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Passer au vert, le nouvel «avantage concurrentiel» d’Unilever

Passer au vert, le nouvel «avantage concurrentiel» d’Unilever
Photo d'archives, AFP

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Poussé par des consommateurs de plus en plus exigeants, le géant de l’hygiène et de l’agroalimentaire Unilever se targue d’être un élève modèle sur les questions sociétales et environnementales, et multiplie les initiatives vertes sans toutefois convaincre les défenseurs de l’environnement.

Le groupe anglo-néerlandais, fabricant des glaces Ben & Jerry’s et des savons Dove, a pris soin de polir son image ces derniers temps, en agissant sur des problématiques comme le racisme et en affichant son ambition de «devenir l’entreprise la plus durable au monde».

Diviser par deux ses emballages plastiques d’ici 2025, éliminer les combustibles fossiles de ses produits d’entretien d’ici 2030, atteindre la neutralité carbone pour ses marchandises d’ici 2039... Les objectifs d’Unilever en matière d’environnement foisonnent et sont soigneusement mis en valeur.

Pourtant, derrière ces initiatives, la multinationale «reste un gros pollueur», dénonce Meike Rijksen, chef de projet spécialisée dans les déchets plastiques chez l’ONG Greenpeace aux Pays-Bas.

Les mesures prises par Unilever s’apparentent davantage au «greenwashing», estime la militante, laquelle pointe du doigt des solutions minimes quant au plastique.

«Nous reconnaissons qu’Unilever fait plus que la plupart des entreprises, mais c’est loin d’être suffisant», déclare Mme Rijksen à l’AFP.

Selon un rapport publié en octobre 2019 par Break Free From Plastic, une coalition mondiale d’ONG, le groupe figure en effet parmi les 10 principaux producteurs de déchets plastiques qui polluent la planète, se plaçant en quatrième position du classement derrière Coca-Cola, Nestlé et PepsiCo.

Greenpeace plaide notamment pour qu’Unilever, qui distribue les marques Knorr, Lipton et Magnum, investisse dans les matériaux renouvelables dans toutes ses activités et arrête d’utiliser du plastique à usage unique.

Un choix rentable

La volonté du groupe aux 400 marques d’asseoir sa réputation de compagnie verte transparaît également via ses récentes acquisitions, avec par exemple le rachat de la marque américaine de produits d’entretien respectueux de l’environnement The Laundress, et l'achat d’un «boucher végétarien» néerlandais, De Vegetarische Slager.

Un choix qui peut s’avérer rentable à l’heure où un changement tangible dans les habitudes de consommation s’opère.

Les compagnies qui font du climat leur priorité «peuvent aujourd’hui acquérir un avantage concurrentiel» dans des marchés en pleine évolution, explique à l’AFP Steven Tebbe, directeur général de CDP [anciennement Carbon Disclosure Project] en Europe.

Basée à Londres, cette organisation internationale est spécialisée dans l’impact environnemental des entreprises.

«Les consommateurs mais aussi les investisseurs et les grands acheteurs attendent de plus en plus des entreprises qu’elles soient transparentes et qu’elles assument la responsabilité de leurs impacts environnementaux», remarque M. Tebbe.

De son côté, Greenpeace redoute que la stratégie marketing du groupe embellisse son image dans les esprits des consommateurs.

«L’ensemble de leur modèle d’entreprise est toujours basé sur la destruction de l’environnement. En attendant, ils sont félicités au niveau international pour leur action en faveur de la durabilité. C’est inquiétant», lâche Mme Rijksen.

Montrer l’exemple

Au-delà des initiatives en faveur du climat, Unilever soigne son image en prenant position sur certains enjeux sociétaux.

Fin juin, la multinationale a annoncé mettre un terme à ses publicités sur Facebook, Twitter et Instagram aux États-Unis jusqu’à la fin de l’année au moins, reprochant aux géants des réseaux sociaux de ne pas assez lutter contre les contenus incitant à la haine.

Dans la foulée des manifestations antiracistes autour du mouvement Black Lives Matter, le groupe avait aussi déclaré qu’il allait rebaptiser ses produits de beauté comportant le mot «fair» (clair).

«Nous nous assurons que nos marques interviennent sur les problèmes qui préoccupent les consommateurs», affirme Marlous den Bieman, responsable en communication chez Unilever Benelux.

Le groupe, qui publiera ses résultats trimestriels jeudi, est par ailleurs engagé dans un programme zéro déforestation et une approche responsable pour choisir ses fournisseurs de viande, d'huile de palme et de soja.

M. Tebbe estime que toutes ces initiatives montrent «que l’action climatique est profondément intégrée dans [la] stratégie globale» du géant, qui peut avoir valeur d’exemple.

«Unilever est l’une des plus grandes entreprises de produits alimentaires et de consommation. Ils ont le pouvoir de marché d’apporter un changement fondamental à un système cassé», abonde Mme Rijksen, malgré ses réserves.

«Ils peuvent et devraient assumer cette responsabilité», encourage-t-elle.