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«Une saison de rêve» sur les verts

La COVID-19 a donné un nouveau souffle à l’industrie même si plusieurs clubs ont subi des pertes financières

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Il y a eu souvent de longues files d’attente cette année au trou no 1 du Golf Beauport, un club ouvert à tous, sans réservation. Des scènes du genre ont été observées régulièrement durant la saison puisque les golfeurs étaient incapables d’obtenir des départs ailleurs dans la région de Québec en raison du regain de popularité du sport.

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Les terrains de golf ont été pris d’assaut en 2020, gracieuseté de la COVID-19, qui n’a pas eu que des effets négatifs. L’industrie espère désormais transformer cette opportunité en relance durable.

Nombreux sont les propriétaires de clubs qui espèrent que la crise sanitaire donnera un nouveau souffle à une industrie qui a connu son lot de difficultés dans les dernières années.

Plus de 50 terrains de 9 ou 18 trous ont disparu au Québec depuis 2006, selon une compilation effectuée par Le Journal, ce qui représente environ 12 % de l’offre. Durant la même période, une poignée de nouveaux clubs seulement ont vu le jour. L’offre était tout simplement devenue trop grande pour la demande, selon de nombreux observateurs et un «ménage naturel» s’est opéré.

Les problèmes de rentabilité de dizaines de clubs, victimes d’une baisse importante de leur clientèle, ont fait la manchette souvent dans la dernière décennie. Plusieurs se sont résignés à vendre leur golf ou une partie de leur golf à des promoteurs immobiliers pour éponger des dettes ou diversifier leurs revenus. 

L’année 2020 a cependant été exceptionnelle sur les verts selon tous les acteurs de l’industrie que nous avons consultés. Cela a eu l’effet d’un baume et laisse entrevoir des jours meilleurs même si tout n’est pas rose.

Hausse de plus de 20 % des parties jouées

«Ça a été une saison de rêve, résume Martin Ducharme du Golf Château-Bromont. Moi, j’ai vécu les années 1980 et 1990, c’était les plus grosses années de l’industrie du golf et on est revenus là. Cette année, on n’avait pas de départs disponibles. On disait “non” constamment aux gens au téléphone. La majorité des clubs affichaient complet, jour après jour», raconte celui qui préside aussi l’Association des clubs de golf du Québec (ACGQ).

Dame Nature a également contribué au succès estival et automnal. «On s’en va vers une augmentation de 21 % ou 22 % des rondes de golf jouées au Québec», selon M. Ducharme. Un bilan officiel sera diffusé prochainement.

Le succès d’achalandage sur les verts ne rime cependant pas toujours avec un surplus de billets verts pour de nombreux golfs qui ont été privés de tournois d’envergure, d’événements corporatifs et de mariages en plus de voir plonger les recettes de leurs bars et restaurants.

Des pertes malgré tout pour plusieurs

«Ça a vraiment occasionné une diminution énorme », relativise Nadia Di Menna, du golf Le Versant à Terrebonne. Elle est loin d’être rassurée pour l’année 2021, en raison des impacts imprévisibles de la COVID-19 et s’inquiète pour les membres du chapitre québécois de l’Association nationale des propriétaires de terrains de golf du Canada, qu’elle représente.

«On ne sait pas ce qui va se passer l’an prochain. Oui, on a eu un bel achalandage cette année avec d’anciens golfeurs qui ont recommencé, des nouveaux golfeurs, beaucoup de familles, le golf était très tendance... Par contre, tout ce qui est corporatif et événementiel n’était pas au rendez-vous et ça, c’est très préoccupant.»

À titre d'exemple, Mario Bouchard, au Royal Québec à Boischatel, estime la perte de revenus liée aux évènements, aux tournois et à la restauration à plus de 1 M$ cette année. Par contre, cette baisse a été compensée par l'afflux de nouveaux golfeurs et l'aide gouvernementale. 

«On va s'en tirer quand même très bien parce que tous les clubs de golf, ou la plupart, sont accompagnés de programmes gouvernementaux. Et avec l’engouement en 2020, ça nous donne espoir que le golf va reprendre du poil de la bête dans les prochaines années.»   

La saison de golf achève, mais ce golfeur a profité du temps clément pour s’élancer sur les allées du Golf Beauport, plus tôt cette semaine.
Photo Stevens LeBlanc
La saison de golf achève, mais ce golfeur a profité du temps clément pour s’élancer sur les allées du Golf Beauport, plus tôt cette semaine.

«Les familles sont revenues, ce qu’on ne voyait plus depuis quelques années. Ça a été la meilleure des cinq dernières années pour nous et en septembre et octobre, ça a été un record.»

– Jacques Bélanger, directeur général du club de Golf Beauport


LA RELÈVE ENFIN AU RENDEZ-VOUS

Des joueurs de tous âges ont envahi les terrains de golf cette année et il n’était pas rare de voir trois générations représentées au sein d’un même quatuor. 

La relève, courtisée depuis des années, semble enfin de plus en plus attirée par le golf. Les programmes d’initiation au golf en milieu scolaire commencent aussi à porter leurs fruits, se réjouit François Roy, de la fédération sportive Golf Québec.

«On a beaucoup de jeunes dans bien des clubs qui ont acheté des carnets de 15, 20, 25 rondes de golf et qui ont repris goût au golf. C’est vraiment bénéfique pour nous. On a fait des efforts dans les dernières années pour rejoindre cette clientèle-là et la COVID nous aura donné un peu d’aide.» 


UN PARI AUDACIEUX PAYANT

Les nouveaux propriétaires du golf Les Boisés de Joly, dans Lotbinière, ont acheté le club en février dernier, quelques semaines avant que le Québec soit mis sur pause en raison de la crise sanitaire. Difficile de trouver pire comme timing pour relancer un club en faillite.

«Il y en a beaucoup qui pensaient qu’on n’ouvrirait pas et en fin de compte, les gens ont été fidèles et ils sont revenus. La COVID nous a donné un coup de main», se félicite le directeur général du club, Daniel Lafrance.

Bien avant la COVID, le club réputé La Tempête à Lévis, qui roule à plein régime, avait également pris un pari audacieux, en annonçant des investissements pour un deuxième 18 trous.  


DES RÈGLES MOINS STRICTES

Tout le monde le dit : le golf se «démocratise» et il est de plus en plus accessible à monsieur et madame Tout-le-monde.

Le code vestimentaire est plus permissif dans de nombreux clubs et d’autres règles sont plus souples, ce qui favorise aussi le recrutement. «Avant ça, c’était très huppé avec le pantalon propre et le polo, mais on s’aperçoit que ça change un peu. Il y en a qui arrivent avec des pantalons cargo, des chandails à col rond. Il faut s’adapter aux années 2000», affirme Daniel Lafrance du club Les Boisés de Joly. 

Cet été, avec la COVID-19, de nouvelles règles ont également favorisé le rythme du jeu, selon notre ancien collègue Martial Lapointe, qui a son propre site web de nouvelles spécialisées sur le golf. «Les règles sanitaires ont fait en sorte que ça a attiré les golfeurs. Avant, c’était long autour du vert. Maintenant, on ne touche plus aux fanions. Tout l’été, on a joué aussi sans râteaux dans les trappes de sable et ça a été un charme.» 

L’industrie du golf au Québec        

  • Près de 1,1 million de golfeurs    
  • Plus de 7 millions de parties par année    
  • Contribution de 2,5 G$ au PIB (produit intérieur brut)    
  • Environ 360 clubs de golf    
  • 315 clubs publics et 44 à vocation privée avec des membres actionnaires (selon un rapport produit en 2017)        

*Sources : Golf Québec, Golf Canada, PGA

Un club n’a pas survécu à l’incertitude   

L’incertitude liée à la crise sanitaire, au printemps, a eu raison d’au moins un club de golf dans la province, le club Beaurivage sur la Rive-Sud de Québec, qui n’a malheureusement pas pu profiter de la manne estivale.

Endettés jusqu’au cou avant le début de la saison, les copropriétaires du parcours de neuf trous, à Saint-Étienne-de-Lauzon, ont dû se résigner à mettre la clé sous la porte avant que le gouvernement donne le feu vert à la réouverture des terrains, le 20 mai dernier.

«Il faut se remettre dans le contexte. Nous, on a fermé avant que la Santé publique donne la permission d’ouvrir. À ce moment-là, on ne savait même pas si on aurait le droit d’ouvrir. Et les seules années où on avait réussi à faire un petit profit, depuis 2005, c’était celles où on ouvrait avant la fin d’avril parce que ça rallongeait notre saison», explique au bout du fil Bernard Blouin.

Quand Québec a finalement autorisé les clubs de golf à lancer leur saison, quelques jours après l’annonce de leur fermeture définitive, il était trop peu trop tard pour faire marche arrière, estime celui qui a pris cette décision crève-cœur, mais qui n’a aucun regret, dans les circonstances.

Une dette «abyssale»

«Le club de golf avait une dette abyssale envers mon père et ensuite la succession parce que mon père est décédé. On n’avait pas encore commencé nos travaux d’ouverture et ça nous mettait au 15 juin pour l’ouverture, donc c’était impossible de rentabiliser la saison. On n’a même pas hésité une fraction de seconde. Ça ne valait pas la peine.»

Bernard Blouin vient tout juste d’accepter une offre d’achat, à perte, pour son club de golf. «Les nouveaux propriétaires n’ont pas encore décidé s’ils vont l’opérer ou s’ils vont changer sa vocation», explique-t-il. Il n’a pas pu nous confirmer leur identité puisque la transaction n’a pas encore été notariée.

Ailleurs au Québec, le parcours de 18 trous Le Géant de Mont-Tremblant a été fermé exceptionnellement pour la saison 2020, afin que les gestionnaires puissent «concentrer» leurs opérations sur le golf Le Diable.

D’autres terrains, menacés de fermeture au printemps, ont finalement rouvert leurs installations dans les Laurentides, malgré une saison écourtée. C’est le cas du club de Val-des-Lacs – racheté par le propriétaire des Quatre-Domaines – et du club L’Estérel.