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Des préparations perturbées

Il est difficile pour les athlètes de la région de s’entraîner en temps de pandémie

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Photo d’archives, Agence QMI Pierre-Luc Poulin lors de la qualification pour la sélection de l’équipe canadienne de canoë-kayak à Montréal en 2014.

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À neuf mois des Jeux olympiques et paralympiques, l’inquiétude augmente chez les athlètes qui s’entraînent normalement au PEPS de l’Université Laval en compagnie des spécialistes d’Excellence sportive Québec-Lévis (ESQL) qui fête ironiquement son 20e anniversaire.

On compte environ une trentaine d’athlètes qui se préparent pour les Jeux d’été à Tokyo et ceux d’hiver à Pékin en 2022. Depuis que la Capitale-Nationale a basculé en zone rouge, leur préparation a été sérieusement perturbée par la fermeture des gyms contrairement aux athlètes qui s’entraînent à l’Institut national du sport (INS). L’organisme a obtenu une dérogation de la Santé publique afin de maintenir ses activités.

À l’exception des nageurs qui ont accès à des périodes de bain libre sans la supervision de leur entraîneur, les autres athlètes sont confinés à la maison pour leur entraînement depuis le décret qui interdit le sport organisé jusqu’au 28 octobre.

« Pour notre sport, il y a de grosses conséquences pour les athlètes de s’entraîner sans la supervision de leur préparateur physique, explique l’entraîneur-chef de l’équipe nationale de kayak masculin Frédéric Jobin. Je suis super content que les athlètes de l’INS aient accès à leurs installations. Si ça fonctionne pour Montréal, ça va aussi de soi pour Québec. On doit trouver une solution. Je n’ai pas la réponse, mais je me questionne si tous les efforts ont été faits pour rouvrir la salle d’entraînement du PEPS. Est-ce que l’INS s’est vraiment battu pour nous ? »

Ouvert à montréal 

« Je pensais vraiment que ça allait bouger dans les deux dernières semaines, mais rien n’a bougé, de poursuivre Jobin. C’est logique que Montréal soit ouvert, mais c’est illogique que Québec soit fermé. » 

« C’est inadmissible que les athlètes n’aient pas accès à une salle d’entraînement à moins d’un an des Jeux olympiques. C’est leur travail de s’entraîner et on leur enlève la partie la plus importante de leur préparation. Je ne comprends pas. » 

« Dans les autres pays et les autres provinces, les athlètes ont accès à leur salle d’entraînement. C’est un désavantage pour nos athlètes. »

Du côté de l’INS, on assure que le canal de communication avec le ministère de l’Éducation et la Santé publique reste ouvert malgré la réponse négative d’assouplir les restrictions pour les athlètes qui se préparent pour les Jeux olympiques. 

« On continue de faire valoir nos arguments qu’une reprise plus importante des activités est essentielle dans la préparation des athlètes en prévision des Jeux olympiques et rien ne nous indique que ça ne se produira pas, souligne le directeur des communications et du marketing Jean Gosselin. La question est de savoir qu’est-ce qui va reprendre et quand. Nous sommes les premiers à regretter cette décision. »

« Il faut comprendre que le privilège accordé à l’INS est relié à la bâtisse et à notre façon de gérer les mesures sanitaires, de poursuivre Gosselin. Nous avons une clinique médicale annexée au centre, un médecin sur place à temps plein et aucune clientèle extérieure n’a accès à nos locaux. Selon la Santé publique, notre fonctionnement et notre structure ressemblent à un centre hospitalier. »

À Montréal, les athlètes qui s’entraînaient ailleurs qu’à l’INS au moment de la fermeture des salles d’entraînement ne sont pas autorisés à y trouver refuge. 

« Des athlètes de Montréal ont voulu se joindre à nous, mais la dérogation que nous avons reçue stipule que nous devons conserver le même volume d’activité qu’avant l’arrêt du sport organisé. »

Assouplissements souhaités

Quadruple médaillée des Jeux paralympiques de 2016 à Rio, Aurélie Rivard doit s’entraîner lors des périodes de bain libre sans la supervision de son entraîneur dans sa préparation pour les Jeux de Tokyo. 

« Il y a définitivement de plus mauvais scénarios, mais ce n’est pas l’idéal en cette année olympique et c’est un peu frustrant, résume Rivard. Je fais avec pour l’instant, mais je vais avoir besoin de coéquipiers à long terme et aussi de supervision. C’est plus motivant et plus le fun, surtout que je suis déménagée à Québec avant tout pour l’entraîneur [Marc-André Pelletier]. Je peux me rendre jusqu’au 28 octobre, mais on va regarder les options s’il n’y a pas de changement. »

Ironiquement, les jeunes du sport-études natation poursuivent l’entraînement avec leur entraîneur.

« Je suis dans un couloir sans entraîneur et dans l’autre couloir, on retrouve un jeune du sport-études avec son coach, raconte Rivard qui s’entraînait à l’INS à Montréal avant déménager à Québec le printemps dernier. C’est normal que les jeunes puissent continuer de bouger, mais je ne comprends pas pourquoi nous n’avons pas droit à la présence de notre entraîneur. »

Situation difficile

Marc-André Pelletier abonde dans le même sens. « Même à 100 mètres de notre athlète, on ne peut pas être là, déplore le coach du CNQ. Je comprends que la Santé publique ne veut pas de rassemblements autour du tableau, mais on pourrait se servir de la technologie sans avoir l’air d’un criminel. J’espère que ça ne s’étirera pas trop, parce qu’on va devoir sortir les chronos à un moment donné. S’il était possible de se préparer de façon optimale seul, il n’y aurait pas d’entraîneur, mais ce n’est pas le cas. Les athlètes de pointe sont les gens qui font le plus attention parce qu’ils ne veulent pas perdre une journée ou deux d’entraînement. C’est difficile à comprendre. Il y a eu zéro éclosion dans les milieux aquatiques. »

Ayant décidé de faire l’impasse sur un camp d’entraînement à Victoria en novembre parce qu’il croyait pouvoir s’entraîner à Québec, le kayakiste Pierre-Luc Poulin est inquiet. 

« Si les gyms ne sont pas ouverts, je vais rater mon pari, résume-t-il. Je savais que je serais capable de m’entraîner au PEPS, mais ce n’est plus le cas. C’est un très gros problème parce que la musculation est la priorité. Si tu es incapable de soulever 170 kg l’hiver, ça va être impossible de réaliser un chrono de 34 secondes sur 200 m l’été. À la maison, je ne peux pas pousser la machine comme souhaité parce que je n’ai pas les poids nécessaires. J’ai mis 15 ans d’efforts dans un rêve, et ça serait plate de rater les Jeux olympiques pour ça. »