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Service de police de Lévis: le président du syndicat se dit «humilié» par le chef

Le président du syndicat des policiers de Lévis, Marc Allard
Photo d'archives Stevens Leblanc Le président du syndicat des policiers de Lévis, Marc Allard

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Le président du syndicat des policiers de Lévis s’est dit «humilié» par ce qu’il considère comme une mesure de représailles du chef de police à la suite d’une entrevue qu'il a accordée à une journaliste.

Marc Allard a témoigné, vendredi, devant le Tribunal administratif du travail (TAT), à Québec, à la suite d’une plainte qu’il a formulée au début 2020. Il estime avoir été victime de représailles de la part du chef du Service de police de la Ville de Lévis (SPVL), Michel Desgagné, en raison d’une entrevue accordée au Journal dans le cadre de ses activités syndicales. Dans celle-ci, il critiquait la réorganisation de la direction, qui ajoutait un inspecteur dans le service. Les policiers venaient de signer une convention dont les négociations avaient été «ardues», a-t-il contextualisé.   

«J’étais déçu. [...] On a dû couper 150$ de vêtements aux policiers, on grattait les fonds de tiroirs. Ça a été la solution pour arriver à attacher la convention collective.» Il déplorait, dans cette entrevue, que l’ajout d’un cadre dans ce contexte était illogique.  

«En pénitence»

Quelques jours après l'entrevue, on l'a forcé à s'installer à une table de conférence, sans connexion au réseau internet et sans téléphone, et il a dû y passer les 10 jours suivants, alors que d'autres bureaux fonctionnels étaient libres. Selon lui, le directeur Desgagné n'a pas aimé qu'il s'adresse à la journaliste. «C’était clair parce que je venais de parler à la journaliste et que lui a eu une demande d’entrevue après.»  

«On m’a obligé à aller dans le coin en pénitence sur une table de conférence. [...] J’ai jamais été humilié de même. J’aurais lâché la police drette là.» 

Le chef Desgagné a assisté à l’audience, mais n’a pas témoigné vendredi. Il niera toutes représailles, a annoncé l’avocat de la Ville de Lévis, Sébastien Gobeil. Ce dernier a tenté de démontrer que M. Allard utilisait un pattern en se plaignant souvent de représailles.  

Le juge Christian Drolet a tranché que ce n’était pas pertinent. «Il aurait pu se plaindre 100 fois à tort d’être victime de représailles, cela ne veut pas dire qu’il n’a pas raison cette fois-ci», a-t-il dit en substance. 

Nouvel inspecteur

Il avait été décidé par la direction, quelques jours avant l’entrevue à la journaliste, que M. Allard devait quitter le bureau fermé qu’il occupait depuis des années pour laisser la place au nouvel inspecteur, Éric Lemelin. Ce dernier a témoigné hier. Il a confirmé que le chef a fait un lien entre l’entrevue et le déplacement du sergent à une table de conférence.  

«Le directeur est venu dans mon bureau pour m’aviser qu’il refusait l’agencement [la réorganisation des meubles de bureau] que le sergent Allard lui proposait. Il a dit que l’histoire de la journaliste ne passait pas. Qu’il y avait une ouverture [avant], mais à cause de ça, ça ne passait plus et que le sergent Allard s’en allait à la table de conférence jusqu’à ce qu’on installe le bureau qui était en commande», a témoigné sous serment le haut-gradé. 

M. Lemelin a déploré que les choses en soient rendues là. «Mon souhait, c’était que M. Desgagné fasse en sorte que quand moi, j’arrive en fonction, que j’aie pas à gérer une crise pour un nouveau bureau. C’est pas ça qui est arrivé. J’ai eu à gérer une crise qui n’aurait jamais dû se passer. Et là, on se retrouve là, devant vous, monsieur le président. Si le plan avait été accepté, peut-être qu’on ne serait pas là. C’est ça que je voulais éviter.» 

Climat de «peur»

Selon Marc Allard, M. Desgagné, avec qui il a toujours eu une «bonne relation», subissait de la pression de son état-major, en raison du double chapeau qu'il portait comme sergent et comme président du syndicat. Cette pression venait, selon lui, du directeur adjoint François Dubé. «Le directeur me disait: Je peux pas perdre contre le syndicat. C'est rendu qu'il y a des paris pour savoir qui va gagner, si tu gardes ton local.»  

M. Allard parle d’un climat de «peur» dans le service de police. Il estime que les employés ont «tous peur des représailles». Il a souligné qu’une inspectrice a formulé une plainte pour harcèlement contre MM. Desgagné et Dubé récemment. Il a aussi mentionné le cas de l’enquêteuse France Béland, qui est devant le TAT pour une plainte de harcèlement contre ses supérieurs.  

Le dossier reviendra devant le TAT d’ici le mois de décembre.