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«Chavirer» de Lola Lafon: magie sur scène et douleurs en coulisse

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Photo d'archives, AFP Lola Lafon

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Écrivaine maintes fois récompensée, musicienne de talent, danseuse de formation, la Française Lola Lafon est en lice pour plusieurs prix littéraires prestigieux cet automne, avec Chavirer, son nouveau roman. L’histoire de Cléo, une fille qui a 13 ans en 1984, raconte un rêve de faire carrière dans le monde de la danse... et l’envers du décor, beaucoup plus lourd et souffrant.

À la sortie d’un cours de danse, Cléo est abordée par une femme élégante qui lui propose de poser sa candidature pour une bourse. Délivrée par une certaine Fondation Galatée, cette rentrée d’argent lui permettrait de réaliser son rêve et faire carrière dans le modern jazz. 

Mais derrière la Fondation Galatée se cachent des personnes sans scrupules, qui ont bien d’autres visées pour elle. Un piège sexuel se referme sur Cléo qui, sans le savoir, entraîne d’autres jeunes filles dedans.

Les années 1990

Lola Lafon, en entrevue, explique qu’elle souhaitait d’abord faire un portrait de femme, et l’observer par toutes ses rencontres. Elle avait aussi envie de revenir sur les années 1990, d’une façon sociale et politique. Elle voulait aussi se pencher sur la notion de «victime coupable». 

«J’ai une légère inquiétude sur le fait que maintenant, il y a une sorte de place laissée aux victimes... mais pas toutes. C’est-à-dire qu’il faut encore être une victime exemplaire. Peut-être que mon esprit de contradiction fait en sorte que j’avais envie de laisser la place à quelqu’un qui n’arrive même pas à s’envisager comme victime.»

Lola Lafon rappelle que son premier roman parlait déjà de viol. «Je n’ai pas vraiment attendu #MeToo pour en parler. Ça fait 17 ans que j’ai écrit mon premier roman, et c’était le sujet. À la fois, je trouvais ça génial, ce mouvement, et ce qui m’inquiétait, je me disais, comment vont faire pour parler celles qui ont une histoire compliquée? De celles qui avaient trop bu? De celles qui étaient nues dans le lit de quelqu’un et qui après, ont dit non? Tous les récits compliqués de la vraie vie, quoi. Je m’inquiète vraiment des hiérarchies de victimes.»

Lola Lafon précise qu’elle s’intéresse également à la façon dont la parole survient dans une vie. «Je pense qu’il y avait aussi une envie de travailler sur le temps qui passe et le temps qu’il faut pour comprendre qu’un événement est arrivé.»

L’écrivaine, qui est aussi chanteuse et qui a fait carrière dans le monde de la danse dans la vingtaine, a été marquée par les années 1990. «J’étais ado à la fin des années 1980, mais les années 1990 ont été vraiment importantes pour moi parce qu’elles ont été mon éveil politique. C’est là que j’ai commencé vraiment à m’investir et à comprendre.»

Le monde de la danse

Lola Lafon connaît très bien le monde de la danse, dans lequel Cléo évolue. «C’était mon premier métier. Donc, j’ai été dans le monde de la danse jusqu’à 20-24 ans. Mais en revanche, je ne connaissais pas du tout le monde du modern jazz et encore moins celui des revues. Donc, j’ai été aidée par d’anciennes danseuses des ballets de Redha et des jeunes danseuses de revues qui m’ont vraiment aidée. Elles ont été super pour me faire voir les détails des coulisses, des habilleuses. Je me suis vraiment passionnée pour le divertissement.»

Lola Lafon a imaginé la Fondation Galatée et il n’y a pas de faits divers desquels elle s’est inspirée et qui ressemblent à ce qu’elle décrit. «J’ai juste pensé, quand je l’ai écrit, que le piège le plus terrible serait une fondation qui distribuerait des bourses à tout le monde. Et qui n’a pas envie d’être élue pour son projet?» 


♦ Écrivaine, Lola Lafon est l’auteure de La Petite Communiste qui ne souriait jamais, récompensé de nombreux prix, et de Mercy, Mary, Patty.

Chavirer est en lice pour de nombreux prix littéraires – il est notamment finaliste au second tour du prix Fémina, dans la catégorie Romans français.

♦ Lola Lafon est également musicienne et compte deux albums à son actif.

EXTRAIT  

<b><i>Chavirer</i></b><br/>
Lola Lafon<br/>
Éditions Actes<br/>
344 pages
Photo courtoisie
Chavirer
Lola Lafon
Éditions Actes
344 pages

«Les paillettes naissaient de ce qu’on tenait pour négligeable : elles avaient la beauté de l’incertitude. On opposait parfois à Cléo que tout ceci était de la pacotille, à l’image des colliers de strass reposant sur son plexus, ces verroteries rubis qui ceignaient sa taille.

Tout était faux, là résidait la beauté troublante de ce monde, rétorquait-elle. Les filles faisaient semblant d’être nues, elles surjouaient leur joie sur scène quatre-vingt-dix minutes durant, ça, c’est Paris, elles venaient d’Ukraine, d’Espagne ou de Clermont-Ferrand.»