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Des femmes qui ont marqué notre histoire

Gilles Proulx
Photo Pierre-Paul Poulin

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Dans son livre Ces audacieuses qui ont façonné le Québec, Gilles Proulx dresse le portrait de 60 femmes ayant marqué l’histoire de notre province. Chroniqueur du Journal, auteur de nombreux essais historiques, il a retracé le destin de femmes d’époques, de disciplines et de classes sociales diverses reliées par la même force de caractère de celles qui font changer les choses et marquent leur époque. 

«Il faut comprendre la justesse de leur combat, affirme Gilles Proulx du haut de ses 80 ans. Toutes les femmes qui se retrouvent dans ce livre ont eu à goûter à une répression et une mesquinerie incroyable et ont des histoires qui mériteraient de se retrouver dans des scénarios de film.»

<strong><em>Ces audacieuses qui ont façonné le Québec</em></strong><br/><em>Gilles Proulx et Louis-Philippe Messier</em><br/>Éditions du Journal, 232 pages
Photo courtoisie
Ces audacieuses qui ont façonné le Québec
Gilles Proulx et Louis-Philippe Messier
Éditions du Journal, 232 pages

Ce sont les cheminements de ces femmes fortes que le populaire animateur souhaite partager avec Ces audacieuses qui ont façonné le Québec.

  • Écoutez l'entrevue de Gilles Proulx avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

«Pour moi, ce livre est aussi une façon de voir au-delà de l’animateur gueulard que j’ai été, de mettre de l’avant l’homme qui a voulu sensibiliser les gens à l’amour de ce qu’on est par l’histoire, les voyages, la connaissance des autres cultures et l’amour du français.»

Lors de la rédaction de son essai, Gilles Proulx ne cache pas qu’il a multiplié les découvertes. S’il connaissait déjà l’importance du rôle de certaines grandes dames dans notre histoire, le chroniqueur affirme avoir pris un grand plaisir «à aller plus loin», à redécouvrir les vies d’héroïnes peu connues et à les raconter pour le plaisir de ces fidèles lecteurs. 

Monsieur Proulx, pourquoi avoir eu envie d’écrire ce livre ?

« En fait, c’est ma femme, Bianca, qui m’a poussé à écrire ce livre afin de me défaire de cette image de macho que j’ai longtemps eue en ondes. C’était une technique de communication. Mais pour moi, les femmes sont ce qu’il y a de plus précieux sur la terre. Je me suis mis à fouiller. C’est un champ peu cultivé et ce sont des femmes, oubliées pour la plupart, qui ont des histoires extraordinaires, dont il est beaucoup question ici. Je trouvais merveilleux de découvrir ces sentiers-là, qui ont été trop souvent effacés.»

Comment avez-vous choisi ces femmes ?

«Avec mon recherchiste Louis-Philippe, on a aligné une centaine de noms. On a débattu, on a consulté. Puis on a choisi 20 femmes du régime français, 20 femmes du régime britannique – certaines femmes qui ont eu un pied-à-terre ici – et 20 femmes contemporaines. Mais on les a mélangées pour faire un catalogue, un micmac plus attirant.»

Quelles histoires – ou destins – de femmes vous ont particulièrement marqué ou étonné ?

« Je ne connaissais pas Marcelle Gauvreau et son histoire m’a fasciné. Elle a propagé la conscience écologique à l’époque où même le mot n’existait pas. Il y a aussi Mary Two-Axe Earley, cette femme mohawk qui a combattu, dans les années 1920, pour montrer que l’amour est plus fort que la police et que les règles de la réserve, en mariant un étranger. Elle a sensibilisé les gens au sort des femmes sous une domination patriarcale en élevant la voix. Andrée P. Boucher (mairesse de Sainte-Foy), que j’ai interviewée à quelques reprises et qui était une trouble-fête, une entêtée et une femme de principes. C’est une très grande dame qui est partie de rien et une visionnaire, qui avait de très grandes valeurs, et qui mériterait d’être mise en évidence. Celle de Carrie Derick (botaniste et première femme professeure) aussi, ainsi que celle, scandaleuse, d’Irma Levasseur. Elle est la fondatrice de l’hôpital pour enfants et lorsqu’on a inauguré les nouvelles installations, on ne l’a même pas invitée ! C’est effrayant ! Je ne comprends pas qu’on ne fasse pas un film sur sa vie. »

Pourquoi avoir écrit sur des femmes mortes et non vivantes ?

« C’est sûr qu’il était tentant de parler des femmes d’aujourd’hui, mais je sens que j’aurais reçu beaucoup d’appels de gens me demandant pourquoi je n’avais pas parlé d’une ou d’une autre (rires). Par conséquent, on a décidé de parler des femmes qui sont parties. »

Donnez-nous quelques exemples de femmes que vous auriez choisies parmi les vivantes.

« J’aime beaucoup Lise Watier. C’est une femme fière qui n’a jamais trahi ses racines malgré son succès en affaires. Janette Bertrand aussi (qui signe d’ailleurs la préface du livre), pour la fraîcheur éternelle qu’elle garde en elle et sa prolifique carrière qui se poursuit. C’est un beau modèle pour les gens plus âgés comme nous. » 


Parmi ces 60 portraits de femmes exceptionnelles, nous avons sélectionné des extraits des portraits de 25 femmes trop peu connues dont nous avons découvert avec fascination le parcours unique. 

Carrie Derick  

Gilles Proulx
Photo Watson Davis, 1924

Naissance : 1862 

Décès : 1941

Emploi : première femme professeure au Canada, fondatrice du département de génétique de l’Université McGill et botaniste

En 1884, lorsque l’Université McGill ouvre ses portes aux femmes, cette « Marie Curie québécoise » anglophone s’y est inscrite et a excellé. Elle y est devenue professeure et s’est forgé une réputation internationale. En 1929, elle a reçu le titre de professeur émérite. 

Marcelle Ferron  

Gilles Proulx
Photo courtoisie Pierre Longtin

Naissance : 1924 

Décès : 2001

Emploi : artiste visuelle (peintre, sculpteure et verrière)

Perçant les frontières du Québec, son talent a d’abord été reconnu à l’étranger, notamment à Paris (où elle ira s’établir) et à New York. Elle a été la première femme à avoir signé le célèbre manifeste du Refus global de Paul-Émile Borduas.  

« Je l’ai rencontrée en voyage sur l’île d’Hydra, en Grèce, et j’avais adoré discuter de la vie avec elle. »

Ida Steinberg  

Gilles Proulx
Photo d’archives de la Bibliothèque publique juive de Montréal

Naissance : 1883 

Décès : 1942

Emploi : fondatrice de l’épicerie Steinberg

La première épicerie Steinberg du boulevard Saint-Laurent, c’est cette mère monoparentale de six enfants qui l’a fondée en 1917. « Elle aura un pif à l’égard des Canadiens français sans argent et dans la misère pendant la crise en créant une sorte de crédit et en innovant avec des prix fixes, puis des rabais. C’était une sociologue du 20e siècle. » 

Judith Jasmin  

Gilles Proulx
Photo courtoisie Radio-Canada / Les archives / Le Journal de Montréal

Naissance : 1916 

Décès : 1972

Emploi : journaliste télé

Parfait modèle de la grande reporter, elle a fait le tour du monde et a interviewé les plus grands (Orson Welles, Ionesco, Marguerite Duras, Anne Hébert, Le Corbusier, Hergé...) « Une femme extraordinaire, un grand reporter et une langue de qualité », explique Gilles Proulx, fier lauréat du grand prix de journalisme Judith-Jasmin.   

Idola Saint-Jean  

Gilles Proulx
Photo d’archives de la ville de Montréal

Naissance : 1879 

Décès : 1945

Emploi : journaliste, éducatrice et féministe

Actrice de formation, maître de diction, elle a enseigné l’art de bien parler le français (au Monument National entre autres) à plusieurs générations de Québécois. La cause de sa vie ? Le suffrage féminin. 

Émilie Gamelin  

Gilles Proulx
Photo d’archives, Le journal

Naissance : 1800 

Décès : 1851

Emploi : religieuse et fondatrice des sœurs de la Providence de Montréal

Femme d’une grande dévotion, elle a passé sa vie à aider les miséreux et les laissés-pour-compte. Elle a fondé l’Asile des femmes âgées et infirmes, et, lorsqu’elle est devenue sœur, l’ordre des Filles de la Providence. Elle est aussi fondatrice d’écoles et instituts pour sourds et muets et de maisons de retraite pour les prêtres âgés. 

Marie Sirois  

Gilles Proulx
Photo courtoisie

Naissance : 1865 

Décès : 1920

Emploi : femme forte

Elle se proclamait elle-même la femme la plus forte du monde. Marie Sirois s’est donnée en spectacle jusqu’à l’âge vénérable de 50 ans.  

Pauline Donalda  

Gilles Proulx
Photo Library of Congress

Naissance : 1882 

Décès : 1970

Emploi : chanteuse d’opéra

Cette cantatrice québécoise est devenue célèbre auprès de l’élite européenne (dont Paris), puis à New York. De retour au Québec, elle a fondé, en 1941, la Guilde de l’opéra de Montréal, qui a semé l’idée de l’Opéra de Montréal dans la tête d’un certain Jean Drapeau. 

Pauline Julien  

Gilles Proulx
Photo d’archives, Le journal

Naissance : 1928 

Décès : 1998

Emploi : chanteuse et militante 

« Avec elle, on entre dans la modernité bagarreuse », explique Gilles Proulx qui a eu la chance d’interviewer « La Renarde » à plusieurs reprises. Compagne de route de Gérald Godin, la chanteuse de L’âme à la tendresse et de Mommy a placé la cause de l’indépendance du Québec au cœur de sa vie. 

Juliette Béliveau  

Gilles Proulx
Photo d'archives, Le Journal

Naissance : 1889 

Décès : 1975

Emploi : actrice et chanteuse 

Théâtre, chanson, radio, animation, cinéma... : elle a rayonné dans toutes les disciplines où elle a exercé ses talents pendant 70 ans.

Rose-Anna (Giroux) Vachon  

Gilles Proulx
Photo courtoisie Tourisme Sainte-Marie

Naissance : 1877 

Décès : 1948

Emploi : fondatrice de la boulangerie Vachon

Avec son mari, Joseph-Arcade, elle a fondé la boulangerie à l’origine des petits gâteaux Vachon. 

Jehane Benoît  

Gilles Proulx
Photo d’archives, Le journal

Naissance : 1904 

Décès : 1987

Emploi : gastronome, cuisinière, écrivaine, animatrice de radio et animatrice de télévision

Elle a consolidé et révolutionné les traditions culinaires du Québec en y introduisant la gastronomie venue d’Europe et du monde entier. Fait intéressant : elle était diplômée de la Sorbonne où elle est devenue « chimiste en alimentation ».

Émilie Fortin-Tremblay  

Gilles Proulx
Photo d’archives, Le Journal

Naissance : 1872 

Décès : 1949

Emploi : aventurière et première femme blanche à avoir traversé le col de Chilkoot (à la frontière de l’Alaska et de la Colombie-Britannique)

Figure mythique du Yukon, cette petite fille du Lac-Saint-Jean a participé à la ruée vers l’or avec son mari, puis est devenue la « mère des missionnaires » en les accueillant à Miller Creek. 

Viviane Vachon  

Gilles Proulx
Photo d’archives, Le Journal

Naissance : 1951 

Décès : 1991

Emploi : lutteuse professionnelle 

Cette lutteuse professionnelle – de son vrai nom Diane – était la sœur de Maurice « Mad Dog » et de Paul Vachon. Vedette de la lutte aux États-Unis, elle a aussi été intronisée au Temple de la renommée de ce sport. 

Henriette « Fadette » Dessaulles  

Gilles Proulx
Photo Studio William Notman, BANQ

Naissance : 1860 

Décès : 1946

Emploi : journaliste 

La première femme journaliste au Québec a écrit de multiples chroniques pour divers journaux, dont Le Devoir où elle écrivait sous le pseudonyme de Fadette.  

Yvette Charpentier  

Gilles Proulx
Photo courtoisie, Radio-Canada

Naissance : 1901 

Décès : 1976

Emploi : syndicaliste

« Elle a commencé à travailler à l’âge de dix ans et était à l’origine d’une des plus importantes grèves de femmes dans le domaine du textile », explique Gilles Proulx. Surnommée « la grande dame des midinettes », elle a été l’une des syndicalistes les plus influentes de l’histoire du Québec.

Madeleine Parent  

Gilles Proulx
Photo d’archives, Le Journal

Naissance : 1918 

Décès : 2012

Emploi : syndicaliste et féministe québécoise 

Issue de l’élite, elle a tenu tête aux pouvoirs, a étudié à l’Université McGill et, constatant les inégalités et le mauvais traitement réservé « au petit monde », a donné à sa vie une vocation syndicale. « Une communiste (pour des raisons idéologiques face à un pouvoir capitaliste écrasant) qui allait à contre-courant. Elle est allée plusieurs fois en prison pour améliorer le sort des femmes. » 

Sylvia daoust  

Gilles Proulx
Photo courtoisie Musée national des beaux-arts du Québec

Naissance : 1902 

Décès : 2004

Emploi : sculptrice

C’est à cette sommité de la sculpture québécoise que l’on doit, entre autres œuvres d’art religieux, la statue du frère Marie-Victorin au Jardin botanique de Montréal. Artiste créatrice de dizaines de saints et de madones, de portraits, de bustes, de médailles, de sculptures sur bois, sur pierre ainsi que de bronzes, elle a été professeure émérite de l’École des Beaux-Arts de Québec et de Montréal et a récolté presque tous les honneurs. 

Lucille Teasdale  

Gilles Proulx
Photo d’archives, Le Journal

Naissance : 1929 

Décès : 1996

Emploi : médecin et chirurgienne-pédiatre

« Dre Lucille » a travaillé en Ouganda jusqu’à sa mort, pays où elle et son mari ont consacré une grande partie de leur vie à œuvrer à l’hôpital de Lacor.  

Marie Gérin-Lajoie  

Gilles Proulx
Photo BANQ

Naissance : 1890 

Décès : 1971 

Emploi : travailleuse sociale, fondatrice d’une communauté religieuse et pionnière du service social dans le milieu francophone au Québec

Première femme à avoir décroché un baccalauréat dans une université francophone québécoise et formée aux États-Unis en travail social, elle a consacré sa vie aux plus démunis. Devenue religieuse, elle a fondé l’ordre de l’Institut Notre-Dame-du-Bon-Conseil. Professeure, elle a aussi créé le programme de travail social à l’Université de Montréal. 

Maud Watt  

Gilles Proulx
Photo courtoisie, Musée McCord

Naissance : 1894 

Décès : 1987

Emploi : garde-chasse, aventurière, militante écologique 

Première femme garde-chasse du Québec et première Blanche à traverser la province du nord au sud, elle a entre autres travaillé à sauver les populations de castors menacées d’extinction dans le Grand Nord. Elle et son mari recevaient et venaient en aide à tous ceux qui se présentaient au poste de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson où ils vivaient.

Irma Levasseur  

Gilles Proulx
Photo BANQ

Naissance : 1877 

Décès : 1964

Emploi : médecin et fondatrice de l’hôpital Sainte-Justine et de l’hôpital de l’Enfant-Jésus

Forcée d’aller étudier la médecine aux États-Unis (les institutions canadiennes de l’époque refusant d’accueillir une femme, encore moins en médecine), elle est revenue au pays pour fonder en 1907 le premier hôpital pour enfants, plus tard connu sous le nom de Sainte-Justine. Elle s’est fait mettre à l’écart de son propre hôpital, a rejoint la Croix-Rouge en Serbie, puis est revenue fonder l’Hôpital de l’Enfants-Jésus à Québec avec son argent personnel. « Il faut faire un film sur sa vie ! »

Germaine Guèvremont  

Gilles Proulx
Photo Conrad Poirier, 27 octobre 1946, BANQ

Naissance : 1893 

Décès : 1968

Emploi : écrivaine, autrice du célèbre roman Le Survenant

Elle a été la première écrivaine du terroir à dépeindre avec justesse les gens ordinaires et leur campagne. « Elle nous a fait découvrir un patrimoine qui était mal vu. Elle a tenu le coup, elle a imposé sa plume et a contribué à notre histoire. »

Marcelle Gauvreau  

Gilles Proulx
Photo d’archives du Jardin botanique de Montréal

Naissance : 1907 

Décès : 1968

Emploi : naturaliste, enseignante, autrice 

En initiant des milliers d’enfants à l’histoire naturelle (en fondant des écoles de botanique pour enfants), en écrivant des livres, en formant des enseignants et en publiant de nombreux articles de vulgarisation dans divers journaux, elle a « jeté les fondations de notre conscience écologique et de notre amour de la forêt ».

Ethel stark  

Gilles Proulx
Photo d’archives de la Bibliothèque publique juive de Montréal

Naissance : 1910 

Décès : 2012

Emploi : violoniste, cheffe d’orchestre et fondatrice de la Symphonie féminine de Montréal 

La première cheffe d’orchestre internationale est parvenue à « percer une brèche dans le monde très masculin de la musique classique ». En jouant de son Stradivarius Molitor de 1967 tout d’abord, puis en devenant cheffe d’orchestre. Première Canadienne à s’être produite comme soliste dans une émission diffusée aux États-Unis (1934), elle y a aussi fondé l’Orchestre de chambre féminin de New York (1938). « Pour réussir à créer son orchestre féminin, il lui a fallu former des musiciennes pour les instruments traditionnellement masculins, car les femmes se cantonnaient alors au violon et au piano. »