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Ras-le-cul

Collège Saint-Sacrement
Photo d'archives Que prouvent les filles avec leurs jupes écourtées ?

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Parlons la langue de 2020. Voilà encore une fois la longue plainte des filles des collèges privés ou publics à propos des codes vestimentaires dont elles seraient les victimes.

Cette semaine, des garçons du Collège Jean-Eudes, à Montréal, ont pris une initiative pour appuyer leurs consœurs qui se plaignent d’être discriminées par la longueur de leur jupe. Ces jeunes snoreaux ont à leur tour revêtu des jupes. Résultat ? Ils sont devenus des vedettes de la mâlitude progressiste et se sont retrouvés dans tous les médias traditionnels et sociaux. 

Mal leur en prit puisque des filles, dont des anciennes du Collège Jean-Eudes, dénoncent l’hypocrisie du collège. Pourquoi ? Parce qu’il existerait dans nombre d’établissements une « chasse aux jupes courtes ». 

Bonne mesure

Les filles n’ayant pas toutes le sens de la mesure se présentent en classe avec des jupes qui cachent à peine leur sous-vêtement. Les militantes revendiquent donc le droit de contrôler leur corps. 

Comme elles le disent, c’est leur droit (qui n’est pas inscrit dans la charte, tout de même) de fixer la longueur acceptable de leur jupe. 

On suppose aussi que certaines sont des spécialistes du dégrafage de boutons de leur chemisier. Cela pour affirmer leur moi féminin sans égard aux garçons qui n’étant pas aveugles seraient distraits et y perdraient même leur concentration intellectuelle.

Dans l’école publique des Sentiers, à Charlesbourg, des filles ont décidé, elles, dans un élan de créativité vestimentaire, de porter des robes très courtes afin de dénoncer ainsi l’hypersexualité dont elles sont prisonnières dans la société d’aujourd’hui.

Une étudiante, exigeant l’anonymat par peur de représailles (!), s’est confiée au Devoir jeudi. Elle a raconté à la journaliste que des surveillants sont entrés dans sa classe avec des règles pour mesurer la longueur des robes. Ensuite, la direction a sommé les délinquantes de rentrer à la maison se changer, sinon de rester chez elles. D’où la remarque de la gamine : « Empêcher les filles de porter certains vêtements parce que ça déconcerte les garçons, c’est ridicule ! » 

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Réalité brutale

On sait que des plus radicales croient qu’en théorie, une fille devrait pouvoir se promener nue dans la rue sans qu’un testostéroné la regarde fixement ou pire, cherche à la frôler. Car trop de jeunes filles endoctrinées, dirait-on, sont décrochées de la réalité brutale. À savoir que le corps d’une femme n’est pas neutre, il est sexué. De même que le regard masculin sur la femme n’est pas indifférent.

Ces enfantillages autour des codes vestimentaires rendent les filles encore plus vulnérables. Incroyable que l’on doive marteler que l’égalité des hommes et des femmes ne veut pas dire que leurs corps sont pareils physiquement et sexuellement. Le corps de la femme est un objet de séduction. Il est décourageant d’avoir à répéter cette vérité de La Palice.

La force de la femme est de savoir user de sa séduction sur l’homme et vice-versa. Pourquoi, grands dieux, revendiquer comme un droit de s’exhiber avec des jupes à ras le cul ? Pourquoi mener des combats aussi ridicules alors que tant d’inégalités sociales, financières, psychologiques doivent être combattues pour sortir les filles de l’état de victimisation, pour leur apprendre la confiance, l’estime d’elles-mêmes, ces tremplins qui les font accéder à l’égalité, donc à la liberté.