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Les routes dangereuses du Québec : impuissants face au ministère

Des maires déplorent de ne pas pouvoir en faire plus pour améliorer la sécurité de certains tronçons routiers

Patrick Charbonneau
Photo Pierre-Paul Poulin Las d’attendre que le ministère des Transports sécurise des intersections dangereuses, le maire suppléant de Mirabel, Patrick Charbonneau, a fait installer des pancartes pour enjoindre à la population d’être prudente.

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Mauvaise collaboration, dossiers qui traînent, manque de sensibilité... Le ministère des Transports du Québec est parfois perçu par certains maires comme un obstacle plutôt qu’un partenaire afin de sécuriser nos routes.

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Malgré les accidents, les morts et les recommandations des coroners, des élus disent peiner à faire bouger l’imposante machine qu’est le ministère.

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« On a eu deux décès à la même intersection en 2019, deux jeunes. Et pourtant, depuis 2014 qu’on réclame d’assurer la sécurité à cet endroit, explique le maire suppléant de Mirabel, sur la Rive-Nord de Montréal, Patrick Charbonneau, même avec des morts, rien ne bouge. »

Deux rapports de coroner ont souligné que des modifications pourraient être apportées à l’intersection de la route 148 et du rang Saint-Étienne, comme le révélait Le Journal cet été. Ils suggèrent une réduction de la vitesse maximale, l’installation d’un feu de circulation ou l’ajout d’un terre-plein.

Toujours « à l’étude »

Le ministère des Transports du Québec (MTQ) explique avoir mis des panneaux d’interdiction de stationnement près de l’intersection et demande aux policiers de surveiller l’endroit. 

Des bordures de béton et des panneaux de signalisation seront installés cet automne en tenant compte des recommandations des coroners, précise le porte-parole du MTQ, Nicolas Vigneault. Un projet de réaménagement de l’intersection est toujours à l’étude et fera l’objet d’une rencontre en novembre.

« Mais à l’étude... il va falloir combien de morts ? » réplique Sylvie Lacombe, dont le fils Danny Magnan est mort quelques jours après avoir été happé par un camion-benne en sortant de la station-service le 23 avril 2019.

On voit l’intersection de la route 148 et du rang Saint-Étienne, où deux jeunes hommes sont morts à quatre mois d’intervalle. Jake Paquette-McLeod a notamment perdu la vie le 22 août 2019 après que sa voiture a été emboutie par une bétonnière.
Photo d'archives, Martin Alarie
On voit l’intersection de la route 148 et du rang Saint-Étienne, où deux jeunes hommes sont morts à quatre mois d’intervalle. Jake Paquette-McLeod a notamment perdu la vie le 22 août 2019 après que sa voiture a été emboutie par une bétonnière.

« On se sent tellement impuissant de se battre contre cette machine-là », poursuit-elle, la voix traversée par l’émotion.

Excédée, la Ville de Mirabel a même installé des pancartes pour avertir ses citoyens d’être extrêmement prudents, d’ici à ce que le ministère agisse. 

La route 158 dans le secteur Saint-Canut pose aussi problème et une intersection doit être réaménagée. 

  • Écoutez le témoignage d'Olivier Hayden qui a perdu sa conjointe dans un accident de la route sur QUB Radio:

« Ça fait trois ans qu’on est là-dessus et on n’a pas encore donné un coup de pelle parce qu’il y a toujours de nouvelles normes. Plus on attend, plus ça coûte cher », dit M. Charbonneau.

Prêt à payer 

La municipalité se dit prête à exécuter des travaux et même à les payer. Mais elle attend toujours l’autorisation du ministère.

« On n’a pas autant de communications qu’on voudrait. On a de difficulté à avoir des retours [...] c’est toujours pelleté par avant », ajoute le maire suppléant. 

Le MTQ dit pourtant avoir eu une dizaine de rencontres avec la Ville cette année.

L’exemple de Mirabel est loin d’être un cas isolé. En 2018, Le Journal avait d’ailleurs démontré après une analyse de 1300 rapports de coroners que plusieurs recommandations n’étaient pas appliquées par le ministère. 

Un des pires bilans

Avec une population de 57 000 habitants et 115 accidents graves qui ont fait 31 morts et 101 blessés sérieux entre 2014 et 2019, Mirabel affiche un des pires bilans routiers au Québec. Et 75 % des collisions (toute gravité confondue) survenues à Mirabel sont sur des routes du MTQ.

« Il faut qu’il [le ministère] prenne conscience de toutes les croix en bordure des routes. Ces croix ont des noms, ce sont des vies volées », insiste Mme Lacombe.