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On est tous des colons

<strong><em>Bande de colons/Une mauvaise conscience de classe</em></strong><br>Alain Deneault<br>Lux Éditeur
Photo courtoisie Bande de colons/Une mauvaise conscience de classe
Alain Deneault
Lux Éditeur

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Alain Deneault se propose, dans ce nouvel ouvrage, de raconter la naissance du Canada. Des gens, « chassés » d’Europe « pour vagabondage, brigandage ou sédition, ou d’autres dans l’espoir d’améliorer leur sort matériellement », aboutirent ici au terme d’un voyage plus ou moins long par bateau. Aucune visée philanthropique au départ. Rien de très noble, selon lui. Seulement existaient l’appât du gain, l’amélioration des conditions de vie. Qu’on soit simple ouvrier, commerçant ou politicien, tous sont partie prenante de cette même entreprise : extraire les matières premières, les transformer, puis les consommer.  

Pour les besoins de la cause, en l’occurrence le Canada, se sont constituées trois catégories d’acteurs sociaux : le colonisateur, le colon et le colonisé. Ce dernier est constitué par ceux qui étaient ici avant nous, les Premières Nations, tandis que le colonisateur serait le patron, celui qui commande, celui qui engrange le fruit de notre travail, au départ les grandes familles britanniques. 

Pour ce qui est du colon, vous, moi et les autres, il est constitué par la majorité plus ou moins silencieuse, le peuple travailleur. Celui-ci « ne sait plus ce que signifie le fait qu’au Canada des lois votées à Londres pour lui conférer par à-coups une indépendance législative l’ont privé de toute responsabilité nationale et que l’expression “monarchie constitutionnelle” désigne par euphémisme son inchangée colonie ».

Le colon canadien

Deneault insiste donc sur cette différence entre colon et colonisé. Si Albert Memmi a bien tracé le portrait du colonisé et du colonisateur dans son célèbre ouvrage, il a négligé le colon, qui est placé entre l’arbre et l’écorce, pourrait-on dire.

Mais là où je ne suis plus d’accord, c’est lorsqu’il range les Canadiens français dans la catégorie des « sous-groupes », avec les Ukrainiens, les Sud-Américains, etc. 

Nous ne formons pas un peuple et ne sommes juste bons qu’à jouer les idiots utiles de la colonie. Cet enracinement de près de cinq cents ans aux côtés des Premières Nations serait illusoire, ne serait porteur d’aucun projet original. 

Pire, le chant Ô Canada, dont la musique fut écrite par Calixa Lavallé sur un poème de Basile Routhier, « un mauvais farceur », dixit Deneault, pour célébrer le Congrès national des Canadiens français le 24 juin 1880, ne serait qu’un « atterrant ersatz » du God Save The Queen !

En nous associant au colonisateur, Deneault fait de nous des spoliateurs de territoires, des génocidaires heureux. Il ignore notre histoire de métissage avec nos frères amérindiens et les pactes et traités signés avec eux. 

En fait, Deneault va et vient entre Canadiens et Canadiens français, sans trop faire de distinction, ce qui rend difficile la compréhension de son message. Nous serions les profiteurs et les patrons, ceux qui profitent du système colonial et ceux qui commandent, de même que ceux qui maintiennent les « colonisés dans des réserves ayant ensuite inspiré les architectes sud-africains de l’Apartheid ». 

Qui est ce « colon canadien » dont il parle ? 

Dans mon livre d’histoire à moi, il y a Canadiens français et Canadiens anglais ; Canadians et Québécois, deux entités bien différentes par leur culture, leur histoire, leur langue, leur religion. Je ne peux être associé à ce « colon canadien [qui] célèbre sa domination » sur les Premières Nations et qui ferait preuve de violence, d’ignominie et de veulerie.

Pour Deneault, l’histoire coloniale ne s’explique qu’en lien avec ses fins commerciales. En cela, elle serait condamnable. 

Manque de nuances

Loin de moi d’approuver tous les méfaits du colonialisme européen, mais des nuances s’imposent. 

Deneault oublie de préciser qu’à l’arrivée de Jacques Cartier, en 1534, « les nations indiennes de la vallée du Saint-Laurent se livraient déjà une guerre d’extermination qui pouvait avoir débuté au début du deuxième millénaire de notre ère, soit vers 1200 » (archivesdemontreal.ica-atom.org). On peut aussi lire, dans le texte fondateur de la Société de Montréal du 27 février 1642 que son « objet social » était de « bâtir pour loger des Amérindiens, défricher pour les nourrir, établir des écoles pour les instruire et un Hôtel-Dieu pour les soigner ». Beau programme pour des colonisateurs.

Avec ce réquisitoire implacable contre le Canada d’hier et d’aujourd’hui, l’auteur oublie cependant de distinguer le bon grain de l’ivraie. 

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