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Poursuite de Martin Prud’homme contre l’État

Poursuite de Martin Prud’homme contre l’État
Photo d'archives Agence QMI, Dominick Gravel

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Il s’agit du récit d’un chef de police qui n’était pas «politique», puisqu’il est resté en poste malgré les partis politiques qui se sont succédé au pouvoir, contrairement à ses prédécesseurs. Il a été un exemple de droiture pendant plusieurs années, la preuve, on l’a même prêté au SPVM durant une crise pour qu’il remette les choses en ordre. 

Cependant, ses liens familiaux et amicaux auront peut-être eu raison de lui. Étant le beau-fils de Robert Lafrenière — ancien commissaire de l’UPAC, controversé, et ami de Guy Ouellette, le député qui fut arrêté par l’UPAC sans que des accusations suivent par la suite —, Martin Prud’homme semble payer très cher ses liens... Et un appel à la directrice du DPCP, Me Annick Murphy, afin de s’enquérir de la raison pour laquelle des enquêteurs chargés du dossier de Guy Ouellette semblaient l’éviter...

Oui, il y a une présomption d’innocence, mais malheureusement pour lui, la Loi sur la police dicte que quelqu’un qui est visé par des allégations peut être suspendu durant l’enquête. Une suspension qui tombe comme une bombe, fautive ou pas, fera en sorte qu’il payera le prix du bûcher public. On ne veut plus de lui, ça paraît mal, on semble vouloir lui montrer la porte.

Mais on a vu cette semaine qu’il se battra... Dites à un policier qui a donné sa vie pour la loi et l’ordre qu’il n’est pas droit quand il l’a été et vous aurez quelqu’un qui sera prêt à aller jusqu’au bout pour se blanchir. C’est ce que j’ai pu comprendre cette semaine lorsqu’il a donné des entrevues.

Sa réputation a-t-elle été salie sans raison valable? C’est sans aucun doute la question qu’on pourra se poser au cours des prochains jours dans cette «saga», comme l’a qualifié le chroniqueur Me Jean-Paul Boily dans l’émission Avocats à la barre sur QUB radio, ce samedi.

«Il a subi la même médecine que subissent parfois certaines personnes qui font l’objet d’enquêtes ou de perquisitions», c’est-à-dire qu’il a été laissé pendant des mois dans le néant, sans savoir ce qu’on lui reprochait ni ce qu’il adviendrait de son poste de directeur général de la Sûreté du Québec.

La conférence de presse qu’a tenue la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, vendredi en après-midi, n’a rien fait pour le rassurer; le rapport du comité chargé d’étudier sa conduite déontologique sera soumis à la Commission de la fonction publique pour qu’elle fasse une recommandation au gouvernement sur son maintien ou sa destitution à ce poste.

Il y a fort à parier, suivant Me Boily, que ce rapport n’est sûrement pas favorable à M. Prud’homme, celui-ci l’ayant déjà en main depuis quelques mois, et le gouvernement est prêt à le rendre public avec l’accord de monsieur Prud’homme.

Effectivement, à mon avis, ça ne sent pas bon pour lui, mais je me demande vraiment si on n’a pas tenté simplement de le diffamer, afin de l’écarter pour d’autres raisons.

Il ne faut pas oublier que l’enquête menée à son endroit n’a pas abouti à des plaintes pénales ou criminelles, et qu’il a été entièrement blanchi sur ça.

N’empêche qu’en agissant ainsi, le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) a probablement semé les graines d’une possible ouverture à un recours en diffamation pour ce haut fonctionnaire de carrière, lequel se retrouvera fort probablement prochainement sans emploi, et devant aucune possibilité de poursuivre une carrière dans l’appareil gouvernemental.

Tout ça pour avoir osé téléphoner à la directrice du DPCP, Me Annick Murphy, afin de s’enquérir de la raison pour laquelle des enquêteurs chargés du dossier de Guy Ouellette semblaient l’éviter?

Pour le moment, bien des questions demeurent sans réponse, mais ne soyez surtout pas surpris si M. Prud’homme intentait une procédure contre le gouvernement, la Sûreté du Québec, et le ministère de la Sécurité publique, s’il devait être destitué de ses fonctions par le vote des deux tiers des députés de l’Assemblée nationale.

Cela ne fera qu’être une suite à la poursuite déjà intentée par le numéro 2 de l’UPAC, Marcel Forget, pour congédiement illégal, même si celui-ci a été forcé de démissionner. Martin Prud’homme a eu, semble-t-il, le même choix, mais il a décidé de garder la tête haute et d’attendre — à bon droit, je crois — la décision définitive du gouvernement de le destituer ou non.

Il pourra ainsi réclamer un dédommagement pour un congédiement non fondé, s’il en était décidé ainsi, en sus d’une réclamation pour atteinte à sa réputation, à son honneur et à sa dignité, doublé de dommages punitifs à la limite pour la désinvolture du traitement qu’il prétend avoir subi.

Encore une fois, des fonds publics risquent de partir en fumée pour une affaire qui aurait dû se régler entre quatre murs, et non sur la place publique. À suivre...