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Le télétravail restera après la pandémie

Les directeurs des ressources humaines au Québec constatent déjà les changements dans leur entreprise

Manon Poirier, Ordre des CRHA
Photo courtoisie Manon Poirier, directrice générale de l’Ordre des CRHA.

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Télétravail, recrutement à distance, réunion sur Zoom... La pandémie a bouleversé le monde du travail, c’est le moins que l’on puisse dire. 

Face à du jamais-vu, des entreprises ont dû adapter leurs pratiques de gestion. Que restera-t-il des nouvelles façons de travailler mises en place ? Quelles sont les leçons apprises durant la première vague qui serviront pour l’avenir ? 

C’est à ces questions que l’Ordre des CRHA (conseillers en ressources humaines agréés) a voulu répondre en menant un vaste exercice de concertation auprès de différents acteurs du monde du travail : recruteurs, employeurs et experts. 

« On a voulu savoir quelles pratiques devraient perdurer et quelles sont celles où il faudra porter plus d’attention, explique Manon Poirier, directrice générale de l’Ordre des CRHA. On a ainsi pu établir des pistes d’action pour aider les organisations à faire face à la transformation du travail. » 

Même après le confinement, le télé-travail risque-t-il de se poursuivre pour de bon ?

Partager le pouvoir

Un des premiers constats concerne le rôle du gestionnaire. La microgestion, c’est fini pour de bon. Pour rallier ses troupes, le patron doit démontrer de la confiance, favoriser l’autonomie et la responsabilisation. 

« La pandémie est venue renforcer l’importance de savoir déléguer et de redescendre le pouvoir de décision à l’équipe, explique Mme Poirier. Les gestionnaires qui ont su le faire ont eu du succès durant la crise sanitaire pour maintenir la loyauté et le contact avec les employés. »

Pour être promu à un poste de gestion, il faudra plus que des compétences techniques. 

« Les organisations devront être prêtes à sacrifier l’expertise au profit de compétences humaines qui seront plus importantes que jamais », ajoute-t-elle. 

Communiquer autrement

Savoir écouter et bien communiquer deviennent des atouts incontournables pour les gestionnaires, d’autant plus quand l’équipe travaille à distance. 

« Le télétravail est là pour rester. Les entreprises devront l’offrir pour rester attractives. Il faut toutefois réinventer la façon de communiquer entre patrons et employés », explique Dominic Lévesque, président de groupe chez Randstad Canada. 

« En télétravail, on perd le contact direct avec les collègues. Il reste le courriel ou le chat, mais la réponse n’est pas aussi instantanée. Il faut donc vivre avec l’attente, ce qui force parfois à revoir ses priorités », ajoute-t-il. 

Le travail à distance pose un autre grand défi : comment préserver la culture de l’entreprise dans ces nouvelles conditions ? 

« Ça semble futile, les conversations autour de la machine à café, mais c’est ce qui cimente une organisation, affirme Mme Poirier. La culture se maintient plus facilement quand les employés développent des liens. Il faut donc trouver des façons de connecter les gens en prévoyant, par exemple, des 5 à 7 virtuels. Il s’agit d’envoyer le message que c’est important de parler d’autre chose que le travail. » 

Santé psychologique plus à risque

Avec la pandémie, la santé psychologique des troupes devient une préoccupation de premier plan. 

« La crise vient rajouter une couche de difficulté sur une situation déjà criante, affirme Manon Poirier. Si les entreprises arrivent à bien identifier les risques liés à la santé physique, elles doivent être prêtes à identifier ceux qui viennent avec la charge de travail, l’approche de gestion et la clarté des tâches. » Tous des éléments qui viennent miner la motivation et le moral des employés. 

« Les organisations doivent accélérer le rythme des communications et avoir des conversations plus transparentes sur des sphères personnelles, dans le respect de ce que les gens veulent partager, conseille Mme Poirier. Ce sont des pratiques à maintenir, pandémie ou non. »