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Les bonbons avant les légumes

Photo prise pré-confinement
Photo courtoisie Photo prise pré-confinement

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Les petits monstres et les grands zombies pourront passer l’Halloween. Voilà une bonne nouvelle pour ceux n’ayant aucune crainte de «celui dont on ne doit pas prononcer le nom». Mais les temps restent durs pour tous les amateurs de celle qu’on appelle la cohérence.

Certes, il s’agit d’une fête pour les jeunes. Ils seront heureux. Et si les enfants sont heureux, les parents seront heureux. Maintenir cet événement aura sûrement un effet positif sur les troupes. Cela aidera à «contrôler» la grogne populaire et à maintenir une certaine popularité politique.

Pour le 31 octobre, le gouvernement nous donne un bonbon.

Par contre, il a un goût amer.

Fête commerciale

L’Halloween est «la deuxième fête où les Canadiens dépensent le plus, après Noël, avec près de 1 G$ en achats tant dans les confiseries que dans les costumes et autres décorations». Les cinq plus grandes entreprises de sucreries vendent 55 000 tonnes de bonbons et de chocolats pendant cette période. Bref, il s’agit surtout d’un gros party en l’honneur de la surconsommation. Comme le dit mon collègue Claude Villeneuve, «les gens ne peuvent toujours pas aller voir leurs parents ou recevoir leurs amis, mais ils peuvent aller travailler et magasiner. On a le droit de dépenser, mais pas de se socialiser».

Mes trois enfants pourront donc parcourir le quartier, ramasser des friandises chez une cinquantaine de voisins et ramener ce trésor à la maison.

Une bonne idée? Ça me semble discutable. J’ai un certain malaise avec le message envoyé à la population... et j’ai un malaise certain avec l’incohérence de cette décision lorsque je vois toutes les restrictions à l’école.

On m’annonce que je peux passer l’Halloween, mais je ne peux toujours pas brûler des calories en pratiquant un sport. Je ne peux toujours pas faire d’activités parascolaires ou encore vivre des sorties éducatives. En zone rouge, on reste dans sa classe.

Gaspillage douloureux

À l’automne, plusieurs écoles de ma région organisent une sortie chez Les Moissonneurs Solidaires.

Vous connaissez ce projet humanitaire?

«En 2006, sur les terres agricoles de sa propriété, l’organisme à but non lucratif Défi Jeunesse Québec a mis de l’avant, en partenariat avec Moisson Québec, un projet de production maraîchère afin de répondre aux besoins grandissants des banques alimentaires, tout en impliquant et en valorisant les résidents du centre.» Cet organisme a trois missions:  

  • Développer une alternative d’approvisionnement en légumes frais au profit des banques alimentaires;  
  • Accroître, en volume et sur une plus longue période de l’année, la consommation de légumes chez les personnes en situation de pauvreté;  
  • Aider des personnes en difficulté à réintégrer leur place en société à travers des travaux agricoles.    

Chaque année, des groupes d’élèves participent bénévolement à la récolte des légumes. Une sortie à l’extérieur, les bottes – et les mains – dans la terre... Un effort physique qui réchauffe l’âme. Les jeunes ont la satisfaction de voir le résultat de leur travail. Ils développent des qualités comme l’empathie, la collaboration, le respect, le partage, l’entraide et la solidarité.

Pas cet automne.

J’ai discuté avec monsieur Lussier, le directeur général du centre. La fin des sorties éducatives fait mal à son organisme. Ramasser tous les légumes s’avère un défi colossal avec plus de 700 élèves fantômes dans ses champs. Dans un contexte où les banques alimentaires souffrent déjà, voilà un véritable drame.

Instruire et socialiser, c’est une grande part de la mission de l’école. Ça commence dans une classe, mais ça se poursuit avec les sorties éducatives et les activités parascolaires. Permettre certaines sorties capables d’aider au développement de belles valeurs chez nos élèves me semble un minimum. Même en zone rouge.

Plusieurs adultes demandent aux jeunes de faire des sacrifices en ces temps de pandémie. C’est bien de leur dire. Ça serait encore mieux de leur faire comprendre avec un peu de bénévolat.

Il est là, le manque de cohérence.

Vous pouvez ramasser et consommer des friandises en toute sécurité, mais vous ne pouvez pas cueillir des légumes pour aider ceux qui souffrent d’insécurité alimentaire.

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Les Moissonneurs Solidaires ont besoin de vous!