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Une chicane inutile

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Photo d'archives, AFP

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L’idée de créer des normes nationales pour les centres de soins de longue durée peut paraître séduisante. Si seulement elle était réaliste.

Pire, jusqu’à présent, elle ne crée que d’inutiles tensions dans la fédération.

Qu’à cela ne tienne, Justin Trudeau tient mordicus à imposer aux provinces des standards de services dans ce qu’on appelle ici les CHSLD. 

François Legault, Doug Ford et d’autres ont beau lui dire que la santé relève de la compétence des provinces. Justin Trudeau persiste. 

« Je respecte tout à fait les champs de compétences des provinces, mais quand on parle de dignité et de santé — et surtout de la vie des gens —, il n’y a pas de champs de compétences. On doit tous travailler ensemble pour s’assurer que nos aînés sont protégés », a-t-il fait valoir en point de presse, hier.

Rumeurs

On en sait encore très peu concernant le plan du fédéral. 

Des rumeurs font état d’un salaire de base national pour les préposés, ou encore de l’interdiction pour les employés de travailler dans plus d’un établissement, afin de prévenir la propagation des virus. 

Parenthèse : 

Le Québec a complètement échoué en la matière. Encore à ce jour, des infirmières, entre autres, se promènent de CHSLD en CHSLD. 

Ce double emploi a été interdit en Colombie-Britannique dès le début de la pandémie, avec les succès que l’on connaît. 

Fin de la parenthèse.

En matière de santé, les provinces souhaitent avant tout un réinvestissement massif et sans condition du fédéral, à hauteur de 28 milliards $ dès l’an prochain. 

Il est hautement improbable que leur vœu soit exaucé. Le montant semble irréaliste. Et pour Ottawa, pas question de signer un chèque en blanc.

Alors quoi ? 

Alors si le passé est garant de l’avenir, l’idée d’imposer des standards nationaux ne mènera nulle part.

D’abord parce que le fédéral n’a aucun pouvoir en matière de santé, à part celui de dépenser. 

Tout ce qu’il peut faire, c’est de signer des chèques aux provinces, en essayant d’y rattacher des conditions.

La dernière fois, lorsqu’il était question de santé mentale et de soins à domicile, Ottawa avait récolté un succès mitigé.

Des provinces, dont le Québec, avaient réussi à faire à peu près disparaître les ficelles rattachées à l’argent qu’Ottawa faisait miroiter. 

Comme pour sauver la face, après un long bras de fer, les deux parties ont soutenu que de toute façon, ils partageaient les mêmes priorités.

Exaspérés 

Il est bien possible que l’histoire se répète et que les fameuses normes nationales se transforment en investissements ciblés négociés avec les provinces.

Les besoins dans les centres de soins de longue durée du pays ne manquent pas.  

Québec, par exemple, aura besoin de sous pour payer les milliers d’employés qu’il compte ajouter dans le réseau des CHSLD.

Ces chicanes de compétences ont de quoi exaspérer le citoyen moyen qui ne souhaite qu’une chose : en avoir pour son argent, surtout quand il est question de la sécurité de nos aînés.