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[PHOTOS] L'incroyable vie de nomades à vélo

Une odyssée incroyable pour une famille suisse de passage au Québec

Une odyssée incroyable pour une famille suisse de passage au Qué
Photo courtoisie, Xavier Pasche Céline, son conjoint Xavier Pasche et leurs filles Nayla et Fibie découvrent le monde en vélo. (Québec)

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Partis de la Suisse en 2010 pour un voyage qui devait s’étirer sur trois ans et les mener en Nouvelle-Zélande, Xavier Pasche et sa conjointe, Céline, ont depuis franchi 78 000 km sur quatre continents et donné naissance à deux fillettes de sept et trois ans. 

La famille des nomades en vélo n’a pas l’intention de mettre le pied à terre pour entreprendre une vie sédentaire. Le plateau des 78 000 kilomètres a été atteint, mardi, à Québec.

Initialement, Xavier devait partir en solo, mais Céline souhaitait l’accompagner dans ce projet de vie. Ils formaient un couple depuis seulement un an. «Je suis amoureuse d’un homme qui a des rêves et qui prend les moyens pour les réaliser, souligne Céline. Nous avons monté le projet ensemble. Je voyageais déjà seule, et le voyage fait partie de ma vie. Sur la route, la grande force est qu’on s’écoute plus, et nous sommes plus à l’écoute de nos intuitions.»

C’est dans une yourte que Fibie a appris à marcher.
Photo courtoisie, Xavier Pasche
C’est dans une yourte que Fibie a appris à marcher.

Après un hiver au Yukon et un été à parcourir les routes de l’Ouest canadien, Xavier, Céline, Nayla et Fibie ont atteint le Québec il y a quelques semaines. Ils y passeront les prochains mois. Après un mois à Mont-Sainte-Anne, ils s’établiront au Lac-Saint-Jean cet hiver avec l’espoir de repartir vers les Maritimes quand dame Nature sera plus clémente et si les quatre provinces de l’Atlantique ouvrent de nouveau leurs portes.

«Au-delà des sociétés et de la découverte de la terre et de ses cultures, on rencontre des humains incroyables, et c’est la raison pour laquelle on continue», raconte Xavier au cours d’un entretien dans un parc de la ville de Québec alors que les filles s’amusaient en vélo et dans les jeux sous l’œil de maman. 

«Nous sommes 24 heures par jour ensemble, et c’est génial. Les quatre thèmes que nous privilégions sont vivre, explorer, partager et inspirer. On fait l’école sous la tente tous les jours pendant une heure, une heure trente. En Asie, on allait acheter des fruits au marché et ça devenait le cours de mathématiques de Nayla, qui apprenait à compter dans ce contexte.»

Naissance des enfants

Pamir, Tadjikistan
Photo courtoisie, Xavier Pasche
Pamir, Tadjikistan

Nayla est née en 2013 en Malaisie. Fibie a elle aussi vu le jour en Malaisie sur l’île de Penang parce que le couple voulait vivre un accouchement naturel dans l’eau, et c’était l’un des seuls endroits en Asie où il était possible de trouver un médecin qui utilisait cette approche.

La naissance d’un premier enfant a modifié le rythme des déplacements. «Au lieu d’atteindre la Nouvelle-Zélande en trois ans, nous avons pris cinq ans, indique le papa de 40 ans. À cinq mois, Nayla était dans la charrette quand nous avons repris la route. Je roule maintenant avec un vélo qui pèse entre 300 et 350 livres. 

«On traîne des livres et des jeux pour les filles. Au début, on franchissait 15 000 kilomètres par année, et ça varie maintenant entre 8000 et 10 000. On conserve une moyenne de 50 kilomètres par jour, mais il n’y a pas d’objectif. Ce n’est pas grave d’aller moins rapidement. Ça fait partie de l’éducation. Fibie a fait deux fois dix kilomètres sur la piste du P’tit train du Nord. Pour la petite, ça prend 1 h 30 pour faire dix kilomètres.»

Moment magique

S’il conserve de beaux souvenirs des nombreux pays visités, Xavier garde précieusement en mémoire un événement vécu en 2013. «Nous étions face au mont Everest dans la chaîne de l’Himalaya, et ma femme m’a dit que j’allais être papa, confie-t-il. C’était très puissant. Nous avons fait deux trekkings au mont Everest. Le camp de base, c’était grandiose.»

«J’adore le Japon en raison de sa culture et de sa nourriture, de poursuivre le paternel. Parce qu’on aime beaucoup les grands espaces, on a adoré la Mongolie et le Yukon. C’était génial, les aurores boréales au Yukon. Après quatre mois en Chine, j’avais hâte d’en sortir, mais j’ai hâte d’y retourner. C’est fascinant, mais il y a tellement de monde. Quant à l’Inde, c’est intense en vélo parce qu’il y a tellement de monde, mais il y a tellement à voir. On y retournerait sans vélo. Il n’y a aucun endroit où nous sommes allés et où on ne voudrait pas retourner. Il y a quelque chose de spécial partout.»

Hokkaido, Japon.
Photo courtoisie, Xavier Pasche
Hokkaido, Japon.

De son côté, Nayla n’a pas tardé à répondre quand on lui a demandé son pays favori. «Le pays que j’aime le plus est le Japon en raison des sakuras [les cerisiers japonais qui sont en fleurs au printemps]. Le Yukon, c’était vraiment cool, même si c’était un peu froid.»

Le couple Pasche a aussi pu découvrir la Syrie avant que la guerre éclate. «Nous avons rencontré des Bédouins [les nomades syriens] dans le désert, raconte Xavier. Deux semaines après notre départ, les premiers signes de la guerre sont apparus. C’est terrible, la guerre. C’est triste.»  

«On fait confiance aux gens»  

Au fil de leur périple qui les a menés jusqu’à présent sur quatre continents, Xavier Pasche assure qu’il n’a jamais craint pour sa sécurité ou celle de sa famille.

«Il y a eu des moments plus difficiles, mais nous avons toujours bien dormi et avons toujours été en sécurité, mentionne Xavier qui n’était pas un cycliste à la base, mais un adepte des sports de montagne. On a rencontré des ours en Alaska et au Yukon, mais ils avaient plus peur que nous. On a un vaporisateur en cas de besoin, mais on ne l’a jamais utilisé. Les peurs ne viennent pas de l’extérieur, mais de l’intérieur.»

Bonté des gens

Les Suisses n’ont jamais été victimes d’un vol. «On fait confiance aux gens, résume Xavier tout bonnement. On n’a jamais fermé nos vélos à clef dans les grandes villes. Dans 99% des cas, les gens sont incroyables. Peu importe les cultures ou les religions, les humains veulent être heureux, être en famille et manger à leur faim. 

Au Bangladesh, un pays parmi les plus pauvres au monde, on avait perdu un sac parce qu’il était mal attaché. Une personne en scooter qui nous suivait l’a ramassé et il est venu nous le rapporter. Les gens sont bons.»

Après un premier bouquin Les Nomades au cœur des éléments qui est disponible sur leur site www.ylia.ch en version papier et électronique, un deuxième livre compte parmi les projets cet hiver entre l’école à la maison et l’exploration du Lac-Saint-Jean.

«Notre livre, une collaboration régulière avec le journal suisse Coopération sous la forme d’un blogue et la rédaction d’une dizaine d’articles par mois, la vente de photos et la présentation de conférences sont nos principales sources de revenus, précise Xavier. On a aussi des commanditaires pour le matériel.» 

L’Afrique et l’Europe du Nord dans les plans  

Province du Qinghai, Chine
Photo courtoisie, Xavier Pasche
Province du Qinghai, Chine

La famille Pasche continuera-t-elle son odyssée à travers le monde encore longtemps?

«Pour le moment, nous n’avons pas l’intention d’arrêter, mentionne Xavier. On profite du moment présent et nous sommes heureux. On ne serait pas capables d’arrêter demain. On aimerait se rendre en Afrique et en Europe du Nord, deux endroits où nous ne sommes jamais allés. Nous avons eu besoin d’un an pour préparer notre projet. Nous aurons aussi besoin d’un an pour se préparer à une vie sédentaire, ce qui amènera des arrêts plus longs et une réflexion sur nos projets. Si les filles se tannent, on va changer de vie.»

Ça ne semble pas sur le point de se produire. «Après un arrêt de cinq mois après la naissance de Fibie, Nayla nous a demandé à quel moment nous allions repartir à vélo et qu’elle voulait aller camper, raconte Xavier. Ce fut génial de réaliser son intérêt pour la découverte. Il faut trouver un équilibre. Si c’est plus facile pour nous avec le frigo à proximité, notre éducation classique dans une maison et la possibilité de travailler davantage sur nos projets d’écriture, ce n’est pas évident pour Nayla.»

Bien accueillis en Saskatchewan

Saskatchewan
Xavier Pasche
Saskatchewan

La pandémie a toutefois amené un questionnement. «Cet été à Calgary, nous avons hésité à repartir. Nous avons eu des discussions si ça valait la peine de continuer dans les circonstances. Le partage est au cœur des quatre thèmes importants de notre projet et ça devient plus difficile en raison des contraintes sanitaires.» 

«Dans les Prairies, les gens ont été incroyables. En raison de la chaleur, on plantait notre tente sous un arbre chez le paysan. On prenait le café le matin et on partageait la bière le soir. On mise aussi sur le service de réseautage social Warm Showers qui est disponible pour les personnes qui font du cyclotourisme. En Malaisie, nous avions un grand appartement et c’est nous qui accueillions les cyclotouristes de passage.»

Inspiration

Si le partage est un des grands axes du projet, il en va de même pour l’inspiration. «Par le biais de nos nombreuses conférences et de notre livre Les Nomades au cœur des éléments, on souhaite inspirer les gens à vivre leurs rêves. Pas besoin que ça soit sur un vélo. On peut trouver plein d’excuse pour ne pas réaliser ses rêves. Le premier pas est le plus dur.»

Guy Labrecque est un témoin privilégié du parcours remarquable de la famille Pasche. En voyage en Malaisie en 2017 pour trois mois alors que les Suisses prenaient une pause après la naissance de leur deuxième enfant, les deux familles logeaient dans la même tour d’habitation où elles ont développé une belle amitié parce que leurs filles aînées jouaient ensemble.

«Nous ne sommes qu’une page dans leur grand livre, image Labrecque qui est le responsable du suivi académique au sein du programme du Rouge et Or de l’Université Laval. Leur parcours est inspirant. Leur capacité d’adaptation et la confiance qu’ils ont dans l’étoile de la vie sont remarquables. C’est inspirant aussi de voir la croissance de leurs enfants dans un bel équilibre. À 7 ans, Nayla possède un coffre d’outils fort différent des enfants de son âge.»

Hasard ou pas, Labrecque a couru son premier marathon à vie le 4 octobre dernier afin de récolter des fonds pour offrir des bourses aux étudiants-athlètes du Rouge et Or.