiers plus politiques continuent à prendre le bord.

Même au-delà de la pandémie, le seul fait de se présenter, tel un castor bricoleur, comme le « rebâtisseur » du Parti québécois et du projet souverainiste suscite sa dose de scepticisme. 

Le seul qui, après une longue descente aux enfers du PQ au milieu des années 1980, avait réussi à lui redonner vie se nommait Jacques Parizeau. 

Or, M. Parizeau était un vrai bâtisseur. Un des grands artisans du Québec moderne. Un brillant intellectuel. Un stratège redoutable. Un politicien d’expérience qui, en plus, savait nager dans les instances péquistes comme un poisson dans l’eau. 

En cela, toute comparaison est nécessairement ingrate. C’est sûr. Il n’en reste pas moins que PSPP part de très loin. Son avantage est que les attentes étant basses, il pourrait étonner éventuellement.

De toute manière, seul le temps dira si la greffe prendra ou non.